Marc Lavoine : "Les enfants nous apprennent beaucoup"

"Ma Maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill" raconte l'histoire de Jean, 6 ans qui n'ose pas demander à son père où se trouve sa maman. Entre silences et non-dits, nous sommes pris par l'histoire, touchante, drôle, émouvante et très pudique. Marc Lavoine dans le rôle du papa de Jean, a mis sa voix chaude et grave au service du personnage, un être ombrageux qui vient de perdre sa femme. Rencontre avec le chanteur, comédien, mais aussi et surtout père de famille.

Interview Marc Lavoine
© TANDEM PRODUCTIONS

JournalDesFemmes.com : Pourquoi avoir accepté la proposition de Marc Boréal et de Thibault Chatel ?
Marc Lavoine : On me l'a demandé gentiment ! (rires). Thibault Chatel, que je connais très bien, m'a appelé et m'a proposé de jouer le père de Jean. L'univers des bandes dessinées et de l'aventure m'ont toujours plu chez lui. J'ai ensuite découvert la BD de Jean Régnaud et j'ai trouvé que le côté un peu mélancolique des coloris, le trait, le propos, l'histoire étaient très attirants. J'ai donc tout de suite dit oui.

Vous avez écrit les paroles de la chanson du film "Avec Buffalo Bill". Il était important pour vous de l'interpréter ?
Fabrice Aboulker a composé la musique du film. J'ai écrit les paroles de la chanson et j'ai ensuite posé ma voix sur le générique. J'ai trouvé que c'était valorisant pour moi de le faire. J'ai donc demandé à l'interpréter.
C'était agréable de travailler avec Fabrice Aboulker. Nous avions déjà collaboré ensemble et il avait notamment signé "Les yeux revolver", "Paris", "Reviens mon amour". C'est toujours un plaisir de se retrouver au piano avec ce musicien. Par ailleurs, écrire sur ce sujet a été un plaisir pour moi. Quand on perd un proche, on redevient un enfant en quelque sorte. Notre voix redevient celle d'un enfant : ce film, c'est un chagrin d'enfant. 

Vous prêtez votre voix au papa de Jean, un personnage un peu sombre et dépassé par les événements. Pensez-vous avoir beaucoup de choses en commun avec lui ?
Vous savez, quand on m'a contacté pour "Ma Maman est en Amérique", je venais de perdre ma mère donc je me sentais lié à ce sujet.
C'est difficile de perdre sa femme, c'est difficile de l'expliquer à ses enfants. Surtout dans ces années là, car à l'époque, on n'a pas encore compris l'importance de la communication. Les parents et les enfants sont séparés par plusieurs choses culturellement. Le papa de Jean est chef d'entreprise, débordé, maladroit avec ses enfants et peu sociable. C'est un veuf, presque un vieux-jeune garçon. Les enfants, Jean et Paul, s'occupent à leur manière de rafraîchir l'innocence des choses.

En tant que papa, pensez-vous qu'il est nécessaire de tout dire à ses enfants ?
Il faut un temps pour les choses. Nous sommes toujours pressés de tout montrer à nos enfants alors qu'ils demandent un certain temps d'adaptation, de disponibilité. Bien sûr, on peut transmettre un certain nombre de valeurs à nos enfants, mais il faut aussi reconnaître que ce sont eux qui nous apprennent beaucoup. Il faut parfois savoir être très ignorant et essayer d'apprendre avec naïveté, sans trop dominer une situation. La vie m'a appris à être attentif et pas trop présomptueux.

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Jean, son frère Paul et Monsieur Régnaud, leur papa. © Gebeka Films



Quel effet cela vous a-t-il fait de retourner dans les années 70 ?
Je ne suis pas si vieux que ça ! (rires). Non, plus sérieusement, je connais cette génération de papas. Ma rue ressemblait aux dessins du film, j'ai vécu les mêmes choses que le petit Jean : les DS, le transistor, les pattes d'éléphants... que des souvenirs ! Ça a été vraiment intéressant de retourner dans ces années-là, de revenir sur ses pas, de revisiter une époque.

L'enregistrement des voix du film a été fait "à l'ancienne", c'est–à-dire sans image. Avez-vous trouvé cela difficile de ne pas avoir eu de support visuel graphique ?
Oh que oui ! Je me suis retrouvé comme quand j'avais 16 ans, à affronter le regard des autres, je me sentais nu comme un vers, attendu au tournant. Dans ces moments-là, il faut sauter le pas, franchir le ridicule et aller vers la vérité, la sincérité. Les enfants ont cette capacité : imaginer des histoires, parler seul avec leurs petits soldats, leurs voitures. Ils possèdent une imagination débordante et il fallait que je retrouve cette sensation, que j'oublie ce qu'il y avait autour de moi et que je me projette dans l'imaginaire, le "Neverland". Ce "Neverland" je l'ai retrouvé, heureusement, grâce à un coach et à Thibault Chatel qui m'ont dirigé et expliqué visuellement avec leur mots, l'univers dans lequel j'étais, la voix qu'il fallait que j'adopte, la pudeur, la distance, autant d'émotions à la fois.

En 1992, vous montez le journal Le Papotin pour soutenir la cause des enfants autistes. Vous êtes également un fidèle participant des concerts des Enfoirés. Vous semblez être très impliqué dans la cause humanitaire. Pourquoi ?
C'est un besoin personnel. Il est important pour moi d'être auprès des gens qui cherchent un équilibre et une place dans la société. C'est une question de bon sens, et de culture : aujourd'hui je veux vivre dans un pays où il n'y a pas de différences sociales.

Marc Lavoine, chanteur, Marc Lavoine, comédien... Si vous ne deviez en choisir qu'un...
Je n'aime pas choisir ! (rires). Mais il y a toujours des choix à faire et aujourd'hui, à l'heure où je vous parle, je suis comédien. Mon désir pour le cinéma est grand et les rôles qu'on me propose me plaisent. J'aime être porteur de messages à travers mes chansons mais je trouve aussi qu'ils passent par le biais des films et dans ce cas, des dessins animés. On me propose des projets qui, artistiquement, philosophiquement, m'intéressent. Cela a été le cas pour "Ma Maman est en Amérique". 

EN VIDEO : la bande-annonce du film