JoeyStarr se fait velours et nous raconte ses enfants, le Président, la danse...

JoeyStarr a accepté d'endosser le rôle de juré aux côtés de Mia Frye et Matthias Dandois dans "Talent Street", le premier talent show de cultures urbaines, diffusé à partir du 3 février 2015 sur France Ô. A cette occasion, le Journal des Femmes a rencontré l'ex-rappeur provocateur du groupe NTM, pas râpeux pour un sou. Confidences.

© France Télévisions

Le rendez-vous est donné à une adresse fixée par JoeyStarr lui-même. A première vue, il s'agit d'un lieu discret qui ne paie pas de mine. Dans ce petit bistrot à la bonne franquette, nous retrouvons le chanteur accoudé au comptoir. Ici, l'heure est à la convivialité. Et c'est dans cet esprit là que le rappeur a répondu à nos questions, avec la sincérité et le franc-parler qu'on lui connaît.

JoeyStarr © France Télévisions

Pourquoi avoir accepté de devenir juré pour Talent Street ?
Pour plein de raisons : le salaire, déjà, était bon, puis je me suis rendu compte en chemin que le principe de Talent Street, c’est ce qui m’a fait, c’est là d'où je viens et je me sens encore assez concerné pour en parler dans le détail. Je me sentais parfaitement dans mon élément.

Vous avez pratiqué le breakdance. Pouvez-vous nous en parler ?
J’ai commencé à 16 ans et j’en ai fait 5 ou 6 ans. J’étais dans la posture des jeunes compétiteurs de l'émission, mais pas de la même manière. Que ce soit pour le rap, le graffiti ou la danse, je l'ai toujours fait par challenge. S’il n’y avait pas d’adversaire en face, il n’y avait pas le même entrain. Si on s‘entraînait beaucoup c’était pour le mettre dans la gueule de quelqu’un à un moment donné.

Comment en êtes vous venu au rap ?
Ça, c’est une erreur. Avec Kool Shen, on est tombés sur un mec avec qui on faisait des graffitis, un mec qui rappait déjà à l’époque et qui nous avait dit : ”Vous croyez que c’est en écrivant sur les murs que vous laisserez des traces ?" J’ai trouvé ça tellement facile ce qu’il faisait, lui. Il m’a déclenché le mec et c’est ça : on en revient encore au challenge. On était des merdeux, on faisait des graffitis comme les chiens pissent sur les murs pour marquer leur territoire, on dansait pour aller chercher les mecs…  Bien sûr que c’était un moyen de s’exprimer, mais on en n’était pas encore là. On était jeunes et cons.

Et le rap français actuel, est-il représentatif ?
En considérant que les choses évoluent, je l’accepte. Après, est-ce que c’est représentatif… Le problème c’est qu’il y a beaucoup de gens qui font du rap, mais à un moment donné l’exercice est de devenir musicien, pas que “rappeur”. Je suis là parce que j’aime la musique, mon père en écoutait de tous bords, ce sont les réminiscences de tout ça. Il y a des beatmakers, des mecs qui font de la musique et qui ne connaissent même pas les bases… Mec, faut que tu sortes ! Ça m’a toujours beaucoup surpris. J’ai l’impression que pour beaucoup aujourd’hui, ce ne sont pas des gens qui aiment la musique.

Le rap est-il devenu mainstream ?
Je trouve que c’est pire que ça. Il y en a beaucoup qui n’ont pas les couilles d’aller vendre du shit en bas, ils ont vu un clip de rap avec deux nénés, une voiture et une bagouze et ils se sont dit : “J’vais faire du rap”. Tant mieux pour eux, mais qu’il ne soient pas là pour de fausses raisons.

Que réprésente la street culture pour vous ?
C’est ce qu’on voit là, dans Talent Street, mais pas que. Il y a une spécialité qui n’est pas vraiment représentée, c’est le graffiti. La street culture, c’est un esprit libertaire avant tout. Le BMX, le skateboard et le roller sont à part, mais en général t’as besoin de rien, à part du sol. Pour le graffiti, il te faut un mur, tu poses les bombes et c’est parti, tu t’exprimes.

Selon vous, pourquoi cette stigmatisation de la culture urbaine ?
Dans certaines spécialités il faut un peu jouer des épaules et sortir le cul, dont forcément il y a l’image du bad boy et l’amalgame se fait. Tous les gens qui font du rap ne sont pas issus des quartiers. Il y a une lecture qui n’est pas exacte dans la manière dont c’est relayé. Après tout, c’est un esprit libertaire. On est un genre de nouveaux pontes, des tontons, les descendants directs de George Clinton, de Parliament [ndlr : les pères du funk] et de Sun Ra [le jazzman qui a influencé George Clinton]. Quand tu t’intéresses vraiment à un truc, faut creuser. Pour construire le futur il faut avoir une connaissance du passé et c’est un peu pareil pour tout. De fait, si tu fais juste les choses dans l’immédiat, c’est de la posture : on parle donc de tendances et moi je me sens pas concerné par tout ça.

Comment on passe du rap à une carrière d’acteur ?
Ça te tombe sur la gueule. Pour le premier vrai film que j’ai fait [ndlr : Le Bal des Actrices], au départ, je devais juste faire un morceau pour la bande son. De rendez-vous en rendez-vous, la réalisatrice a commencé à me dire : "Je cherche un partenaire pour jouer mon mari et le père de mes enfants…” Ce doit être mon côté commis-garagiste, tout de suite on sent que je peux faire autre chose et que je suis polyvalent, que je peux réparer les motos, les vélos et les scooters !

Vous aimez le métier d’acteur ?
C’est intense. Je dis ça car aujourd’hui j’ai 47 ans, il y a 5 ou 10 ans j’aurais dit “nique ta m***” ! Mais bien sûr que je kiffe, c’est inattendu. On dit que la routine tue, ce que je fais actuellement ne s’inscrit dans aucune routine et c’est un luxe.

Vous allez continuer dans cette voie là ? Vous avez d'ailleurs un nouveau film qui sort le 15 avril 2015, Les Gorilles.
Tant qu’on me le propose, oui, avec plaisir. Et j'ai envie de me diversifier parce qu’à un moment donné on se retrouve avec l’envie de jouer et cette envie, ce n’est pas juste arriver avec la gueule enfarinée. C’est surtout se rappeler qu'on est l'un des rouages de l’histoire. Ça me relève dans mon rang de spectateur que de me voir dans une posture qui n’est pas la mienne et ça reste dans la continuité de ce que j’ai toujours fait. Avec le rap, je racontais des histoires, maintenant je le fais en groupe, d’une autre manière et ça me plaît. De nos jours c’est dur et qui peut recommencer quelque chose à 47 ans ?

Et la musique ?
Je n’ai jamais arrêté. J’ai arrêté de faire de la scène pendant un moment, mais je vais refaire un album. Le dernier que j’ai fait, j’ai tourné 2 ans et demi avec, je ne sais faire que ça. Je ne suis pas en train de me prendre pour Marlon Brando et j’en suis très loin !

Vous avez fait quelques mois de prison… Que pensez-vous du système carcéral ?
Je pense que le système carcéral en lui-même est imparfait. Il y a une chose qui est vraie : certaines personnes n’ont pas l’acuité ou même l’entourage qu’il faudrait pour pouvoir évacuer ça et passer à autre chose… Il n’y a pas de suivi réel. On arrive au bout du système judiciaire. On t’enferme, tu peux travailler ou t’instruire si tu veux le faire, mais on devrait obliger les gens à aller à la bibliothèque, à faire des choses pour eux. La réinsertion, elle commence dès le premier jour. Sauf que là, c’est si tu le veux ou avec la carotte de la remise de peine… Non, il faut contraindre les mecs à prendre un livre et à s’instruire.

Vous avez annoncé sur Instagram l’arrivée de votre troisième enfant. Quel genre de père êtes-vous ?
Un papa qui a pris une troisième fois perpète ! Qu’est-ce que ça fait ? Ben… Ça en fait un de plus, il y en a déjà deux, ça fait une femme en plus… J’ai encore l’honneur de me reproduire donc c’est une chance ! Le dernier, il a la pêche, il gazouille, il est très alerte, sa mère me dit qu’il est cool. Les deux autres l’étaient aussi... Mais ça grandit donc attention... la dynamique va changer !

Quel est votre rapport aux réseaux sociaux ?
Pour l’instant, j’ai juste Instagram. Le capital sympathie je m’en bats les reins. Je le fais vraiment pour moi, ça m’amuse. Il y a mon frère qui me dit : “Non, ça tu ne peux pas le mettre”. J’ai toujours un petit garde-fou à côté de moi qui me dit : “T’es mignon, mais ça, ça n’intéresse que toi”. Mon rapport est tout nouveau, j’étais complètement contre tout ça. Là où je me suis retrouvé, c’est qu’on voyage un peu par ces biais-là, chez des photographes par exemple. Là, je me suis connecté avec deux anglaises qui font des décors et des moules de personnages. Voilà ce qui me plaît : il y a de la vie, parce qu’il y a de l’échange.

Récemment, vous avez fait un passage chez Jacquie et Michel (un site pornographique) puis à... L’Élysée !
Ça, c’était une autre démarche. Je sortais d’un tournage et il se trouve qu’il y avait Julie Gayet dans l’équipe qui nous a dit : “Tiens, vous ne voulez pas venir rencontrer mon mec ?”.

Donc elle assume son histoire avec le Président ?
Ils ne font pas semblant, mais ils ne se sont pas non plus lavé les dents avec la langue devant nous...

Voir le générique de l'émission Talent Street, diffusée sur France Ô à partir du 3 février 2015 :