Vers une baisse des allocations familiales ?

Dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le gouvernement envisage de baisser la Paje et de revoir ses plafonds d'attribution. Une mesure qui ne s'appliquerait qu'aux nouvelles naissances à compter d'avril 2018.

Vers une baisse des allocations familiales ?
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[Mis à jour le 3/11/17] Le budget 2018 de la Sécurité sociale, présenté par la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, a été examiné par les députés à l'Assemblée nationale le mardi 24 octobre. Ce texte prévoyait de réduire le déficit de la Sécurité sociale, qui est actuellement de 4,4 milliards d'euros, pour le ramener à 2,2 milliards. Un projet de taille qui nécessite la mise en application de certaines mesures. Dans une interview accordée au Journal du Dimanche le 21 octobre, Agnès Buzyn a évoqué une potentielle diminution du montant de la Paje (Prestation d'accueil du jeune enfant) et de ses plafonds d'attribution, qui seraient revus à la baisse. Résultat : les parents d'enfants nés ou adoptés à partir d'avril 2018 verront leur allocation de base (92,31 euros ou 184,62 euros par mois et par enfant de moins de trois ans) baisser de 7,50 (taux partiel) ou au maximum de 15 euros (taux plein), selon les revenus. Par ailleurs, le plafond de ressources pour bénéficier de cette allocation va être abaissé : un couple bi-actif devra gagner moins de 34 000 euros par an (contre 38 000 euros actuellement) et un couple avec un seul revenu d'activité devra gagner 26 000 euros contre 30 000 auparavant. En revanche, certaines familles ne pourront plus en bénéficier. Un choix cependant assumé pour la ministre qui souhaite allouer plus spécifiquement la Paje aux familles disposant des revenus les plus faibles, et ainsi "privilégier les familles monoparentales qui bénéficieront d'une augmentation de 30 % des aides à la garde d'enfant". Aussi, "seulement 4 % des familles des classes moyennes et supérieures ne percevront pas ces allocations", confie-t-elle au JDD.

Vous êtes une famille monoparentale ? Pour les parents isolés ayant un enfant âgé de moins de 3 ans et dont le revenu annuel est inférieur à 32 800 euros, l'aide à la garde d'enfants (emploi d'une assistante maternelle ou garde à domicile) sera augmentée de 138 euros par mois, elle sera désormais de 600 euros mensuels. Pour les deux tranches supérieures de revenus (de 32 800 euros à 72 800 euros, et au-dessus de 72 800 euros), l'augmentation sera respectivement de 87 et 52 euros par mois. Qui est concerné ? Environ 78 000 familles devraient profiter de la première mesure et 800 000 pour les deux autres. A noter que pour une situation familiale similaire, une revalorisation d'autres allocations (complément familial pour plus de trois enfants, allocation de soutien familial) devraient être mise en place à partir du 1er avril 2018. 

Une mesure regrettable. Concrètement, "150 000 familles, qui étaient éligibles à la Paje, seraient concernées et sortiraient du dispositif", précise l'Union nationale des familles (Unaf) dans un communiqué, avant de s'indigner : "or, la Paje permet notamment aux parents de financer la garde de leurs enfants pendant qu'ils travaillent. Si on sait le rôle qu'a tenu la Paje dans l'augmentation du taux d'emploi des femmes, il est simple d'imaginer que sa réduction nuira directement à l'égalité femmes/hommes et à l'emploi". Par ailleurs, à en croire les calculs de l'Unaf, cela "représenterait une perte de 250 à 500 euros pour les parents concernés sur trois ans".

Moins de bénéficiaires à la prime à la naissance. Autre conséquence de cette réforme : l'alignement des plafonds des ressources sur ceux du complément familial va également réduire le nombre de bénéficiaires de la prime de naissance (il s'agit d'une prime de 923,08 euros par enfant (1846 euros pour des jumeaux en 2017) versée sous condition de ressources en fin de grossesse pour préparer l'arrivée du bébé) : ainsi, "6 % des bénéficiaires annuels ne pourraient plus la percevoir", toujours selon l'Unaf. Avec cette mesure, le gouvernement espère économiser jusqu'à 70 millions d'euros l'an prochain et 500 millions d'euros sur le long terme. 

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