Laurent Lafitte remue le passé et nous touche en plein coeur dans "Boomerang"

En revenant avec sa sœur Agathe sur l’île de Noirmoutier, berceau de leur enfance, Antoine ne soupçonnait pas combien le passé, tel un boomerang, se rappellerait à son souvenir. Secrets, non-dits, mensonges : et si toute l’histoire de cette famille était en fait à réécrire ? Antoine, c'est Laurent Lafitte. "Boomerang", notre coup de coeur cinéma à découvrir en salles le 23 septembre. Rencontre avec un homme séduisant, talentueux et truculent.

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Laurent Lafitte au Festival d'Angoulême              
 ©  JEAN MICHEL NOSSANT/SIPA                                                                                   


Dandy chic à la ville, Laurent Lafitte enchaîne flashbacks et questionnements à l'écran. Il s'est livré lors d'une rencontre "bucolique" au Festival du Film Francophone.

Le Journal des Femmes : Qu’est-ce qui vous amène à Angoulême ?
Laurent Lafitte : Boomerang ! de François Favrat…. Au revoir, merci (rires).

Parlez-nous de ce film. Pourquoi faudrait-il aller le voir ?
Ou pas d’ailleurs, on fait ce qu’on veut (rires). Moi je pense que ça vaut le coup, sinon je n’en parlerais  pas. C’est l’histoire d’Antoine, qui doit avoir dans les 35-38 ans. Il vient de divorcer. C’est un moment bizarre de sa vie, un moment charnière. Il n’arrive pas vraiment à avancer, il a des angoisses récurrentes, c’est un moment de stagnation pas très agréable. Il apprend par hasard que sa mère, qu’il avait perdue à 10 ans, n’est pas forcément morte dans les circonstances qu’on lui a décrites et il va mener son enquête pour savoir ce qu’il s’est réellement passé. Il va dénouer beaucoup de secrets familiaux qu’il n’avait pas soupçonnés jusque-là.

Comment qualifieriez-vous ce personnage ? 
Je dirais que c’est un angoissé optimiste déterminé.

Quelles sont les motivations d’Antoine pour remuer le passé ? Il a tout de même réussi à avancer, il a une famille…
Parfois, dans la vie on est bloqué, on peut commettre des erreurs ou se retrouver face à des situations d’échec mais quand celles-ci se répètent, c’est ça qui met la puce à l’oreille. On se demande pourquoi on se retrouve toujours face à des personnes toxiques ou à des moments d'humiliation. Quand ça se répète, ça vaut le coup de se demander si ce n’est pas lié à une petite névrose, elle-même rattachée à un trauma. C’est ce qui se passe avec cet homme.

Antoine est un père divorcé. On a le sentiment que sa rencontre avec Angèle, jouée par Audrey Dana, lui permet de se libérer affectivement...
Oui, et c’est aussi cette histoire d’amour qui lui permet d’avoir le courage d’affronter son père, entre autre, dans sa quête de vérité. C’est parce que le personnage d’Audrey Dana correspond à "la tierce personne". C’est quelqu’un qui en même temps l’aime, lui veut du bien et arrive à garder un regard objectif sur sa famille puisqu’elle n’en fait pas partie. C’est sa vision qui va l’aider à prendre du recul et à avancer.

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Agathe, la sœur d’Antoine, jouée par Mélanie Laurent est un autre personnage important. Il est plus jeune que le vôtre. Cela explique le fait qu’elle ne se soit pas construite de la même façon ? 
C’est une fille, donc elle a un rapport différent au père. Elle a envie de le protéger et a peur de le blesser en remuant le passé. Elle voit que ça lui fait de la peine. Souvent, dans les familles, c’est par peur de faire de la peine qu’on ne va pas chercher plus loin. Du coup, on installe un faux confort qui repose sur des non-dits et le personnage de Mélanie est un peu tenté de maintenir ça, pour ne pas blesser les gens qu’elle aime. Mais en même temps, elle a un désir de vérité.

Avez-vous un souvenir particulier du tournage ?  Une anecdote, un moment qui vous a marqué ?
J’ai été marqué par le décor du passage du Gois, à Noirmoutier. Pour les gens qui ne connaissent pas, c’est une très belle route qui relie l’île de Noirmoutier au continent, une route à fleur d’eau, totalement submergée pendant les marées montantes. C’est un très bel endroit, très dangereux, où il y a régulièrement des accidents.  J’aime beaucoup cette dimension un peu hitchcockienne, une sorte de mélange entre la beauté et le danger. La symbolique du passage est importante dans le film. 

Etes-vous plutôt du genre à préserver votre entourage ou à monter au front ?
J’ai plutôt tendance à vouloir dire les choses.

Et cela vous réussit ?
Je ne sais pas, mais ça correspond plus à ma nature. Après, c’est peut-être une erreur, mais je n’en ai pas l’impression.

C'est devenu un besoin de concilier le cinéma et le théâtre ?
Oui. J’ai toujours envie de faire du théâtre et j’espère continuer à alterner entre théâtre et cinéma le plus longtemps possible. A la Comédie-Française ou ailleurs. En l’occurrence, je fais partie de cette troupe et j’en suis très heureux parce que ça m’offre une diversité de projets assez unique.

Comment est-ce que vous conjuguez cela : la scène, les tournages et les répétitions ?
Ça fait de grosses journées ! Quand je tourne la journée et que je joue le soir, ou que j’alterne des journées de répétition et de tournage, c’est un gros emploi du temps. Mais c’est un métier que j’aime passionnément. Pendant quelques années, j’ai souffert de ne pas en faire assez, donc maintenant, je suis très content d’employer tout mon temps à jouer.

Où trouvez-vous cette énergie ?
Ce sont les projets auxquels je participe qui me motivent et donc mon énergie est toujours là. Tant qu’on est intéressé par ce qu’on fait, je pense que l’énergie est présente et nous aide à nous surpasser quand il le faut.

Mais pour que le corps suive, il faut presque un entretien sportif ?
Oui ! J’ai 42 ans, je ne suis pas vieux mais je n'ai vraiment plus mes vingt ans et je le sens. C’est vrai que je fais pas mal de sport, je fais attention. Quand j’ai de grosses journées de travail, j’essaie de ne pas me coucher tard, de faire une sieste si je joue le soir. C’est une petite hygiène de vie à mettre en place.

Etes-vous un fêtard ?
Pas du tout !

Les excès du showbiz ne vous concernent pas ?
Non, je suis comédien mais je ne me sens pas du tout dans le showbiz.

Les gens vous arrêtent dans la rue ?
Oui, mais pas tant que ça. Je ne suis pas une vedette, je ne suis pas Dany Boon ! Je marche tranquillement dans la rue, je fais mes courses... non,  ça va !

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Interview aléatoire :
Le Journal des Femmes a demandé à Laurent Lafitte de choisir au hasard des numéros entre 1 et 110 et de répondre aux questions correspondantes.

Quel compliment vous fait-on souvent ?
"Vous êtes sympa" !

Quel est celui que vous aimeriez qu’on vous fasse ?
Que je suis honnête.

Quel était votre fantasme d’adolescent ?
J’étais assez fasciné par le cinéma américain mais pas forcément par le cinéma de l’époque de mon adolescence. J’ai un peu découvert les films des années 50 quand j’avais entre douze et quatorze ans. J’aurais adoré me promener sur Hollywood Boulevard en 1950…

Y-a-t-il eu une figure qui a suscité vos premiers émois à cette époque ? 
J’ai été assez fasciné par Marilyn Monroe, mais ce n’était pas sexuel, c’était esthétique. Il y avait quelque chose de fascinant. Si j’avais été face à elle, j’aurais été très intimidé.

Quelle est votre drogue ?
J’ai besoin de m’amuser dans ce que je fais. C’est un peu un défaut, mais, sinon, je m’ennuie assez rapidement.

Ca se manifeste comment ?
Si j'ai l’impression de perdre mon temps, je pars... Il faut qu’il y ait du mouvement tout le temps.

Qu’est-ce qui vous donne la pêche ?
La nouveauté. Des choses nouvelles que je n’ai jamais faites.

Une qualité que vous aimeriez avoir ?
La patience.  Vous voyez, je suis cohérent !

Qu’est-ce qui vous est indispensable ? Sombrons un peu dans le matériel...
Mon scooter dans Paris et mon portable, hélas. Je déteste mon téléphone, je le hais. C’est un objet qui m’énerve, mais on ne peut plus s’en passer. C’est atroce.

Vous le consultez à quelle fréquence ?
Je regarde les SMS quand il y en a un qui arrive, les mails, je les consulte plusieurs fois dans la journée. Cette année, je vais l’éteindre et l’allumer de temps en temps, ne serait-ce que par respect pour les gens qui essaient de me joindre. Avoir le sentiment d’être un urgentiste qui a un beeper, c’est horrible.

Qui admirez-vous ?
Marceline Loridan. C’est une femme qui a été déportée dans un camp et que j’ai eu la chance de rencontrer parce qu’elle a un petit rôle dans Les Beaux Jours [réalisé par Marion Vernoux, ndlr]. J’ai lu sa biographie et j’ai diné avec elle et Philippe Val il n’y a pas longtemps. C’était une soirée mémorable, un dîner dingue. Je l'adore parce qu’elle a une énergie extraordinaire, une joie de vivre, une intelligence, une curiosité... Voilà, c’est une femme que j’admire. Elle a aussi fait des documentaires avec son mari.

Et la radio ? Va-t-on vous entendre à la rentrée ?
J’aimerais bien en refaire. C’est surtout un problème d’inspiration et de temps. Avec Zabou Breitman, on aimerait se frotter à nouveau au couple Beaulieu [personnages qu’ils interprètent dans l’émission radio A votre écoute, coûte que coûte, sur France Inter, ndlr], donc il faudrait voir sous quelle forme.

Vous essayez d’être drôle ? Est-ce une obsession ?
C'est un peu un réflexe oui. Ai-je réussi ?

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L'affiche du film, en salles le 23 septembre © UGC Distribution