Sara Forestier : "Je suis fantasque par pudeur"

Dans "La Tête haute", projeté en ouverture du Festival de Cannes, Sara Forestier incarne la jeune mère de Malony, une femme perdue, désarmée face à la violence de son fils. Un rôle aux antipodes de l'actrice que nous avons rencontrée, qui a bien la tête sur les épaules.

© SIPA
Sara Forestier à Cannes, le 13 mai © SIPA

Pour Thierry Frémaux, La Tête haute "dit des choses importantes sur la société d’aujourd’hui, dans la tradition d’un cinéma moderne, pleinement engagé sur les questions sociales". C'est pour ces raisons que vous avez accepté le rôle ?
Sara Forestier :
Le traitement du sujet m'a vraiment plu. Je trouvais que c'était un vrai film de cinéma, malgré le sujet réaliste. On n'est pas dans un simple documentaire, il y a de l'émotion, de la tension, une manière de mener le récit qui tient en haleine. On est constamment dans le doute : va-t-il s'en sortir ? Se détacher de cette violence ? C'est intense.

Dans une précédente interview au Journal des Femmes, vous avez déclaré : "Je fuis tout ce qui est du registre de l'agressivité, de la brutalité." Comment avez-vous géré la violence du film ?

C'était différent. Cette violence, il fallait l'incarner. On sent que mon personnage est marqué, même physiquement, par la vie. Séverine essaie de s'en sortir par tous les moyens, y compris en essayant d'apitoyer la juge. Elle est filoute, très touchante parce qu'elle aime vraiment son enfant, mais elle l'aime mal, comme un pote, comme son petit mec.

Elle est complètement dépassée par les événements... Ca vous est déjà arrivé ?
J'espère bien ! Dans la vie, il ne faut pas tout contrôler. L'amour est le sentiment qui nous fait le plus lâcher prise, à nos risques et périls. L'important, c'est de tirer les bonnes conclusions de nos expériences. Ce n'est pas grave d'avoir un chemin chaotique, de vivre des choses douloureuses. Même les remous, les torrents, les cascades (rires) peuvent être transformés en quelque chose de positif si on s'en sert pour trouver qui on est vraiment, ce qui nous correspond.

Vous vous êtes trouvée ?
En grandissant oui, j'ai l'impression de devenir qui je suis.

De quel milieu venez-vous ?
Middle class. On n'était ni pauvres ni riches, une famille nombreuse. J'ai grandi dans un quartier populaire de Paris tout en étant dans une école privée, un peu bourgeoise. J'ai tout de suite été confrontée à différents niveaux sociaux. Cette dualité m'a beaucoup aidée dans la vie.

La Tête haute © Wild Bunch Distribution

Vous êtes très enlaidie dans le film. Attenter à votre beauté, ça vous dérange ?
Pas du tout. Quand Emmanuelle m'a parlé du dentier et de l'aspect physique de Séverine, j'ai accueilli ses propositions sans aucun problème. Dans La Tête haute, on n'est pas dans une beauté esthétisée. On n'est pas face à une femme qui pleure, mais dont le rimmel coule magnifiquement. La souffrance marque physiquement, la beauté se situe dans un éclat.

Vous assumez votre beauté ?
Je suis très pudique. Souvent, la beauté est associée à quelque chose de figé, comme le botox, les photos. Les filles belles ne sont pas très expressives. Moi j'ai le visage expressif, je bouge beaucoup, je cherche le mouvement pour me cacher. Je n'aime pas trop qu'on regarde mon visage. Il n'y a que dans ma vie privée qu'on voit ma vraie beauté.

D'ailleurs, vous êtes très peu dans les médias. Vous fuyez les paillettes ?
J'ai surtout une réticente à participer à un cliché de la femme. La féminité est montrée de manière très réductrice dans les magazines féminins et j'ai énormément de mal à participer à cela. J'ai l'impression de me trahir et de trahir les femmes. A mes yeux, la féminité est beaucoup plus complexe.

Les médias vous décrivent comme audacieuse, fantasque, pétillante... Vous êtes d'accord avec ça ?
L'audace est un moteur. J'aime m'entourer de gens audacieux. Ma pudeur me fait être fantasque, impudique. Je pense que beaucoup de gens passent à côté du vrai sens de ce que je fais. Pour eux, c'est juste une fraîcheur. Aux César, certains se sont dit "elle n'a pas conscience de ce qu'elle fait". Si, mais j'avais envie de mettre les pieds dans le plat. Par pudeur, je n'avais pas envie que les regards soient braqués sur moi. Je me sui dit "il faut que je les fasse rire". C'est une mécanique particulière, mais ça me correspond plus que les mots que vous avez évoqués.

La Tête haute, au cinéma depuis le 13 mai.

Voir aussi :