Mika, charmant Prophète

Mika est la voix du Prophète, au cinéma le 2 décembre. Le chanteur franco-britannico-libanais a été débauché par Salma Hayek pour apporter sa douceur et sa poésie à ce personnage philosophe, inspiré de Khalil Gibran. Charmant et accessible, l'artiste aux costumes fous nous a parlé de cette expérience de comédien.

© Instagram Mika
 

At press junket for The Prophet animated film with Salma Hayek in Paris

Une photo publiée par MIKA (@mikainstagram) le

Il prétend faire beaucoup de fautes en français, c'est totalement faux. Mika maîtrise la langue de Molière avec ce qu'il faut d'accent pour enchanter quiconque l'écoute. Il suffit de discuter quelques minutes avec lui pour être totalement sous le charme de ce garçon né à Beyrouth, devenu Parisien puis Londonien. Tiraillé entre plusieurs cultures, le chanteur fan de Prince a développé une sensibilité particulière, doublée d'un humour fin et spontané qui lui confère une allure de grand (il mesure 1,90m) enfant.
Oublions ses boucles de jais et ses grands yeux brillants et revenons à cette voix, que tout le monde connaît grâce aux tubes Relax ou Elle me dit. Non chantée, elle est beaucoup plus grave qu'on ne le pense, comme le prouve son doublage de Mustafa, dans Le Prophète. L'artiste, modeste, a accepté de jouer au comédien pour les beaux yeux de Salma Hayek, productrice du film.
Après un rendez-vous manqué dans un grand hôtel parisien, Mika, en pleine tournée internationale, a accepté de nous parler de cette aventure par téléphone. 

Comment avez-vous réagi quand Salma Hayek vous a proposé de prêter votre voix au Prophète ?
Mika : J'ai cru qu'elle avait bu trop de champagne la veille (rire) ! Je ne suis pas comédien, je fais beaucoup de fautes en français, je n'ai pas 50 ans ni la voix grave de Liam Neeson, qui double le personnage dans la version originale. Alors je me suis demandé pourquoi elle m'avait choisi à la place de tous les acteurs formidables qui auraient pu le faire. J'ai revu la version américaine et j'ai compris. Aussi somptueuse que soit la voix de Liam Neeson, elle est sévère. On perd un peu l'énergie et la fantaisie du texte. Alors j'ai essayé de le faire comme si je récitais de la musique, avec la même attitude, le même processus que lorsque je chante.
J'ai voulu que le rendu soit accessible et moderne. J'ai fait du Xavier Dolan, plutôt que du Liam Neeson.

Vous êtes d'origine libanaise. Que représente l'œuvre de Khalil Gibran pour vous ?
Mon identité libanaise est un peu fragmentée. A cause de la guerre, je suis parti très tôt. J'ai grandi dans une communauté libanaise en suspension entre Paris et Londres. C'est un privilège de m'associer à quelque chose qui fait partie de la culture de ce pays, parce que ça m'aide à me connecter à mes racines. Comme tous les immigrés, je le fais avec la musique, la cuisine et la littérature. Celle de Khalil Gibran, mais surtout celle d'Amin Maalouf, que j'admire énormément. C'est un immense intellectuel, un grand écrivain, qui fait partie de l'Académie française. Il est un exemple de ce que les immigrés peuvent devenir.

Plus jeune, qui était votre prophète ?
Personne, je suis extrêmement méfiant de ceux qui se présentent comme des prophètes, des gourous. Je les mets dehors avant même qu'ils ouvrent la bouche, je ne veux pas entendre ce qu'ils ont à dire. Ils existent dans la littérature, la fantaisie, dans le processus créatif, mais il faut faire attention avec ces gens.

Pourtant vous en incarnez un…
Oui, mais dans l'univers de la poésie, de l'animation (sourire).

Quel poème ou phrase de l'œuvre vous parle le plus ?
Il y en a une qui m'a tellement plu que je l'ai enregistrée sur mon téléphone : "
Ayez foi en vos rêves car en eux se cache la porte de l'éternité."

Le film est une ode à la liberté d'expression, qui continue d'être remise en cause. Vous êtes-vous déjà senti muselé en tant qu'artiste ?
Tout le temps, mais je ne me plains pas, c'est normal. C'est essentiel pour provoquer la créativité et nous donner quelque chose à dire. On devient des artistes parce qu'on nous provoque. 

Cette expérience vous a-t-elle donné des envies de cinéma ?
Je suis très content d'être musicien, compositeur. C'est là où j'existe, où je me sens à l'aise.

L'affiche du film © Pathé Distribution

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