Astrid Bergès-Frisbey, le talent à l'état pur

Dans Juliette, portrait électro d'une fille confrontée à ses propres contradictions, elle glande, tergiverse, jongle entre les amants, l'absence de désir professionnel et le chevet d'un père mourant. A la ville, Astrid Bergès-Frisbey, indépendante et passionnée, se contrefiche de papillonner. Elle vibre pour le cinéma et veut passer sa vie à jouer devant les caméras.

Astrid Bergès-Frisbey, le talent à l'état pur
© Wild Bunch Distribution

Née à Barcelone d'une mère franco-américaine, vendeuse chez Chanel et d'un père catalan et ostéopathe, Astrid grandit entre l'Espagne, la région de Royan et la République dominicaine. Frondeuse, elle décide à 17 ans de s'installer, seule, à Paris. Dans le film, la disparition de son père pousse Juliette à faire des choix. Astrid Bergès-Frisbey a perdu le sien brutalement alors qu'elle ratait son Bac S. Douleur et révélation. Elle sera actrice. Actrice de sa vie, déjà, cette dyslexique repasse le diplôme par correspondance et avec succès, s'inscrit au cours Simon et perce en 2008, dans Un barrage contre le Pacifique. Beauté évanescente, authentique, sensuelle, la jeune Astrid devient sirène des Pirates des Caraïbes puis Fille du Puisatier de Daniel Auteuil. Mais si cette lumineuse brune aux yeux gris, à la bouche charnue et aux jambes interminables est en face de nous aujourd'hui, c'est pour JULIETTE, "consciente de la chance de défendre un rôle comme ça".

Son personnage
"Juliette est une jeune femme angoissée à l'idée de lâcher l'enfance. Fragile, elle se retrouve dans une période de flottement, d'errance, de questionnement identitaire avant le passage à l'âge adulte.
Nous sommes la première génération Internet, avec accès à tout et donc à rien. On est dans une société en crise qui prône le rêve, donc on veut absolument profiter. Si on n'y arrive pas, on culpabilise. La jeunesse d'aujourd'hui a peur, une espèce de sensation de vide et d'urgence, une incapacité à vivre l'instant présent".

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Astrid Bergès-Frisbey, dans Juliette, en salles le 17 juillet. © Wild Bunch Distribution

Sa réalité
"Je ne vais jamais sur les réseaux sociaux. Facebook ne m'intéresse pas, je ne sais pas ce qu'est "Twitter" et je n'ai pas la télé. Je n'aime pas les relations virtuelles. Je suis une vraie amie, de celles qui vous accompagnent chez le fleuriste comme chez le médecin. Je suis quelqu'un de concret qui apprécie la stabilité. Et pour m'informer et suivre l'actualité, j'achète les journaux".

Terrienne
"J'ai des problèmes de genoux, donc je ne peux pas courir. Je fais beaucoup de sport, du Pilates. J'aimerais me mettre à la boxe. Par contrat, dès que je suis engagée dans une production, je n'ai pas le droit de pratiquer l'équitation, mais j'ai grandi avec les chevaux et cela reste ma passion. Si j'étais un animal ? Je serais un chat".

Un caractère
"Comme Juliette, je compose pour que tout ce que je fais me fasse plaisir et j'assume de ne pas plaire à tout le monde. Je ne suis pas du genre à aller dans les soirées pour me montrer. Je ne suis pas à l'aise dans mes baskets lorsqu'il s'agit de faire de la représentation. Je refuse cet aspect de la célébrité qui consiste à exposer son intimité. Ce n'est pas parce qu'on fait un métier public qu'on appartient aux gens".

Bosseuse
"Pour être choisie en tant qu'actrice, il faut correspondre à l'imaginaire du réalisateur. Certes, on dépend du désir de l'autre, mais je ne veux pas le susciter. Je reste discrète. Je ne suis pas dans la provocation, pas dans la séduction. Une rencontre se fait ou ne se fait pas. Je ne peux pas forcer les gens à m'aimer. En revanche, je suis hyper studieuse, très investie dans le travail et je défends mes choix de carrière".

Naturelle
"Je ne me prends pas la tête. Je suis détachée de mon apparence. La mode, la beauté, ne sont pas des préoccupations. Ma mère est très féminine. Je suis plutôt un garçon manqué, pas du genre à faire une manucure ou à passer des heures à me coiffer. Je prends le métro, je sors souvent sans une once de maquillage. Le matin, j'attrape un vieux jean et le premier T-shirt qui me tombe entre les mains. Parallèlement, j'apprécie les défilés pour la performance artistique, pour saluer un travail, une proposition créative, le talent d'un couturier. Sur les tournages, j'adorerais être accessoiriste".

Férue du 7e Art
"Je passe mon temps devant les écrans. Je suis une vraie cinéphile, une spectatrice fascinée. Récemment, j'ai été émue devant Mud, La Vie d'Adèle et Michael KohIhaas... Côté artistes, Elodie Bouchez (sa partenaire dans Juliette, ndlr) est une femme inspirante. Elle me ressemble plus que mes propres sœurs. Je suis admirative, aussi, devant Denis Lavant ou Juliette Binoche dont les performances résonnent en moi. Je prie pour faire cet effet à ceux qui me voient à l'écran et je préfère me casser une jambe que de faire un mauvais film".

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Astrid Bergès-Frisbey, dans Juliette, en salles le 17 juillet. © Wild Bunch Distribution