Marie Gillain, la belle ingénieuse

Intelligente, exigeante, engagée, Marie Gillain illumine Landes, magistral premier long-métrage de François-Xavier Vives, en DVD le 3 décembre. Rencontre avec une ravissante Liégeoise qui se révèle gentille, généreuse et enjouée.

Marie Gillain, la belle ingénieuse
© Sophie Dulac Distribution

Révélée à 15 ans avec Mon Père ce Héros, consacrée à 20 ans par L'Appât de Bertrand Tavernier, Marie Gillain, 37 ans, a brillé dans Les Affinités électives, Ni Pour ni Contre, Toutes nos Envies... Brune au regard de braise et aux courbes incendiaires, fantasme ambulant pour toute une génération, cette actrice canon ne nous fait pas enrager. Au contraire : sympa, souriante, attentionnée, elle a le profil de la bonne copine, naturelle et pleine d'humour.

JournalDesFemmes.com : Pourquoi vous dans Landes ?
Marie Gillain : J'ai été transportée par cette histoire, ce portrait intimiste de l'émancipation d'une femme dans les années 20, un scénario atypique, un voyage dans le temps...

Parlez-nous du personnage de Liéna...
Veuve d'un avant-gardiste influencé par l'Amérique, Liéna se retrouve à la tête d'une grande exploitation forestière et décide de réaliser le rêve de feu son époux : électrifier le domaine. En pleine crise industrielle, alors que les gemmeurs qui récoltent la résine des pins se rebellent parce qu'ils veulent des droits, Liéna imagine le progrès dans la modernité. Pourtant ce n'est pas une ampoule au plafond que les ouvriers attendent, mais des avancées sociales.

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Landes, en salles le 31 juillet © Sophie Dulac Distribution

C'est une battante, une courageuse...
Elle a une détermination en elle, une forme d'intuition qui la porte et la rend forte. Pour devenir une femme libre, elle va devoir affronter les grands bourgeois, apprendre du monde qui l'entoure et se confronter à l'échec. Maladroite au début, elle va écouter les autres et  réussir, à une époque dominée par le patriarcat, à imposer son autorité dans la région.

Êtes-vous féministe ?
Je ne pense pas. Je suis pour la parité, mais je ne suis pas revendicatrice. A tort, sûrement, je trouve la galanterie extrêmement agréable. J'aime être avec un gentleman. Au début, je trouvais cela bizarre que mon homme porte mon sac à main, maintenant je m'y suis habituée et j'attends qu'il me tienne la porte, me laisse passer.

Liéna n'est pas dans la séduction, et vous ?
Ça me demande des efforts d'assumer ma féminité. J'aime le romanesque, que l'on me complimente, que l'on me fasse la cour. D'ailleurs, cela fait longtemps que je ne me suis pas fait draguer...

Ça ne doit pas être un calvaire de jouer avec Jalil Lespert...
C'est un super partenaire qui a un réel charisme. Il donne du charme et une consistance à son personnage avec lequel j'ai une liaison à l'écran...

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Marie Gillain et Jalil Lespert dans Landes © Sophie Dulac Distribution

D'autres acteurs vous inspirent ?
Joaquin Phoenix, Al Pacino et dans un autre genre, Gérard Depardieu. Ils ont cette magie dans le regard, des pépites d'enfance dans les yeux qui me troublent.

Comment décririez-vous Landes qui, à l'heure du zapping et du tout Internet, pourrait paraître contemplatif voire austère ?
C'est un film qui donne envie de s'échapper, de quitter la pesanteur des maisons pour découvrir l'horizon, de retrouver cette nature puissante et forte. Sur ces paysages grandioses, cette immense forêt, on peut projeter ses rêves comme ses angoisses, c'est mieux qu'une thérapie.

Vous êtes fière de votre carrière ?
Je suis heureuse que l'on me propose des rôles denses, des héroïnes d'envergure alors que l'on m'a longtemps associée à une gamine. J'ai connu le succès et vécu la célébrité très jeune. Cela m'a isolée, rendue farouche et très sélective dans mes choix, ma filmographie. J'ai fait de belles rencontres. Je n'ai aucun regret.

Qu'est-ce qui plaît chez vous ?
Une forme de spontanéité, d'autodérision. Je me suis toujours sentie comme cette fille belge qui débarque de sa campagne avec ses valises pour faire du cinéma. J'ai gardé une capacité d'émerveillement.

Cela vient de votre éducation ?
Mes parents avaient des valeurs, mais ils me faisaient confiance et m'encourageaient pour mes castings. Grâce à eux, j'ai gardé les pieds sur terre, je n'ai pas oublié d'où je venais et je n'ai pas pris la grosse tête.

Un souvenir d'enfance ?
Nous habitions une ferme dans un tout petit village de Wallonie, mon père travaillait dans la communication puis les bandes dessinées, ma mère écrivait des livres pour enfants. Comme il n'y avait aucune activité artistique à proximité, elle avait aménagé un atelier au grenier où ma soeur et moi faisions des spectacles...

Qui était votre modèle ?
Personne. Je n'étais pas impressionnée par les adultes J'ai admiré ma mère pour l'histoire de famille qu'elle a créée et la manière dont elle a éveillé mon imaginaire, mais j'étais très libre, toujours fourrée chez les voisins ou à construire une cabane dans le jardin. J'avais déjà une âme de nomade, de voyageuse.

Et à l'adolescence?
J'ai regardé en boucle les Nuits Fauves et je faisais une fixette sur Cyril Collard. Il me mettait en transe. Je vénérais aussi Romane Bohringer pour ce film et Charlotte Gainsbourg pour L'Effrontée de Claude Miller, mes deux références.

Vous qualifieriez-vous de grande amoureuse ?
Je l'ai été, mais mon cœur qui s'emballait a posé ses valises, il y quelques années déjà... Aujourd'hui, je cherche l'harmonie.

Quelle qualité pourrait vous toucher chez un homme ?
La sincérité. Une présence qui rassure, qui apaise, qui protège.

Quel défaut serait rédhibitoire ?
Un égocentrisme forcené qui fait qu'il manque d'écoute et ne parle que de lui...

Vous avez deux filles (Dune, 9 ans, dont le père est le musicien Martin Gamet, et Vega, 4 ans, née de l'union à l'acteur franco-italien Christophe Degli Esposti), quelle maman êtes-vous ?
Je ne suis pas une copine, j'ai des principes d'éducation, mais je suis une maman rigolote qui peut danser au milieu du salon. J'adore quand mes deux filles se déguisent et improvisent des chorégraphies autour de la table. J'essaye de ne pas être engluée dans un quotidien.

Votre physique, c'est une préoccupation pour vous ?
Je m'astreins à des régimes, par période, par respect pour les gens qui m'engagent, parce que j'ai un contrat à honorer, mais j'aime manger, boire du vin, faire la fête...

Quelle partie de votre corps aimeriez-vous changer ?
Les 10 kg que je prends après chaque tournage. Je suis l'incarnation du yoyo. Ma vie est une lutte contre la graisse...

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Marie Gillain dans Landes © Sophie Dulac Distribution