Louise Bourgoin : "Je joue le jeu de la féminité"

Jolie tête d'affiche, charismatique et habitée, Louise Bourgoin malmène son physique parfait et trime dans un chenil dans le film de Laurent Larivière, "Je suis un soldat", actuellement en salles. Nous avons rencontré la sublime comédienne et été frappées par le décalage entre son personnage et la jeune femme qui s'est tenue devant nous.

© Domine JeromeABACA

Exceptionnelle, sans fard, en bleu de travail et bottes en caoutchouc face à la caméra, Louise Bourgoin livre une performance exceptionnelle dans Je suis un soldat de Laurent Larivière. Un rôle à l'opposé de la jeune femme, qui apparaît ultra féminine et trendy à cette entrevue, à Angoulême, à la fin de l'été. Veste Hermès vintage marron, broche YSL, sac Fendi, chaussures Céline à talons aiguilles (qu'elle maudit dans la pelouse) : la Rennaise est prête à répondre à nos questions.

Louise Bourgoin au festival d'Angoulême © Domine JeromeABACA

Je suis un soldat est un film sombre, puissant et réaliste. Vous y jouez le rôle de Sandrine, une femme simple, sans artifice et combative. Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter ?
Laurent Larivière a écrit ce rôle pour moi et ça, ce n’est pas négligeable. Ça m’a donné confiance en tant que comédienne,  je me suis complètement abandonnée à lui. L’autre raison, c’est que j’aime bien tout ce qui est lié à mes premières amours. Je viens des beaux-arts et j’ai toujours la même passion pour l’art ancien et contemporain. Alors quand l’art et le cinéma sont liés c’est encore mieux. Et là, c’était le cas.

Vous n’aviez pas peur d’interpréter un rôle aussi viril ?
Non, parce que ce n’était pas écrit. Ce côté viril, c’est moi qui l’ai apporté. J'ai décidé de me couper les cheveux, j'ai choisi mes costumes. J’avais envie de me débarrasser de codes associés au féminin, qui auraient été complètement superflus. C'était important de parler d’une humanité commune entre hommes et femmes, sans codes de séduction qui n’y avaient pas leur place. Tout le monde parle d’un personnage viril, mais on peut être féminine avec les cheveux courts et sans maquillage, heureusement.

Dans le film, vous êtes aux antipodes de la vamp. Aujourd'hui, vous êtes très apprêtée : c’est un jeu auquel vous vous prêtez volontiers ou ce n’est pas dans votre nature ?
Ce n’est pas désagréable... Quoique marcher avec  12 centimètres de talons ça peut l’être (rires) ! Dans la vie de tous les jours, je ne m’habille absolument pas comme ça. Ce serait très contraignant. J’ai constaté qu’on parle plus d’un film quand on en assure la promotion avec une tenue appropriée. Je porte une robe de créateur pour qu’on relaie les infos autour du film. Je joue le jeu, c'est donnant-donnant. Dans les années 90, les comédiennes avaient décidé de ne plus se prêter au jeu. Elles venaient toutes en tenue grunge, notamment Béatrice Dalle dont je me souviens. Finalement, elles étaient complètement éclipsées par les tops models. Ce sont elles qui faisaient les couvertures, les publicités et plus les actrices.

Dans ce film, il y a une vraie notion de mérite, les billets se comptent. Quel rapport avez-vous à l'argent ?
Même si aujourd’hui je gagne très bien ma vie, je suis du genre à faire attention à mes dépenses. Je ne fais pas d’achats complétement déraisonnables. J’ai été élevée comme ça, c’est imprégné en moi. Mes parents n’étaient pas richissimes. Ils m’ont inculqué la valeur des choses. Quand ma mère dans le film dit "pourquoi tu as acheté une bouteille de champagne à 40 euros ?", c’est une phrase que j’ai sûrement déjà entendue. Les gens qui sont représentés, c’est 90% de la population française. Je trouve cela bien qu’on parle de cette France-là qu’on ne voit pas beaucoup à l'écran.

L'interview aléatoire :

Le Journal des Femmes a demandé à Louise Bourgoin de choisir au hasard des numéros entre 1 et 110 et de répondre aux questions correspondantes.

Quelle qualité aimeriez-vous avoir ?
La tempérance.

Quel était votre fantasme d’adolescente ?
Kurt Cobain, comme toutes les filles nées dans les années 80 ! (rires)

Qu’est ce qui peut vous rendre violente ?
La misogynie… Alain Soral.

Vous avez tendance à être agressive physiquement ?
Malheureusement oui. C’est un problème que j’essaie de résoudre depuis un an avec la boxe française. Ça me fait beaucoup de bien.

Donc ce film, c’est un peu un défouloir pour vous ?
Oui ! Particulièrement la scène avec les cages, les chiens, etc. J’aime beaucoup les rôles physiques, ça aide à déconnecter.

Est-ce que vous avez des réflexes écolos ?
Oui, mais pas assez !

Quel compliment vous fait-on souvent ?
"Que vous êtes grande !" (rires) Je mesure 1 mètre 80. Je suis plus grande que l'ensemble des acteurs français ! 

Pourquoi faut-il aller voir Je suis un soldat ?
Parce que c’est le plus beau film de tous ceux dans lesquels j’ai joué (rires) ! Plus sérieusement, c’est un film à la fois simple et poignant.

Qu’est-ce que le public apprécie chez vous ?
Ma proximité.

Et, vous qu’est-ce que vous appréciez chez vous ?
Ma pugnacité, ma ténacité.

De quoi n’aimez-vous pas parler ?
Des années télévisées. C’était il y a presque 10 ans. C’était un autre métier, une autre vie, ça n’a rien à voir avec le cinéma. Je suis un peu agacée que l’on me pose souvent des questions sur cette période.

Sans quoi ne pourriez-vous pas vivre ? 
La sagesse. J’allais dire "mon homme", mais je ne voulais pas faire nunuche.

Et sans passion ?
Ah non, la passion est destructrice. Je suis un être de raison.

Qui aimeriez-vous remercier ?
Laurent Larivière qui, à travers ce si beau rôle, m'a donné confiance en moi.

Enfin, quel conseil pourriez-vous me donner ?
Je vous aurais bien dit d'aller chez le coiffeur pour passer aux cheveux courts, mais c'est déjà le cas !

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