L'affaire Mediator, un scandale sanitaire

Le Mediator des laboratoires Servier, est un médicament présenté comme un antidiabétique, mais utilisé comme coupe-faim, pendant plusieurs années, alors qu'il pouvait provoquer des pathologies cardiaques graves.

Commercialisé en 1976 par les laboratoires Servier, le Mediator est un médicament, dont la molécule le benfluorex, est indiquée au départ pour traiter les hyperlipidémies, les hypercholestérolémies, les hypertriglycéridémies, le diabète, l'athérosclérose.

Mais quelques années plus tard, sa notice précise que le médicament est indiqué également dans le cadre d'un régime chez le diabétique en surcharge pondérale. Le problème, c’est que de nombreux patients (non diabétiques) admettront l'avoir reçu (et de nombreux médecins l'avoir prescrit) pour son action coupe-faim qui devait les aider à perdre du poids et non pour des raisons strictement médicales. Les ventes du Mediator explosent. Avant son retrait de la vente en France en 2009, en raison de risques de valvulopathies cardiaques, une pathologie pouvant être mortelle, 145 millions de boîtes ont été vendues et plus de 5 millions de personnes en ont consommé en France.
Les premières alertes à propos du benfluorex apparaissent dans les années 1990.

Les dates clés de l’Affaire Mediator :

1976 : Commercialisation du Mediator par Servier.

1997 : L'isoméride, un autre coupe faim destiné aux diabétiques, est retiré du marché en raison d’effets secondaires (problèmes cardiaques).

1998 : Trois professeurs de médecine de la Sécurité sociale alertent l'Agence du médicament sur les risques de l'utilisation non autorisée du Mediator comme coupe-faim.

2000 : Une étude américaine montre que le benfluorex (le principe actif du Médiator) et l'isoméride ont le même mode d’action : ils se transforment en une molécule (norfenfluramine), qui agit comme un poison pour le cœur. 

2003 : Retrait du Mediator en Espagne. 2004 : Retrait du Mediator en Italie.

2006: En France, un document remis à la Haute autorité de santé souligne les dangers du médicament, mais il continue d'être remboursé à 65%.

2007 : L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé recommande aux médecins de ne pas prescrire le Mediator comme coupe-faim.

2008: la pneumologue Irène Frachon alerte sur les risques cardiaques liés au Mediator.

30 novembre 2009 : Le Mediator est retiré de la vente par l'agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé (Afssaps).

3 juin 2010 : Sortie du livre "Mediator, combien de morts ?", renommé "Mediator, sous-titre censuré" après décision de justice sur demande de Servier, par le Dr Irène Frachon, pneumologue à Brest.  

novembre 2010 : Selon une estimation de la caisse nationale de l'assurance maladie (Cnam), le Mediator aurait fait au moins 500 morts en France. Xavier Bertrand, ministre de la Santé demande à tous les patients ayant pris du Médiator de consulter leur médecin. 

décembre 2010 : La Haute autorité de santé (HAS) déclare que dès 1999 elle s'était prononcée contre le remboursement du Médiator, jugeant qu'il ne présentait pas d'intérêt médical.

Selon une autre estimation (Afssaps) le nombre de morts dues au Médiator est évalué entre 1000 à 2000 morts.

La presse révèle que l'Agence du médicament avait été saisie du dossier Médiator dès 1998 par l'Assurance maladie de Bourgogne qui, à l'époque, remettait en cause l'efficacité et la sécurité du médicament.

Xavier Bertrand fait savoir que toutes les victimes du Mediator bénéficieront d'une prise en charge par l'assurance maladie.

2011 : Jacques Servier, président des laboratoires du même nom, déclare que "Le Médiator, ce n'est que trois morts". Plus d'une centaine de plaintes déposées contre le laboratoire et de nombreuses autres sont en attente. L’UFC-Que Choisir et l'Association française des diabétiques déposent une plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui, blessures et homicides involontaires. L'Inspection générale des affaires sociales (Igas) rend un rapport accablant au ministère de la Santé, mettant en cause les laboratoires Servier qui seraient à l'origine de pressions pour maintenir le Médiator en vente. Selon l’Igas, le retrait de commercialisation aurait dû intervenir 10 ans plus tôt. Le nombre de décès est estimé à 500 à 2 000 personnes. La cour d'appel de Rennes annule la censure du titre du livre du Dr Irène Frachon, estimant qu'il n'y avait pas lieu de supprimer la mention "combien de morts?" du titre de l'ouvrage.

Xavier Bertrand, le ministre de la Santé annonce que le système de sécurité sanitaire sera refondé pour aboutir à une indépendance totale entre les instances jugeant les médicaments et les laboratoires pharmaceutiques qui, jusqu'ici, finançaient l'Afssaps.

En août 2015, la responsabilité de l’Etat est reconnue pour avoir attendu 2009 pour retirer de la vente le Mediator.

Le scandale sanitaire du Mediator est au cœur de plusieurs procédures (judiciaires civiles, pénales et administratives). Mais aucun procès n'est encore prévu en raison de la lourdeur des expertises,  et de la "guérilla judiciaire" de Servier pour retarder les procédures et les indemnisations. 

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