Mon histoire avec Vincent Macaigne, sans sauce américaine

Une histoire américaine, le nouveau film d'Armel Hostiou co-écrit avec Vincent Macaigne, c'est l'histoire de Vincent qui a suivi Barbara à New York pour la reconquérir. Même au pays de l'American dream, les histoires d'amour finissent mal en général...

© UFO Distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mai 2013. Ma première fois avec Vincent Macaigne, c'était dans les airs. Je volais direction Cannes, pour le Festival. La rencontre s'est faite sur le papier. Je feuilletais un journal et suis tombée sur un portrait. J'y appris que pour lui aussi, c'était sa première fois. Pas avec moi, sur les marches de la Croisette. Il venait y défendre La Fille du 14 juillet, d’Antonin Peretjatko, 2 automnes 3 hivers, de Sébastien Betbeder et La Bataille de Solférino, de Justine Triet. Déjà son nom était sur toutes les lèvres. Celui dont on ne connaissait que la casquette de metteur en scène allait être élevé en une montée des marches au rang de "mascotte du jeune cinéma d'auteur". J'avoue avoir suivi l'ascension du phénomène Macaigne d'un oeil distrait. 
Noël 2013. Il est réapparu pendant les fêtes, tel un cadeau, dans le très joli 2 automnes, 3 hivers. Il y incarnait Arman, trentenaire barbu qui traîne ses guêtres et ses baskets dans les rues de Paris, court après Amélie et flirte avec la mort. Ce fut le coup de foudre de cinéma. 
Après le beau temps vint le Tonnerre. Pas entre nous. Dans le film éponyme de son ami et réalisateur Guillaume Brac. Vincent Macaigne y avait troqué son jogging pour un perfecto et des santiags élimées, usées, comme son personnage de trentenaire loser qui retournait habiter chez son père à Tonnerre, dans l'Yonne. Il y rencontrait une jolie journaliste de 20 ans (donc pas moi) dont il tombait très amoureux. L’idylle s'envenimait, la foudre frappait même.
C'est dans (la) Tristesse Club qu'il tenta la reconstruction aux côtés d'un Laurent Laffitte en guise de frère et une mystérieuse demi-sœur interprétée par Ludivine Sagnier. Finalement, c'est après son errance à New York pour son dernier film, Une histoire américaine co-écrit avec Armel Hostiou, que je le rencontre. 

1er rendez-vous. Le (presque) tête-à-tête a lieu dans un appartement parisien du 10e arrondissement. Vincent est en retard. "J'ai très peu dormi, je travaille sur l'écriture d'une pièce, je me suis couché à 6 heures" s'excuse-t-il en même temps qu'il (s')imprègne les lieux. Je patiente 30 minutes. "Excusez-moi je suis très bavard" glisse-t-il alors qu'il poursuit sa discussion dans le couloir avec les journalistes qui me précèdent. L'air de rien, je m'y invite. Vincent capte ma présence et m'intègre à leur échange, tout en douceur. 
Une histoire américaine sort le 11 février, soit 3 jours avant la Saint-Valentin lui précisai-je pour justifier l'angle séduction, amour (et plus si affinités) de mon interview. Je lui glisse d'ailleurs que son histoire américaine est un drôle de pied de nez à Fifty Shades of Grey qui sort le même jour. "Fifty quoi" me demande-t-il. Je lui parle du phénomène qui a émoustillé les femmes (et les hommes) de 7 à 77 ans. "Ah non, je ne connais pas" me dit-il. De la part d'un metteur en scène qui a adapté Shakespeare et Dostoïevski, cela ne m’étonne qu’à moitié. 

Corps raccord. Puisque le film s’ouvre sur la beauté de Barbara, une beauté qui semble beaucoup fasciner Vincent, j’en fais mon introduction. "Vous y avez cru un peu ou pas, parce que comme elle est très grande, un peu plus jolie et tout ça, du coup on n'y croit pas" me demande-t-il. Oui j’y ai cru car ce qui fait aussi Vincent Macaigne, c’est son physique. Un physique - ni beau, ni moche mais non dénué de charme -, qui confère une dimension tantôt comique, tantôt tragique aux films qu’il habite corps et âme. Figure douce avec un côté "nounours" lorsqu’il est en "formes" (lui n’a pas peur des mots et usera du "gros" mot), c’est une image plus "violente" qu’il dégage, aminci. A bien regarder sa filmographie, on pourrait croire que ses rôles sont taillés sur son poids. Ce jour, c’est un Vincent tendance poids moyen qui déguste les chouquettes posées devant lui. Quand soudain, il se fige : "Vous me faites penser qu'il faut que je maigrisse, c'est dur de maigrir vite, non ? ". Dans une histoire américaine, c’est un Vincent "deux poids deux mesures". Le tournage s’étant fait en deux temps, l’acteur avait perdu beaucoup de poids la seconde fois. Un changement physique presque opportun, qui va dans le sens de l’histoire, du personnage brisé de Vincent. La tendresse qu’il dégage dans la première partie s’évapore avec les kilos qu’il a perdus. Vincent est devenu aussi fantomatique que mutique : l’obsession pour Barbara vire à la pathologie "ça va tellement loin, qu’il devient presque irrécupérable, le personnage se bloque physiquement, arrête d’évoluer" m'explique Vincent Macaigne. Le film bascule de la comédie vers la tragédie. Quelque chose que "Vincent incarne et manie très bien" selon Armel Hostiou. L’entêtement, l’obsession par amour… Lui, Vincent Macaigne, serait-il prêt à l’instar de Vincent son personnage, à partir à New York pour une femme ?

No thanks. Rien d'héroïque selon lui. "Aller à New York par amour ce n'est pas la pire des choses qui soit, ce n'est pas cauchemardesque. L’acte ne paraît pas si compliqué à gérer. Ce serait plus dur de partir à Châteauroux, non ? Vous connaissez ? C'est une ville assez triste. Châteauroux, c'est une vraie question, non ?" Heu… Et par amour. Il ferait quoi, Vincent Macaigne ? "Bah plein de choses, tout quoi, finalement on fait tout par amour presque, non ? Arrêter le cinéma, osais-je. Il m'explique qu'il n'a pas de vision de carrière donc "ouais, je pourrais partir du jour au lendemain mais heu je pense oui et en même temps je sais pas quoi..." Bon, ce n’est pas gagné de lui proposer de tout plaquer pour aller vivre à Rio, une ville "dans laquelle on sent l’avenir" m'a-t-il confié quelques minutes plus tôt.
Et vivre une histoire avec une américaine alors ? "J'ai pas un caractère très fan enfin j'observe pas trop". Finalement après m'avoir demandé plusieurs fois ce que je répondrai, il me souffle le nom de Greta Gerwig "mais j'imagine pas une histoire avec elle" ajoute-t-ilPréfère-t-il les parisiennes ? "Non, pas forcément parisiennes, françaises". C'est déjà ça... "Enfin ce que je veux dire pour les américaines c'est qu'elles sont trop maquillées, trop apprêtées, un peu fake quoi". 
A-t-il un style de beauté féminine ? "Moi ? Bah, j'aime beaucoup les femmes très belles, enfin comme tous les hommes je crois. Mais ceci dit, dans le film le rapport à la beauté en tout cas par rapport à lui, je pense qu’il est dû ou plutôt indu, c'est un peu off, lié au "nouvel amoureux" de Barbara, c'est complètement improbable, il est musclé, grand, enfin il a une forme plus typique de beauté quoi".
Les muscles. Soit. Mais ce qui semble avoir séduit Barbara chez Vincent, c’est son humour. Partage-t-il cet "atout séduction" avec son personnage ? "Moi dans la vie ? Bah non je ne sais pas. J'aime bien rire. Je ne sais pas trop quoi dire sur mon humour… Ceci dit pour rebondir, le film n'est pas une histoire de séduction par rapport à une femme, c’est plutôt le off, ce qu’on ne voit pas. Mais vous avez raison, je fais des blagues un peu au début". Puis songeur, il ajoute : "En tout cas j'essaie d'avoir de l'humour parce que si j'en avais pas, ce serait plus compliqué, non ?". Avec Vincent Macaigne, la réponse est souvent dans la question. Autre "tic" verbal : l'usage du mot "à l’arrache". Sûrement parce que Vincent Macaigne, que l'on dit "bourreau de travail", est mû par l'urgence de vivre, tourner. 

A l'arrache. Pour Une histoire américaine, le tournage s’est fait en une vingtaine de jours avec une équipe très réduite "on était que 5, un assistant, un chef opérateur, un mec au son, Armel (Hostiou, ndlr) et moi". Un petit effectif parfois contraignant "ça pouvait être prise de tête car il y avait un côté un peu désorganisé. J’écrivais des bouts de dialogue dans le métro. On filmait à l’arrachée certaines scènes. Heureusement que New York et les New Yorkais sont plutôt ouverts par rapport à ça. Il y a une culture de l'image, ils se mettent dans le truc et puis c'est facile d'aller à l'arrache là-bas. Tout le monde s'est prêté au jeu très facilement, on parlait 5 minutes avec des passants, tac on filmait". Ce côté désorganisé a fait naître de belles choses enchaîne-t-il : "L’actrice initiale qui devait jouer l’amie que Vincent rencontre à New York n’avait pas réussi à se libérer.  Du coup, on est allés devant la Lee Strasberg Academy, une école de théâtre. On était tellement à l'arrache qu’on a accosté 2/3 comédiennes qui correspondaient au type du truc. Sofie (Rimestad, ndlr) a dit oui et elle est super quoi. C’est une très belle surprise, la meilleure je trouve, non ?".  Sans cette spontanéité, le film n'aurait pas eu le même charme lui fais-je remarquer. "Oui, vous avez raison, c’est un peu étrange parce que c’est ce qui paraît tout et ce qui nous empêche des choses. Finalement socialement il était habillé comme moi. Tu vois on aurait plus d'argent dans la vie, si ça se trouve il aurait été plus riche le personnage. Disons qu'il est à l'endroit où on est en nous, socialement dans la vie".
Dois-je comprendre que Vincent le personnage et Vincent l’acteur ne font qu’une seule et même personne ? Lui qui incarne l'amoureux éconduit, le dragueur désespéré est-il, dans sa vie amoureuse aussi abonné au mal d'amour ? "Oh je sais pas c'est vrai qu'il faudrait que je fasse d'autres rôles mais peut être que je ne suis pas assez beau pour ne pas être éconduit" me répond-il. Je le trouve beau moi, Vincent Macaigne. Et même, beau parleur, non ? La réponse est dans la question.