Anny Duperey : "Le combat pour la défense des droits de l'enfant est loin d'être gagné"

Anny Duperey n'est pas une simple actrice : elle est aussi la marraine de l'association SOS Villages d'Enfants. Le Journal des Femmes a rencontré cette femme engagée.

Anny Duperey sos villages d'enfants
© SOS Villages d'Enfants

L'association SOS Villages d'Enfants profite du 25e anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant pour lancer le dispositif "Qui m'aime m'écoute", dont l'objectif est de porter la parole des enfants. Anny Duperey, marraine de cœur de l'association, répond avec force et sincérité à nos questions sur l'association et son engagement.

Quel est le but de l'Association SOS Villages d'Enfants ?
Anny Duperey : Elle s'engage à recueillir et accueillir dans la durée des enfants isolés, sans soutien parental ou en risque de le perdre. Elle a pour but de les protéger et de leur offrir le droit à une vie familiale, de leur favoriser l'accès à l'éducation et à la santé en s'appuyant sur une relation éducative et affective durable avec ce que l'on appelle une "Mère SOS". Sa spécificité et ce qui la distingue, est de ne pas séparer les enfants d'une même fratrie.

En quoi le 25eme anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant est une date clef pour l'association ?
A.D. : Le combat pour la défense des droits de l'enfant est encore loin d'être gagné puisqu'ils ne sont pas respectés partout et par tous ! Cet anniversaire est là pour que nous pensions à eux. Il y a encore tellement à faire. Nous devons souhaiter que les yeux s'ouvrent enfin... Et les cœurs aussi.

annyduperey
Anny Duperey © Agence Marie-Antoinette

Quel est votre rôle au sein de l'association ?
A.D. : Je suis davantage une voix pour l'association, j'essaye de lui conférer un maximum de visibilité. Je ne vais pas dans les villages, je n'y suis pas utile. Sans doute n'ai-je pas aussi réglé tous les problèmes auxquels j'ai dû faire face durant mon enfance. Je reste donc humblement à l'arrière en faisant tout mon possible pour aider cette magnifique cause et en me servant de mon nom pour aider SOS Villages d'Enfants. Ce qui n'enlève rien à ma conviction.

Comment êtes-vous devenue marraine de SOS Villages d'Enfants ?
A.D. : L'association m'a contactée suite à la sortie de mon livre Le Voile noir, en 1995, dans lequel j'évoquais le drame que j'avais vécu dans mon enfance : la perte de mes parents et la séparation avec ma sœur. Je voue une admiration sans borne aux Mères SOS, qui parviennent à garder cette subtile distance avec les enfants. Je n'ai jamais souhaité que ma tante, qui m'a élevée, prenne le rôle de ma mère.

Pensez-vous que votre vécu vous donne de la force dans votre combat ?
A.D. : Sans aucun doute. Je peux comprendre ce que vivent les enfants de l'association car j'ai moi-même vécu ce drame. Aujourd'hui, une loi exige de ne pas séparer les frères et sœurs et c'est une excellente chose. Abattre la complicité entre deux enfants, c'est dramatique ! 

Vous êtes marraine de l'association depuis plus de 20 ans. De quelles évolutions avez-vous été témoin ?    
A.D. : J'ai vu des choses merveilleuses : des gens accueillir des fratries, leur offrir une véritable vie de famille, la plus proche de ce que l'on pourrait qualifier de "vie normale". Les liens entre chaque enfant et sa mère SOS ne sont jamais rompus. Parfois, les rôles s'inversent même lorsque des anciens enfants de village s'occupent à leur tour de leurs tutrices, devenues âgées.

Comment conjuguez-vous cet engagement avec votre métier d'actrice ?
A.D. : C'est assez facile : les deux ne sont pas du tout incompatible, puisque je ne suis chargée que de faire des enregistrements, répondre à des interviews ou à des mails.

Vous avez deux enfants. Qu'est-ce votre expérience de mère vous a enseigné ? 
A.D. : Que je ne devais pas avoir peur pour eux. En devenant marraine de cette association, j'ai dû prendre sur moi afin d'écarter mes craintes : celles de la perte, de l'accident... Je me suis rendu compte que si je commençais à avoir peur pour mes enfants, c'était fini !

Y a-t-il un sujet d'actualité qui vous tient à cœur et dont vous voulez nous parler ?
A.D. : La cause des filles dans le monde me touche énormément. Prenez Malala Yousafzai, par exemple : une petite fille de 17 ans qui remporte le prix Nobel de la paix en prenant le risque de mourir pour défendre le droit des filles d'aller à l'école ! Ou encore, l'affaire de ces 200 écolières enlevées et mariées de force par le groupe Boko Haram... La condition des filles est épouvantable et il n'y a pas de mot pour décrire ce qui se passe tous les jours dans le monde.

Un mot d'espoir pour la fin ?
A.D. : Je souhaiterais que les hommes puissent enfin comprendre que les femmes font avancer les choses.