Affaire Harvey Weinstein : la chute du magnat d'Hollywood

Léa Seydoux, Judith Godrèche, Emma de Caunes, Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow, Asia Argento... Nombreuses sont les actrices qui dénoncent le harcèlement ou les agressions sexuelles de Harvey Weinstein.

Affaire Harvey Weinstein : la chute du magnat d'Hollywood
© Richard Shotwell/AP/SIPA

[Mis à jour le 12/10/2017 à 17h42] Harvey Weinstein régnait sur Hollywood comme un dieu. Producteur des films les plus populaires de toute une génération, il était à la tête de la Weinstein Company avec son frère Robert, mais aussi de la société Miramax Films. Tout s'est effondré autour de lui à partir du 5 octobre, après les révélations du New York Times : la figure emblématique du septième art fait l'objet de plusieurs accusations de harcèlement et agression sexuelle, par plusieurs de ses collaboratrices. 

Un producteur au double visage

Artisan de la réussite de Quentin Tarantino, Jean Dujardin, ou encore Omar Sy, Harvey Weinstein a profité de sa notoriété et de son statut pour attaquer des femmes, souvent selon le même mode opératoire : il les invitait dans sa chambre, se dénudait et demandait un massage, avant de les agresser sexuelle et de leur promettre la lune en échange de faveurs sexuelles.

La liste des victimes est longue. Les actrices Ashley Judd et Rose McGowan font notamment partie des plaignantes. Emma de Caunes, dont le silence aurait été acheté par le producteur, a expliqué au New Yorker leur rencontre. Dans une chambre d'hôtel, Harvey serait sorti nu de la douche, s'apprêtant à obliger l'actrice à passer à l'acte, lui expliquant que d'autres l'ont fait avant elle. Florence Darel a témoigné à son tour. L'actrice française a expliqué au Parisien avoir reçu comme proposition, de la part du producteur, de devenir "sa maîtresse quelques jours par an pour continuer en Amérique.Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Rosanna Arquette, Léa Seydoux ou encore Asia Argento (qui l'accuse de viol), ont toutes déclaré avoir fait les frais du harceleur. Parmi les victimes, on note également le mannequin Cara Delevingne, qui a accusé Harvey d'avoir tenté de l'embrasser de force lors d'un plan à 3. Interrogé par Le Parisien, un professionnel du cinéma confie que celui que l'on surnommait "le porc" avait pour habitude d'organiser des soirées "partouzes et cocaïne" lors de ses séjours à Cannes.

Georgina Chapman, la seconde épouse d'Harvey de 24 ans sa cadette, a également décidé de lui tourner le dos. Après plus de 10 ans de relation, elle a annoncé ce 10 octobre au magazine People : "J'ai choisi de quitter mon mari [...] J'ai le cœur brisé pour toutes ses femmes qui ont subi d'horribles souffrances à cause de ses actes impardonnables." Seule sa fille Remy, 22 ans, le soutient encore. Elle aurait décrit son père comme étant dépressif et suicidaire auprès des forces de l'ordre, comme le relate TMZ.

Destitué de son trône à la Weinstein Company

Ces accusations ont conduit le producteur à présenter des excuses publiques jeudi 5 octobre et à se mettre en "congés. "Je réalise que la façon dont je me suis comporté avec des collègues par le passé a causé beaucoup de douleur", a-t-il déclaré. A cause de ce scandale sexuel, Harvey Weinstein, à la tête de la Maison de production Weinstein Company, a été licencié de sa propre entreprise.

"A la lumière de nouvelles informations qui ont éclaté ces derniers jours sur la mauvaise conduite de Harvey Weinstein, les directeurs de la Weinstein Company – Robert Weinstein, Lance Maerov, Richard Koenigsberg et Tarak Ben Ammar– ont décidé, et ont informé Harvey Weinstein, que son travail à la Weinstein Company était terminé, avec effet immédiat", a annoncé le conseil d'administration de la société dans un communiqué. Cette société de distribution de films, Harvey l'avait pourtant co-fondée avec son frère Robert en 2005. Cinq des neufs membres dudit conseil ont, depuis, décidé de quitter l'entreprise.

Politiquement incorrect

Harvey Weinstein se disait pourtant engagé envers la cause féminine. Le 21 janvier, il participait à la "Women's March" pour dénoncer le "sexisme" de Donald Trump. La figure emblématique d'Hollywood s'était également positionnée en faveur d'Hillary Clinton lors de sa campagne présidentielle. Harvey était apprécié par les politiques du monde entier. Il avait également contribué financièrement à la campagne de Barack Obama. Le statut du boss d'Hollywood s'est exporté, comme les nombreux films qu'il a portés, jusqu'aux quatre coins du monde. Lorsqu'il était président, Nicolas Sarkozy l'avait même décoré chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres. Du côté du Royaume-Uni, la reine Elizabeth II l'avait nommé commandeur honoraire de l'ordre de l'Empire Britannique.

Ses investissements et ses succès professionnels, qui avaient réussi à gagner la confiance des politiques, sont aujourd'hui réduits au néant. La candidate des précédentes élections présidentielles américaines a déclaré au CNN : "J'en étais malade, choquée, consternée. C'est quelque chose d'intolérable. C'était un aspect différent de l'homme que moi et beaucoup d'autres connaissions". Barack Obama a quant à lui partagé un communiqué de presse pour rebondir sur l'affaire. L'ancien président des Etats-Unis, qui s'est dit "écœuré" a déclaré que "tout homme qui se comporte de manière dégradante avec les femmes doit être condamné et rendu responsable de ses actes, quelles que soient sa richesse et son statut". Harvey a depuis, pris la décision de se faire soigner en Arizona, pour son addiction au sexe.

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