Cœur de Pirate, âme sensible

Coeur de Pirate revient à l'abordage avec un nouvel opus, "Roses". Comme la fleur, Beatrice Martin de son vrai nom est aussi douce que piquante quand elle nous parle de son évolution et de sa fille.

© Etienne St Denis
© Etienne St Vincent

Une peau diaphane réhaussée de tatouages colorés, une blondeur candide contrastée par des yeux charbonneux, une silhouette menue et un accent charmant : Beatrice Martin incarne parfaitement l'oxymore qu'elle s'est choisi comme nom de scène, Cœur de Pirate. A la fois douce et rock'n'roll, la Canadienne qui nous conte ses histoires d'amour malheureuses depuis 2008 prépare son retour. Nous l'avons rencontrée par une (très) chaude journée parisienne.
Dans son nouvel album Roses, la chanteuse en a fini avec les idylles ratées et nous raconte son éclosion. Oublie-moi, le premier extrait de cet opus, est "une chanson d'amour dédiée à moi-même", nous confie-t-elle. Ce chemin de croix pour parvenir à s'aimer n'a pas été facile pour cette fille de la Belle Province qui a "vécu la vingtaine dans les yeux du public", une période "de transition très compliquée", comme peuvent en témoigner les textes de ses précédents titres.
Heureusement, ce temps est révolu. Cœur de Pirate n'a plus le cœur brisé. Elle est désormais mariée (à Alex Peyrat, tatoueur français) et maman gaga d'une petite Romy, 3 ans. C'est d'ailleurs à cette dernière que l'on doit le renouveau de la Québécoise. "Quand ma fille est arrivée, quelque chose a changé dans ma façon d'écrire. J'avais un côté très pessimiste, accablant, qui a disparu quand elle est née. J'ai repris confiance en moi", nous explique-t-elle. Un passage furtif sur son compte Instagram confirme sa passion pour sa fillette à bouclettes, dont elle poste régulièrement des clichés. "Elle est merveilleuse, je pense que c'est un génie. Mais elle est aussi très autoritaire, elle a beaucoup de caractère. Elle est née le même jour que Beyoncé, donc je sais à quoi m'attendre..."

Sous une bonne étoile

Légende par défaut © Etienne St Denis

Sous le feu de la rampe à 20 ans, mariée et maman à 22 ans, Beatrice Martin donne l'impression de vouloir vivre à grande vitesse. La peur de manquer de temps ? Absolument pas. "J'en étais rendue à ces étapes-là dans ma vie, nous dit-elle. Comme si j'avais une bonne étoile, dès que j'ai eu des moments difficiles, des périodes de doute, les choses se sont accélérées." Ca a été le cas quand Cœur de Pirate est née et quand elle a croisé la route de son époux. A tous ceux qui lui demanderaient si elle n'a pas peur de passer à côté de sa jeunesse, de brusquer les choses, la blonde aux idées bien trempées rétorque : "Parfois je me dis que je n'ai pas assez vécu d'expériences et que je veux aller en Thaïlande. Puis je me rappelle que c'est à 15h d'avion, loin de tout. Ou je me décide à sortir en boîte à 22h, avant de préférer rentrer. Mon mari est plus vieux, il m'encourage, mais c'est toujours moi qui finis par me désister pour regarder Netflix."
Mature, la jeune femme rigole des petites choses qui lui rappellent qu'elle est devenue adulte et que le titre Comme des Enfants est loin derrière. "Quand je dois payer mon hypothèque, quand je préfère faire des trucs à la maison, genre prendre l'apéro chez moi plutôt que sortir...", énumère-t-elle. Mais derrière son image de fille cool se cache toujours l'hypersensible d'antan, capable de verser une larme devant Toy Story. "L'avantage, c'est que tu sens les choses et que tu sais quand un truc cloche. On pleure plus, mais on sait où on va", argumente la tendre artiste.

Dans ses jeunes années, l'ado qu'elle était ne savait pas tellement où elle allait justement. A la fin de l'école, elle hésite à intégrer les beaux arts. Avant qu'une peine de cœur ne la pousse sur la voie de la musique. Ce chemin, elle le connaît déjà bien : sa mère, pianiste, l'a encouragée à jouer de ses dix doigts dès ses 3 ans. Elle en garde d'ailleurs le souvenir amer d'une enfance "parfois nulle", face à une "figure autoritaire qui travaillait beaucoup". Telle une fleur sur le point de s'ouvrir, Cœur de Pirate, apaisée, a décidé de tout mettre à plat dans Roses, même ses relations complexes avec celle qui lui a donné la vie. "Maintenant que je suis mère, je comprends un peu ce qu'elle a voulu faire. Je lui en ai beaucoup voulu. Aujourd'hui je suis très reconnaissante. La chanson 'Drapeau Blanc', c'est un peu une main tendue pour lui dire que si on ne règle pas nos problèmes on va arrêter de se parler. C'est mon 'Papaoutai'." En lui souhaitant le même succès fulgurant que Stromae... ou même que Beyoncé.

Interview express

Votre pire manie de fille ? Je me change 6 fois avant de sortir !

Votre truc de mec ? Je ne me lave pas le visage tous les jours, parfois j'oublie. Ne me jugez pas.

Sur votre table de nuit, il y a... Mes bagues de mariage, que j'ai peur de perdre dans les draps et un livre.

Votre voyage de rêve ? La Patagonie : il y a des pingouins et la plage, ça doit être fou.

Votre rêve inavoué ? Chanter au Hollywood Bawl, à Los Angeles.

Votre dernier tatouage ? Une fleur abstraite sur l'avant-bras, faite en Suède pendant que j'enregistrais.

Votre premier souvenir musical ? Je chantais les chansons de l'opéra Carmen à tout le monde petite... Et je me souviens d'écouter Cabrel.

Votre plus beau souvenir musical ? Avoir chanté avec Nicolas Sirkis au Festival de Québec devant 60 000 personnes.

Vos artistes du moment ? Years and Years, Drake, Travi$ Scott, Tinashe...

Roses (Barclay), disponible dès le 28 août. En pré-commande ici et .

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