Christa Theret, jeune espoir devenu grand

Révélée dans le rôle de l'adolescente rebelle dans LOL, Christa Theret a su trouver sa place de jeune femme à l'écran depuis. Elle sera dès le 26 décembre Déa, une jeune aveugle qui voit la beauté de l'âme de "L'Homme qui Rit". Rencontre.

Christa Theret, jeune espoir devenu grand
© © Thierry Valletoux / Incognita / Europacorp

LeJournalDesFemmes.com : Parlez-nous de votre personnage Déa...
Christa Theret : Déa, c'est une jeune fille sauvée – enfant - par Gwynplaine, une nuit de tempête de neige pendant laquelle elle a perdu la vue. Il devient ses yeux, sa lumière, sa moitié. Si elle ne voit pas au sens propre, elle a en revanche sa propre perception du monde extérieur, une "vision" non corrompue, pure. C'est la raison pour laquelle cela lui importe peu que Gwynplaine soit défiguré, ce qu'elle aime chez lui c'est son âme. Vivre sans lui la perdrait. Elle a ces mots très forts : "vivre sans toi c'est comme être enterrée vivante".

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Déa, Christa Theret et Gwynplaine, Marc-André Grondin dans l'Homme qui Rit en salle le 26 décembre 2012 © Thierry Valletoux / Incognita / Europacorp

Comment avez-vous abordé ce personnage de jeune fille aveugle ?
Christa Theret : Au départ, j'ai regardé pas mal de documentaires sur des jeunes aveugles. Mais cela ne m'a pas beaucoup aidée car Jean-Pierre Améris (le réalisateur de l'Homme qui Rit, ndlr) souhaitait que l'on soit dans l'esthétique plus que dans le réalisme. Il m'a conseillé des films tels que Seule dans la nuit avec Audrey Hepburn, Les lumières de la ville de Chaplin et Jennifer 8 avec Uma Thurman. C'est ce dernier qui m'a le plus inspirée car elle joue de manière naturelle. Et c'est ce que Jean-Pierre recherchait, que je ne sois pas dans la caricature.

Cela a-t-il changé votre regard sur les personnes aveugles ?
Christa Theret : Je me suis rendue compte à quel point la vue était une chance. Lorsque je jouais, je fermais souvent les yeux, je me sentais coupée du monde. En même temps, cela m'a appris à ressentir d'autres choses. C'était très enrichissant tant pour mon rôle que personnellement.

Le handicap, est-ce quelque chose qui vous effraie ?
Christa Theret : Ce serait hypocrite de répondre non. A vrai dire, tout dépend du handicap. Le fait d'être aveugle, la trisomie, ce ne sont pas des handicaps qui me repoussent, mais je n'y suis pas confrontée au quotidien. Donc c'est un peu facile de dire ça. Lorsqu'il s'agit de déformations corporelles, je crois que malgré soi, on a toujours un mouvement de recul car on est habitué aux physiques "normaux". Pour autant, ce n'est pas quelque chose qui me repousse volontairement.  

Vous aviez déjà tourné avec Marc-André Grondin dans le film Mike. Ça aide ?
Crista Theret : C'est vrai que c'est un petit coup de pouce d'autant qu'avec Marc-André, on s'entend très bien. Mais en général, lorsqu'on arrive sur un plateau, on doit savoir apprivoiser l'autre très vite. Cela fait partie du métier.

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Christa Theret © Alice Thierry

Et tourner avec Gérard Depardieu, ce n'était pas trop stressant ?
Christa Theret : Pas trop. Gérard a été très humain, très simple. C'est un homme exceptionnel qui peut être aussi provocateur et grossier, que raffiné et grâcieux. C'est tout le paradoxe. C'est un être hors norme, fascinant. C'était une immense jubilation de jouer avec lui.

Dans le film, Ursus, Déa et Gwynplaine voguent de villes en villes à bord de leur roulotte. Et vous, avez-vous l'âme d'une voyageuse.
Christa Theret :
Plutôt oui. Je me vois bien partir un jour avec une voiture à l'aventure. Aller tout droit. Après, j'ai la chance de pas mal voyager grâce à mon métier. J'en profite pendant mes jours off pour me balader seule. Je trouve que le fait d'être loin de chez soi, sans personne qui nous rappelle qui on est, c'est ressourçant.

Dans vos derniers rôles, vous incarnez des personnages plus adultes, loin de l'adolescante de LOL. C'est une volonté de votre part ?
C
hrista Theret : Plutôt oui. J'essaie de faire les bons choix. On m'a proposé pas mal de comédies de jeunes, mais je préfère les films engagés. Ce qui m'intéresse c'est le regard que porte le réalisateur sur des personnages en difficulté, comment il les fait évoluer.

On parle de vous comme un jeune espoir du cinéma français. Ce n'est pas trop pesant comme étiquette ?

 

Christa Theret : Non. Ça me convient car j'espère continuer dans le cinéma. Et puis "espoir" c'est un joli mot. J'aime bien.

 

Comment on gère sa vie privée lorsque l'on est une jeune actrice ?
Christa Theret : Il suffit de bien s'entourer. J'évite aussi les lieux mondains, je ne fréquente pas le monde des réalisateurs, acteurs. J'ai ma bande d'amis qui est complètement extérieure à cet univers.

Quel est votre plus beau souvenir de Noël ?
Christa Theret : Quand j'étais petite, le matin au réveil, quand on découvrait les cadeaux déposés par le Père Noël. Aujourd'hui, ce n'est pas une période que j'aborde avec plaisir. J'ai perdu mon père à 16 ans et chaque réunion de famille me rappelle son absence. Je préfère basculer dans mes souvenirs d'enfance.

Le 21, c'est la fin du monde. Vous avez prévu de faire quoi ?
Christa Theret : Je serai aux Arcs pour le Festival de Cinéma Européen pour le film Renoir. Donc du ski, plutôt sympa en fait (rires) !

Portrait chinois :

Si vous étiez...
un mot : espoir  
un film : un seul ? Dur ! Cela va paraître un peu trash mais Blue Velvet de Lynch.
une recette : du pot-au-feu, un classique.
un animal : un aigle. Il plane et il est puissant.
une chanson : Le paradis blanc de Michel Berger
Si vous étiez un ou une actrice ?  Je n'ai pas vraiment de modèles. J'aime bien Kate Winslet, Chaplin. Je crois que j'aurai préféré être Edith Piaf ou Janis Joplin.

 

 

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