Et John Casablancas créa Elite et les supermodels

Elite est l’une des agences de mannequins les plus célèbres du monde grâce à son créateur, John Casablancas. Retour sur le destin exceptionnel de ce booker à l’occasion de la sortie en salle le 29 juin de Casablancas, l’homme qui aimait les femmes.

© Ufo Distribution
En salle à partir du 29 juin 2016 © UFO Distribution

Naomi Campbell, Linda Evangelista, Cindy Crawford, Gisèle Bündchen, Karen Mulder... à la seule écoute de cette liste de noms prestigieux, les images d'amazones séduisantes, de podiums couture et de Unes de magazines de mode se bousculent dans nos têtes. Au-delà de leur métier et de leur beauté, ces mannequins stars ont toutes quelque chose en commun, ou plutôt quelqu'un. À l'origine de leur brillante carrière, John Casablancas est le père fondateur de la célébrissime agence de mannequins Elite, et surtout l'inventeur du concept de "supermodels". Avant de s'éteindre en 2013, ce pygmalion a mis son histoire en lumière en racontant son parcours à son ami réalisateur Hubert Woroniecki lors d'un entretien en 2011. Cette confession intime sera la dernière interview de John Casablancas. Aujourd'hui, ce témoignage posthume unique a mué en un documentaire événement retraçant le destin unique de ce dénicheur de talents exceptionnel. Entre glamour, éclat, sex-appeal mais aussi extravagances, frasques et scandales, John Casablancas, l'homme qui aimait les femmes nous dépeint une fresque de la mode des années 70 aux années 90 à travers l'itinéraire d'un playboy au grand cœur. 

De Manhatthan à Elysées 3...

Né en 1942 à Manhattan au sein d'une famille issue de la bourgeoisie industrielle espagnole, le jeune John Casablancas fait ses balbutiements entre les Etats-Unis et l'Europe, se fait baptiser au Mexique et passe ses vacances entre le Sud de la France et Palm Beach. Sans le savoir, un destin placé sous le signe du mannequinat lui est déjà tout tracé. En effet, avant même de venir au monde, sa mère jouait déjà au modèle pour un certain Cristóbal Balenciaga. Si sa scolarité dans un pensionnat de Suisse ne fait pas de lui l'étudiant idéal, ces quelques années lui permettent de faire la rencontre d'Alain Kittler, futur cofondateur d'Elite, et font éclore en lui une certaine fascination pour les femmes. Après s'être marié à une jeune Française et l'avoir embarqué au Brésil afin de démarrer sa carrière professionnelle en tant que chargé de marketing de Coca-Cola, John Casablancas atterrit à Paris. C'est au cœur de la ville de l'amour qu'il fait la rencontre du mannequin dannois Jeanette Christjansen en 1969. Cette rencontre agit sur lui comme un déclic et lui donne envie de dédier sa vie aux femmes, et particulièrement aux plus belles d'entres elles. De là lui vient l'idée de fonder sa première agence de mannequins intitulée Élysées 3 qu'il installe au 21 de l'avenue George V.

Échec et tops

Afin de garantir le succès de la première agence de son époux, Jeanette Christjansen invite ses amies modèles originaires du froid à embraser l'Europe, étant très friande des beautés scandinaves. Pourtant, l'heure du succès ne sonne pas encore pour l'Américain, et Elysées 3 connaît une existence aussi éphémère que tourmentée. Après cet échec cuisant, John Casablancas se reconvertit temporairement dans le métier d'agent de photographes et croise notamment la route de Patrick Demarchelier. Mais son besoin de conquérir le monde et de devenir une marque à part entière le rattrape vite. C'est pour cela qu'il s'embarque de nouveau dans l'aventure d'une agence de mannequins alors qu'il n'a aucune expérience dans la mode, que le secteur est dirigé par les femmes et dominé par l'agence Ford. En 1971, il envoie donc une lettre à Eileen Ford, la présidente de ce rouleau compresseur qu'est l'agence, la plus puissante et la plus célèbre de l'époque : "Parce que les mannequins qui débutent ont des besoins différents des mannequins connus, j'ai décidé de monter une nouvelle structure, Elite, qui ne représentera que 15 à 20 tops models." L'année 1972 voit donc naître cette toute nouvelle structure à taille humaine, dont le logo suffit à nous transporter dans les années 80 (logo dont le sens caché, révélé dans le film, promet de vous étonner...). Si Eileen Ford sous-estime les débuts de John Casablancas, celle que l'on appelle la marraine ou le pitbull est forcée de prendre en considération les premiers succès du booker et va bientôt tout faire pour se mettre en travers de son chemin glorieux.

John Casablancas, pygmalion des Supermodels © Marco Glaviano

L'élite des supermodels

Court, concis et identique dans la plupart des langues, le nom Elite apparaît comme une évidence aux yeux de son fondateur. Aux côtés de ses amis Alain Kittler et Giampiero Dotti, et de la présidente d'Elite, Monique Pillard, John Casablancas donne un nouveau souffle au milieu de la mode. Il dépoussière les méthodes de l'époque en introduisant les modèles dans le monde du divertissement et en faisant d'elles des phénomènes de la culture populaire : le concept de supermodels est né ! Allant bien au-delà du domaine du mannequinat, ce groupe de tops passionne les foules en devenant des icônes bien plus célèbres que les marques qu'elles représentent. Cindy, Naomi, Linda, Gisèle ou Karen incarnent à elles-seules le climat et l'évolution d'une époque où les mannequins trônaient tout autant sur les podiums que dans l'industrie du divertissement. En cultivant l'image de ses stars, John Casablancas a mis la mode sur le devant des projecteurs et a fait fructifier son entreprise de manière considérable en débauchant souvent les perles d'autres agences. Cet essor et cette conduite déclenchent les foudres de Ford et Wilhelmina qui s'engagent dans la "model war". Les deux entreprises s'allient pour faire tomber celui à qui tout sourit à coups de procès, de déclarations humiliantes dans la presse et même d'actes ridicules et racistes... Ces manœuvres n'auront pas raison de John Casablancas, bien au contraire. Au summum du succès avec un chiffre d'affaire de 120 millions de dollars annuel, le papa des supermodels ouvre des écoles de mannequinat à son nom et crée en 1983 le concours Look of the Year. Renommée plus tard Elite Model Look, cette compétition permettant de dénicher des adolescentes au potentiel de tops accueille plus de 300 000 candidates chaque année et devient une référence. 

La fin du règne

À la fin des années 90, la bulle des supermodels éclate à cause des clients lassés des caprices des mannequins. Dans le même temps, les polémiques égratignent la belle vitrine d'Elite. En 1999, un documentaire de Donald McIntyre vient porter le coup de grâce aux agences de tops et détruit leur réputation en les accusant de proxénétisme, de deal de drogue et d'autres activités humiliantes. À cela vient s'ajouter la vie personnelle de John Casablancas qui ne cesse de faire débat. Et pour cause, le cinquantenaire alimente les tabloïds par ses relations avec de tout jeunes mannequins comme Stephanie Seymour ou sa dernière épouse, Aline Wermelinger, alors âgée de 17 ans. Fragilisé par ces nombreuses attaques, John Casablancas vend ses parts de la société et prend sa retraite en 2000 avant de s'éteindre en 2013 à Rio De Janeiro. Encore aujourd'hui, et surtout à l'heure de la poussée de "supermodels 2.0" comme Kendall Jenner ou Gigi Hadid, l'esprit de cet agent hors du commun plane sur la fashion sphère.

Afin de vous pencher d'un peu plus près sur l'incroyable histoire de John Casablancas et de percer les nombreux secrets des années phares de la mode, rendez-vous dans les salles obscures à partir du 29 juin pour découvrir John Casablancas, l'homme qui aimait les femmes. Et pour vous faire une petite idée sur ce documentaire très réussi réalisé par Hubert Woroniecki, visionnez la bande-annonce ci-dessous.