Le second souffle de La Manif pour tous: la "familiphobie"

De 20.000 à 40.000 à Lyon, de 80.000 à ...500.000 à Paris, les dirigeants de la Manif pour tous repartent au front contre le gouvernement Hollande, soupçonné de vouloir démanteler les piliers de la famille traditionnelle. PMA, GPA, théorie du genre: fantasmes et rumeurs alimentent leurs revendications.

Le second souffle de La Manif pour tous: la "familiphobie"
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Les drapeaux roses et bleus étaient de retour sur le pavé ce dimanche, dans une confusion de mots d'ordre et de rejets multiples que les organisateurs de la nouvelle édition de la Manif pour tous ont tenté  de rassembler sous un mot d'ordre simple : dénoncer la "familiphobie" du gouvernement de François Hollande. 

Défilant à Paris et à Lyon, nombreux - plus de 20.000 à Lyon, des dizaines de milliers dans la capitale -  les cortèges ont rassemblé des catholiques conservateurs mais également des Français musulmans, des membres de l'UMP, comme le député des Yvelines Henri Guaino, et l'inévitable Christine Boutin, mais aussi la représentante junior du Front National, Marion Maréchal-Le Pen.  

S'appuyant sur le succès de la Manif pour tous en 2013 contre le mariage gay, les organisateurs protestent envers tout, y compris contre ce qui ne relève que du fantasme. Les manifestants demandent le retrait de la loi Taubira; mais aussi le retrait  de la PMA, procréation médicalement assistée, et du recours aux mères porteuses (GPA) pour les couples homosexuels, dispositions qui risqueraient de surgir selon eux dans le projet de loi  que prépare la ministre déléguée à la Famille Dominique Bertinotti; et puis encore l'abandon de l'enseignement de la "théorie du genre" à l'école qui inciterait les enfants à la masturbation...

Comment en arrive-t-on à un tel mélange de peurs, catalogue pot-au-feu de revendications? L'allumage de la mèche, c'est la diffusion de rumeurs sur l'école et l'habileté des organisateurs de la Manif pour tous, qui ont vite surfé sur ce mouvement de grogne. Depuis quelques temps sur les réseaux sociaux et par textos, de vilains bruits courent sur les cours dispensés à l'école primaire. On y enseignerait la masturbation, et l'on tenterait de remettre en cause le genre masculin ou féminin des élèves. Des parents s'alarment. Une centaine d'écoles est touchée. Le 27 janvier, des parents répondent favorablement à un appel au boycott de l'école lancé par Farida Belghoul, une proche d'Alain Soral,  Ils retirent ainsi leurs enfants de leur établissement pour s'opposer à l'enseignement de la "théorie du genre". Ce qui est visé?  "Les ABCD de l'égalité" des ateliers sur les stéréotypes, destinés à réduire les inégalités entre femme et homme en mettant en lumière que certains rôles sont distribués dès la naissance. Ainsi, encore aujourd'hui,  80 % des tâches ménagères sont imputées aux femmes alors que 80 % des chefs d'entreprises sont des hommes. Le but est de démontrer qu'une femme peut tout à fait choisir un métier physique, par exemple, la plomberie et qu'un homme peut s'occuper d'activités dites "de soin". 

Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale, a tenté de faire redescendre la polémique grandissante en envoyant une lettre aux directeurs d'école. Il assure que c'est l'égalité entre les sexes qui y est enseignée. "La théorie des genres, je la refuse" a-t-il précisé à l'Assemble Nationale. 

Très vite, l'UMP s'engouffre dans la brèche, jouant des amalgames. Les défenseurs de "la famille traditionnelle" dénoncent la propagande "anti-famille" du Parti socialiste, tout en prenant leurs distances avec l'appel au retrait de l'école de Farida Belghoul.  Et la Manif pour tous en profite pour ressouder un collectif, qui dépasse le cadre catholique et  conservateur de droite, son terreau de base. Dans les rues parisiennes, il manquait une voix: celle de Frigide Barjot, égérie des manifs de l'an dernier, qui ne souhaitait pas se joindre à ces manifestations "fourre-tout".