Couvade : la grossesse des pères

Pendant la grossesse, les papas prennent parfois presque autant de poids que leur femme, dorment mal, s'inquiètent pour tout, s'agacent, perdent leurs repères. Qui sont ces hommes atteints de couvade et comment les aider ?

Couvade : grossesse nerveuse des papas
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La couvade des papas. Un terme bien mystérieux qui fait penser à une poule qui garde ses œufs précieusement au creux de ses plumes. Et pourtant, et c'est bien là tout le problème, les futurs papas victimes de couvade ne peuvent pas tenir le rôle de la volaille bienveillante.

La couvade : qu'est-ce que c'est ?

Trêve de comparaison ! Ce qu'on appelle aujourd'hui la couvade ou "grossesse nerveuse" désigne un ensemble de symptômes bien réels ressentis par les pères en devenir. Ils apparaissent généralement à la fin du premier trimestre et connaissent un pic à la fin du troisième. Ils disparaissent heureusement après la naissance. Aucune étude scientifique ne les recense mais ils ont été observés par les chercheurs. D'après le New Scientist, une équipe américaine a même montré que les singes mâles prenaient du poids quand leurs femelles étaient enceintes !
Les symptômes ressemblent étrangement à ceux de la grossesse : nausées, fringales, prise de poids, troubles digestifs, maux de tête, insomnies, variation de l'humeur, hypersensibilité et parfois même augmentation du taux de prolactine (l'hormone qui provoque la lactation). Bref, un tableau qui mène tout droit aux remarques les plus désagréables à entendre pour un homme. "Mais dit donc, c'est toi ou Gigi qui l'attend ce bébé ?" Et pourtant, la couvade, qui touche 20 % des hommes, mérite qu'on la considère avec le plus grand intérêt.

D'où vient ce phénomène étrange ?

Si l'on s'en tient à la définition du dictionnaire, la couvade désigne la coutume selon laquelle le père tient le rôle de la mère. En effet, qu'il s'agisse des anciennes habitudes de nos campagnes ou de celles encore observées dans des tribus plus éloignées, les futurs pères s'adonnent pendant la grossesse à une sorte de rite initiatique. Lise Bartoli le décrit dans son ouvrage "Venir au monde" comme "une forme de gestation symbolique effectuée par le père, parallèle à la fécondation réelle de la mère". Interdits alimentaires et règles comportementales spécifiques jalonnent ainsi la grossesse... du père. Cette couvade est censée responsabiliser le géniteur. La psychothérapeute explique que certains aborigènes d'Australie restent couchés quand s'approche l'heure de la naissance.
Chez nous aussi, à l'époque médiévale, dans la région basque, les pères restaient alités, simulaient l'accouchement, recevaient les cadeaux et prodiguaient les premiers soins au nourrisson alors que leur femme, déjà debout, reprenait le cour normal de la vie ! L'origine étymologique du terme "couvade" nous apprend donc que l'homme a besoin d'une manière ou d'une autre de s'impliquer physiquement dans la grossesse de sa femme.

Pourquoi se manifeste-t-il ?

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La couvade des papas. © D. Ott - Fotolia

En effet, même si les hommes contribuent largement à la conception d'un enfant, ils n'ont pas, pendant ces neuf mois, de fonction bien définie comme le résume Benoît Le Goëdec, sage-femme et auteur du Guide des papas débutants : "ils souffrent de ne pas vivre physiquement la grossesse". En prenant du poids, ils montrent qu'ils deviennent pères.
Aussi, quand l'époque ou le lieu ne permettent plus de jouer la scène des contractions à la place de la maman, papa doit trouver d'autres moyens de s'exprimer. Chaque homme a ses raisons de couver : certains sont très inquiets pour la santé du bébé, d'autres se sentent exclus -toutes les attentions sont pour la mère, la vie tourne autour de son ventre. Enfin, restent ceux qui vivent mal ce tournant de leur vie, doutent de leurs capacités en tant que parent. Surtout que dans une société où homme et femme se partagent les tâches à égalité, la grossesse devient une aventure de plus à laquelle chacun se doit de contribuer autant que l'autre. Bref, pour dire qu'ils comptent, s'inquiètent, s'impliquent, partagent, endossent, certains futurs papas somatisent.

Ça se soigne !

Être au courant de l'existence de la couvade, c'est pouvoir aider son homme à la surmonter. D'abord en l'encourageant à suivre la même hygiène de vie que celle que l'on s'impose soi-même : limiter les aliments trop gras et trop sucrés, éviter le grignotage, veiller à manger de tout, boire suffisamment d'eau, poursuivre une activité physique régulière, se reposer... Ensuite, en partageant avec lui vos astuces contre les nausées ou l'insomnie : tisanes calmantes, exercices de relaxation, massages... Enfin, en agissant sur le fond du problème, c'est-à-dire en lui confiant des tâches bien précises qui le valorisent dans son rôle de père : s'occuper des démarches administratives pour la maternité, la naissance et la crèche, préparer la chambre et les affaires du bébé, les faire-part par exemple... Mais aussi participer activement à la grossesse en vous accompagnant aux rendez-vous médicaux, aux échographies, aux cours de préparation à l'accouchement. Privilégiez tout particulièrement l'haptonomie, une des techniques utilisées dans ces séances qui permet au père, par le biais du toucher, de communiquer avec le futur bébé et donc de trouver sa place dans cette relation à trois. Bien sûr, si la situation devenait vraiment problématique, vous pouvez en parler avec votre gynécologue ou votre médecin traitant qui pourra si besoin orienter le futur père de votre enfant vers un spécialiste.

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