Qui c'est les plus forts ? : Charlotte de Turckheim drôle et engagée

Charlotte de Turckheim revient derrière la caméra avec "Qui c'est les plus forts ?", au cinéma le 3 juin. Dans cette comédie sociale, la réalisatrice se penche avec humour sur une famille en galère. On lui a parlé féminisme et solidarité. Rencontre.

© SIPA

Charlotte de Turckheim, l'aristo la plus aimée du pays, s'intéresse à la France d'en bas avec Qui c'est les plus forts ?, en salles le 3 juin. Dans cette comédie, deux jeunes femmes, jouées par Alice Pol et Audrey Lamy, tentent de rester unies alors qu'elles font face à une montagne de galères à première vue insurmontable. Leur but ? Trouver de l'argent pour conserver la garde de leur petite soeur Kim. Quand une opportunité inattendue se présente à elles, leurs idées reçues se trouvent bouleversées pour laisser place à une seule question : jusqu'où est-on prêt à aller pour ceux qu'on aime ?
Après Mince Alors ! et Les Aristos, Charlotte de Turckheim reprend la réalisation pour faire rire sur des thématiques pas si drôles. Rencontre avec une femme qui a des choses à dire, avec ou sans caméra.

Le Journal des Femmes : Homoparentalité, deuil, handicap, chômage... Vous abordez des sujets graves pour une comédie.
Charlotte de Turckheim : Quelqu'un m'a dit "J'adore ton film parce que c'est comme le panier de la ménagère. Chacun va y piocher ce qui lui plaît." Le sujet qui me tient le plus à coeur, c'est cette famille qui tente de s'en sortir. Les gens me posent beaucoup de questions sur la GPA. Pourtant, Sam et Céline auraient pu braquer une banque ou dealer de la drogue, ça aurait été le même sujet : "Je sais que je fais une connerie, mais ne me jugez pas."

Vous n'essayez donc pas de lancer un débat ?
Non, car ce film est adapté d'une pièce de théâtre (Sunderland, ndlr), mais je reste convaincue qu'il est important de dialoguer et de débattre. On ne le fait pas assez et c'est peut-être pour ça que la société est aussi malade, bizarroïde. On a toujours tendance à faire des règles, à déterminer ce qui se fait ou pas pourtant il
 faut discuter et laisser reposer pour comprendre. Je n'aime pas qu'on me donne des leçons alors je n'en donne pas aux autres. Je leur montre ce à quoi je réfléchis, ce qui me fait rire, m'émeut. Je doute, je cherche à comprendre, je m'interroge. On vit dans un monde tellement complexe !

Comme dans Mince Alors !, Qui c'est les plus forts ? se concentre sur les femmes. Quels combats restent-ils à mener ?
On a perdu du terrain. C'est quand même fou qu'on soit tout le temps au milieu des guerres, utilisées, jetées, violées. J'ai énormément de peine quand je vois toutes ces femmes qui reculent, qui mettent la burka. Elles estiment que c'est mieux de se cacher, d'être soumises. Elles se pensent rebelles, sincèrement protégées. Ca me bouleverse. J'en suis à me demander si même les femmes n'y croient plus. Par exemple Diam's, qui est une fille géniale et que j'adore, a choisi de se mettre sous une espèce de tente, de s'exclure du regard des hommes et elle pense que c'est là son bien-être. Si c'est ça le nouveau bonheur des femmes...

Comme dans le film, pensez-vous que la solidarité peut faire des merveilles ?
Je n'ai pas beaucoup de convictions, mais celle-là oui. La solidarité, la parole, le dialogue, l'entraide, manquent beaucoup. On n'a jamais aussi peu communiqué. Pourtant, je suis persuadée que la solidarité peut nous sortir de beaucoup de choses. On le voit en famille, entre amis, au boulot. Si ça marche dans nos vies privées et professionnelles, ça devrait marcher à l'échelle du monde.

Quelle a été votre plus grosse galère ?
Monter un film est toujours une grande difficulté. Tous les réalisateurs doivent se le dire. On est fous de faire ça ! Je me souviens d'une grande scène avec le père de mes enfants. Je pleurais, j'en avais marre, je me plaignais que c'était trop compliqué (elle sourit). Gentiment, il m'avait dit d'arrêter si ça me faisait tant souffrir. Je lui avais alors fait mon grand numéro, style "Tu ne comprends pas, ce n'est pas moi qui ai choisi mon métier, c'est lui qui m'a choisie !" (rire). Francis Veber dit quelque chose que j'adore : "On ne choisit pas un sujet, c'est un sujet qui vous choisit, qui se pose sur votre épaule comme un papillon et qui ne vous lâche pas.". C'est joli et c'est exactement ce qui m'est arrivé avec cette vocation.

Charlotte de Turckheim © BENAROCH/SIPA

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