Clotilde Hesme, un amour d'actrice

Cette fille sublime, aussi discrète que captivante, aussi modeste que talentueuse, irradie dans "L'Echappée Belle", un film joyeux, solaire et tendre à découvrir en salles le 17 juin. Rencontre enchantée avec Clotilde Hesme.

© Pyramide Distribution

Il y a les divas, les fausses sympas, celles qui contrôlent leur image (et le reste) et il y a les actrices accessibles et intéressantes… Enfin il y en a une: Clotilde Hesme. Silhouette de top-model, sourire ravageur, yeux menthe-à- l'eau, cette fille affable et spontanée a un physique de rêve, une sacrée répartie, et mieux encore: de l'auto-dérision. Clotilde Hesme ne minaude pas. Elle ne croit pas au hasard, trace avec brio sa destinée et nous charme par sa douceur, sa beauté et son discours affuté.

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Clotilde, avec ce film, vous quittez le registre dramatique et tragique dans lequel vous excelliez ?
Je suis mélancolique par nature et je l'assume. Le cinéma de Chéreau m'a toujours plus parlé que celui de Jeunet. Puis le scénario d'Emilie Cherpitel est arrivé. Je me suis sentie prête pour la comédie. Ce rôle d'une jolie fille qui sait en jouer, cela a été une grande première… jubilatoire!

Présentez-nous celle que vous incarnez dans l'Echappée Belle ?
Eva est une jeune femme libre et fantaisiste qui essaye de s'affranchir de son lourd héritage familial pour être du côté de la joie. Je trouve cela d'une grande politesse, d'une rare élégance de décider d'être heureuse, de choisir que tout va bien…

Elle est optimiste, joyeuse, fêtarde, mais c'est une privilégiée… N'est-on pas plus apte au bonheur lorsqu'on est dégagé des préoccupations matérielles ?
Eva est cultivée. Elle a un côté dandy entre Gainsbourg Faye Dunaway. Elle boit, fume beaucoup, a besoin de beaucoup d'objets, de musiques, d'alcool, de fringues, de bijoux… mais ce sont des masques, des béquilles. Elle se cache derrière une carapace jusqu'à ce qu'elle découvre l'empathie grâce à Léon. Ce petit garçon va lui apprendre la légèreté, le dépouillement, les émotions simples…

Eva est très égoïste aussi…
Elle a un souci: elle ne sait pas aller vers les autres. Peu importe d'où l'on vient, le sentiment de solitude est le même pour chacun.

Mais a-t-on le droit d'exprimer mal-être et souffrance  lorsqu'on a tout ?
Il y a là une forme d'indécence, mais le cinéma est une bulle, une échappatoire. Le milieu social favorisé des personnages permet de brosser un décor acidulé, un univers superficiel pour mieux aborder des questions essentielles. Parfois, on se trompe aussi..

C’est-à-dire ?
On m'a toujours prise pour une Parisienne bourgeoise et intellectuelle alors que je suis une provinciale plutôt sensitive et instinctive !

D’où venez-vous ?
De Troyes, en région Champagne-Ardenne. J'ai grandi là-bas. Issue de la classe moyenne, des parents fonctionnaires qui se fichaient du cinéma. Je suis la benjamine, la protégée. Après le bac, j'ai rejoint mes frangines qui habitaient Paris. A mille lieues des "filles de ", mes sœurs Elodie, Annelise et moi, nous avons percé dans le secteur artistique après avoir fait nos armes seules, essuyé pas mal d'écueils... C'est miraculeux !

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Eva assume sa féminité, mais elle n'a pas les attributs de la vamp…
Les formes voluptueuses, les cheveux brushés, les tenues provocantes, le regard de braise et la bouche en cœur, ce n'est pas moi. Je n'ai jamais été plantureuse, même si j'étais plus ronde avant ma grossesse... Je me suis asséchée. J'ai moins de seins, moins de joues, moins de fesses depuis que je suis maman, un comble !

Séduire, c'est un art ou c'est inné ?
Susciter le désir me mettait mal à l'aise. Cela a été une lutte pour accepter d'avoir un grand corps, apprendre à le mettre en valeur, à ne pas le cacher… J'ai progressé.

Pourtant, le regard des autres, les flashes des photographes, vous maîtrisez ?
J'ai été mannequin de 15 à 20 ans, ça m'a permis de voyager, de prendre l'avion, mais je n'en garde pas non plus un souvenir glamour ou émerveillé. Je prenais la pose pour des catalogues allemands !

Eva change de lunettes pour modifier sa perception de la réalité, quel est votre truc pour enjoliver le quotidien ?
Profiter de mon enfant. Je suis folle de mon fils de 3 ans et éperdument amoureuse de son père. Le couple, le foyer, la famille, ce sont les piliers de mon épanouissement.

Eva est soucieuse de son look, son dressing est riche de grandes marques. Quel est votre style ?
Je suis de celles qui donnent l'impression d'avoir pris le premier truc venu dans l'armoire alors que c'est très étudié. J'aime les vêtements, les fripes et c'est mon travail d'être bien habillée. Je ne parle pas du chic à la française, mais de savoir mélanger les genres, les matières, les imprimés. Par ailleurs, j'ai la chance d'être ambassadrice de la maison Chanel. Au delà de la collaboration professionnelle, une relation sincère s'est tissées entre nous.

Quel compliment vous flatte le plus ?
"Votre enfant est drôle et intelligent et il a confiance en l'autre". Personne ne me l'a encore dit, mais ça me rendrait fière !

Êtes-vous féministe ?
Je suis attachée à la bienveillance entre femmes. Je ne suis pas d'accord avec l'idée qu'il faut des couilles et de la testostérone pour diriger une équipe. On peut évoluer dans la douceur.

Adolescente, quel était votre modèle ?
Je me suis construite avec des anti-héros: j'étais passionnée par les faits divers, la face sombre de l'humanité. Mon père travaillait au Palais de Justice et j'assistais aux procès d'Assises. C'est peut-être ça qui m'a donné le goût du théâtre et l'envie d'aller explorer l'humain dans ce qu'il a de moins glorieux.

Il  n'y a donc pas une femme, une interprète qui vous a inspirée ?
J'adorais Molly Ringwald, la rousse des teen movies des années 80.

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Est-ce que vous avez un talent caché ?
Si oui, il serait temps que je le trouve…

Qu'est-ce qui vous énerve ?
L'expulsion des migrants. C'est inadmissible avec un gouvernement de gauche. J'ai pleuré de de rage devant les images de la rafle policière de la Halle Pajol. Quelle brutalité !

Seriez-vous prête à vous engager en politique ?
J'habite dans le XIXème, j'essaye de faire bouger mon quartier. Je fais du théâtre pour les milieux scolaires afin de sensibiliser notre jeunesse. Je me sens assez impuissante, j'aimerais m'impliquer davantage….

Sans quoi ne pourriez-vous pas vivre ?
Sans livres, sans littérature… et sans lenteur. Je pense être vive, mais je ne suis pas une rapide. Je ne suis pas connectée aux réseaux sociaux. J'écris les mots de mes textos en entier. J'ai besoin de romanesque et de durée. Rien n'est trépidant chez moi. J'apprécie de ne rien faire. Je ne m'ennuie jamais. Je suis une indépendante qui aime être entourée.

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