Salma Hayek : mère, fille et saint esprit

Salma Hayek nous offre un conte philosophique et poétique avec "Le Prophète", au cinéma le 2 décembre, qu'elle a produit avec la passion qui la caractérise. Rencontre avec une femme divine, fille à papa et maman gaga.

© Jordan Strauss/AP/SIPA
© Jordan Strauss/AP/SIPA

"La beauté n'est point un désir, mais une extase. Elle n'est point une bouche assoiffée ni une main vide tendue, mais un cœur embrasé et une âme enchantée", écrit Khalil Gibran dans Le Prophète. Sans le savoir, l'auteur libanais offrait une description éclairée de Salma Hayek, productrice de l'adaptation de son œuvre en film d'animation.
Sans surprise, le regard de braise, la bouche dessinée, les cheveux de jais et le corps aux rondeurs affolantes se chargent de provoquer l'extase chez quinconque croise la bombe latine. Le cœur embrasé se fait entendre à travers la passion qui anime ce petit brin de femme, belle actrice et talentueuse productrice, engagée pour l'égalité des sexes et fervente défenseur des réfugiés. Dans un anglais ponctué d'un délicieux accent hispanique et de quelques mots de français, la Mexicaine prend un plaisir sincère à vous conter ses anecdotes de petite fille. Elle n'a rien à prouver, se fiche autant d'être une star immense connue pour ses rôles de fantasme ambulant que d'avoir trouvé l'amour auprès du milliardaire français François Pinault. Quand elle est face à vous, elle s'offre sans concession, disponible, animée, rieuse et drôle. Chez Salma Hayek, il n'y a pas que le cœur qui s'embrase, le corps entier exalte au moment de se confier.
Elle nous présente sa fille, Valentina, 7 ans, avec elle le jour où nous la rencontrons dans un étonnant hôtel parisien. C'est dans la relation avec son enfant que perce l'âme enchantée qu'évoque Gibran. Son regard de maman en dit long sur la tendresse qui sommeille en cette femme de caractère, sur son bonheur d'avoir donné la vie.
A 49 ans, l'ancienne star de telenovelas incarne à la fois la beauté, l'intelligence, l'ambition et l'épanouissement. Son prénom, Salma, est un dérivé de l'arabe "sâlim". La signification ? Sans défaut. Evidemment.

Le Journal des Femmes : Comme l'auteur du Prophète, vous êtes d'origine libanaise. Quel lien vous unit à cette œuvre ?
Salma Hayek : Mon grand-père avait ce livre que je ne connaissais pas sur sa table de chevet. J'étais très jeune quand il est mort, mais je me suis toujours souvenue de cette couverture : un portrait dessiné par Khalil Gibran, dont le visage est resté imprimé dans ma mémoire. Quand j'ai eu 18-19 ans, je suis tombée sur le même ouvrage chez quelqu'un et j'ai demandé à le lire. C'était comme si mon grand-père me parlait après sa mort, c'était très spécial.

Enfant, qui était votre prophète ?
Mon père, qui m'a toujours inspirée et soutenue. Dans la minuscule ville où nous vivions quand j'étais petite, nous n'avions qu'un seul cinéma, qui projetait des films pour enfant une fois par semaine, le dimanche matin. Mon père m'y amenait. Quand il n'y avait plus de place, il m'asseyait sur ses épaules pendant de longues heures pour que je ne rate rien. J'attendais ce moment
 toute la semaine.

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Comme Mustafa dans le film, vous a-t-il aidée à vous élever spirituellement ?
Mon père disait des choses très intelligentes, dont je me souviens encore, comme "il n'y a rien de plus dangereux qu'un idiot avec des initiatives". C'est tellement vrai ! Je me rappelle aussi qu'à l'école, les enfants se moquaient de moi parce que j'étais toute petite. Quand je m'en plaignais, il me conseillait de leur répondre que "l'intelligence ne se mesure pas des pieds à la tête, mais de la tête à l'infini. S'ils ne te croient pas, dis leur d'aller demander à Napoléon". C'est brillant et très amusant maintenant que j'habite en France !

Quel poème ou phrase du Prophète résonne le plus en vous ?
"Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et filles de l'appel de la Vie à elle-même", écrit Gibran. La première fois que j'ai lu ce passage
, j'ai été effrayée de réaliser que mes parents n'étaient pas responsables de ma propre vie, qu'elle m'appartenait. Ça m'a fait le même effet quand j'ai eu ma fille. Nous devons quand même être là pour guider nos enfants, qui doivent écouter leurs parents [dit-elle en câlinant tendrement Valentina, assise sur ses genoux, ndlr]. Nous sommes reponsables de leur vie, dont ils doivent s'emparer un jour. Bien sûr, ils sont obligés de toujours rester proches de leur maman, même quand ils deviennent indépendants (sourire).

Vous et Valentina avez l'air très complices. Dans le film, elle prête sa voix à Almitra et vous à sa mère, Kamila. C'était comment, de travailler ensemble ?    
Humiliant ! 
Elle n'avait jamais rien fait de tel et elle m'a littéralement volé la vedette. Valentina est venue pour faire un test et en 30 minutes, nous avions ce qu'il fallait pour le film. Moi, j'ai passé deux jours en studio... Mais ce travail en duo était une exception. Le Prophète a fait partie de nos vies, il m'a pris énormément de temps. Je n'ai pas dormi pendant des années, parce que je travaillais de Paris alors que les équipes étaient à Los Angeles ! En tout cas, je suis très fière d'elle.

Le Prophète, de Roger Allers. Au cinéma le 2 décembre.

L'affiche du film © Pathé

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