Collège : que prévoit la réforme pour nos enfants ?

Langues vivantes, programme d’histoire, EPI... Qu'est-ce qui attend les collégiens ? Retour sur la réforme explosive de Najat Vallaud-Belkacem, qui 'appliquera dès la rentrée 2016.

© pressmaster - Fotolia.com

Ce mardi, sept syndicats sur neuf (soit 80 % des enseignants du second degré) ont appelé à la grève contre la réforme du collège, qui entrera en vigueur à la rentrée 2016. Selon un sondage publié lundi pour Les Echos, 60 % des Français sont favorables à cette journée d'action, qu'ils qualifient de "justifiée". 

Pourquoi cette réforme ? Présentée le 10 mars dernier par la ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem, la réforme du collège vise à rétablir davantage de mixité au sein des collèges et à améliorer le niveau général des élèves. De fait, les dernières enquêtes le prouvent : les élèves ont de plus en plus de difficultés de lecture et peinent en mathématiques. En outre, selon le dernier classement PISA, le fossé n'a jamais été aussi grand entre les "bons" et les "mauvais" élèves. En d'autres termes, l'école française demeure élitiste et peine à faire réussir les enfants les moins privilégiés.

Très rapidement, la réforme proposée par la ministre a suscité de vives réactions, à commencer par celles des intellectuels -philosophes et historiens- avant que le débat ne prenne une tournure polémique et politique. A droite, et dans une moindre mesure à gauche, les anti-réforme, en particulier l'ancien ministre UMP Bruno Le Maire, n'ont cessé de critiquer point par point le contenu de la réforme. Mais Najat Vallaud-Belkacem, défendue par François Hollande et Manuel Valls, n'a pas reculé. Lundi matin, le chef du gouvernement s'en est pris aux "contrevérités" proférées selon lui par les détracteurs de la réforme et s'est présenté comme le défenseur d'une "école pour tous" et pas "seulement pour certains". 

Le coeur de la réforme : enseigner autrement pour élever le niveau des élèves

Avec la mise en place des EPI (Enseignement Pratique Interdisciplinaire), Najat Vallaud-Belkacem souhaite introduire davantage d'interdisciplinarité entre professeurs de plusieurs matières. Avec la promesse pour les élèves, d'aborder l'école de manière plus concrète et plus ludique. Et de bénéficier d'un enseignement calqué sur la réalité de l'entreprise, en  "mode projet" en quelque sorte. "Des compétences recherchées sur le milieu du travail, mais trop peu développées par notre collège", selon la ministre. Une manière aussi d'en finir avec l'enseignement traditionnel classique, qui laisse parfois l'enfant passif. Avec la réforme, Najat Vallaud-Belkacem entend ainsi valoriser l'expression orale des élèves. En pratique, ce sont 6 EPI sur 8 que devront choisir les collégiens entre la 5e et la 2e, à raison de 3h par semaine. Parmi les EPI proposés : développement durable ; sciences et société ; corps, santé et sécurité ; ou encore monde économique et professionnel.

En plus des EPI, la réforme entend améliorer la maîtrise des savoirs fondamentaux pour tous les élèves. Rappelons en effet que le niveau en lecture et en mathématique ne s'améliore pas. Pour combler les lacunes des élèves en difficulté et approfondir les connaissances des autres, la réforme propose donc un accompagnement personnalisé systématique (3h par semaine en 6e, contre 2 h actuellement, puis 1h de la 5e à la 3e). Au total, EPI et accompagnement personnalisé occuperont 20 % de l'emploi du temps des élèves, laissés à discrétion de chaque collège, favorisant ainsi l'autonomie des établissements.

Ce qui inquiète les professeurs, c'est qu'ils ne sont pas suffisamment formés à la mise ne place d'un tel dispositif, qualifié par certains d'"usine à gaz". En outre, certains redoutent le travail en groupes, quand d'autres craignent que les EPI mangent trop de temps sur leurs matières. Enfin, si les professeurs disposeront de plus de liberté pédagogique, certains syndicats craignent l'émergence de concurrences entre les enseignants et de projets pédagogiques inaboutis. Donc des inégalités entre les collèges.

  • Conclusion : sur le papier, enseigner autrement est intéressant, mais c'est son application concrète qui semble poser problème. L'accord des professeurs sur ce point étant indispensable pour que les élèves n'en paient pas les pots cassés.

Le latin et le grec, ne disparaissent pas, mais… les cours sont allégés

La ministre avait à peine dévoilé les grandes lignes de sa réforme que le hashtag #jesuislatiniste avait été lancé sur Twitter afin de soutenir le maintien du latin. Et de fait, l'idée première de Najat Vallaud-Belkacem était bien de supprimer l'option latin, suivi par 18 % des collégiens en classe de 5e et par 5 % des lycéens, pour la remplacer par un Enseignement Pratique Interdisciplinaire (EPI) "langues et cultures de l'Antiquité". Mais face aux vives protestations, la ministre a finalement décidé de lâcher du lest : l'option sera finalement maintenue (sous l'intitulé "enseignement de complément"), en plus de l'EPI. Néanmoins, on passe de 2 heures de cours optionnels à 1 heure en classe de 5e. Et de 3 heures à 2 heures de cours en classe de 4e et de 3e.

  • Conclusion : l'enseignement du latin et du grec sont maintenus en option, mais leur volume horaire est revu à la baisse.

Programme d'histoire : de l'obligatoire et du facultatif

Autre sujet très polémique, le volet Histoire des nouveaux programmes (du CP à la 3e), dont une première mouture a été présentée en avril par le Conseil supérieur des programmes (CSP). L'idée : plutôt que d'être définis par année, les programmes scolaires s'organiseront désormais par cycles, sur plusieurs années. Mais ce qui préoccupe le plus certains intellectuels, c'est que les thèmes du programme d'histoire seront divisés en sous-thèmes, dont certains seront obligatoirement traités et d'autres laissés au choix de l'enseignant, sous condition d'une validation par le chef d'établissement. Ainsi, la "Naissance de l'Islam" est obligatoire en 5e, alors que l'enseignement du "Christianisme au Moyen-Age" devient par exemple optionnel. Avec derrière cela, la crainte chez certains, de voir passé sous silence l'enseignement des racines chrétiennes. Sauf que, en réalité, les chapitres "Naissance du Chritianisme" et "Naissance du Judaïsme" sont obligatoires en 6e. De plus, le rôle de l'Église est abordé à travers d'autres thématiques, tout au long du cursus scolaire, par exemple à travers la royauté absolue. En outre, la Naissance de l'Islam est enseignée et obligatoire depuis 1957 ! Reste certains points à éclaircir cependant. En particulier, la place du chapitre "Lumières du 18e siecle", qui passerait en option alors qu'il est actuellement obligatoire en classe de 4e. Sur ce point, la ministre a déclaré qu'il serait évidemment "obligatoire". En outre, la ministre, invitée dimanche sur le plateau Europe 1 / TV5 Monde, a reconnu certains défauts dans le projet, relevant en particulier que des enseignements "obligatoires" et d'autres "facultatifs" ont pu créer "des incompréhensions". Toutes ces interrogations devraient être levées après la période de consultation sur les futurs programmes, qui finira le 1er juin.

  • Conclusion : si les craintes concernant l'enseignement des religions semblent infondées, reste à préciser certains points du programme et peut-être à lever la distinction entre obligatoire et optionnel. A suivre après la consultation.

Supprimer les classes bilangues : une réforme pour l'égalité, vraiment ?

Aujourd'hui, 15 % des élèves de 6e choisissent d'apprendre deux langues vivantes différentes. L'annonce de la suppression de ces classes bilangues, jugées trop élitistes par Najat Vallaud-Belkacem, au profit de l'apprentissage d'une deuxième langue "pour tous" dès la classe de 5e (donc un an plus tôt qu'aujourd'hui) a été très mal accueillie. Notamment par les défenseurs de l'allemand, Jean-Marc Ayrault, si bien qu'elles seront finalement exceptionnellement maintenues pour les enfants initiés à une autre langue que l'anglais dès le CP. En outre, l'introduction de la deuxième langue dès la 5e améliorera-t-il le niveau des élèves ? Pas si sûr. Actuellement en effet, la LV2 est enseignée en 4e et en 3e, à raison de 3 heures par semaine. Avec la réforme, l'apprentissage de la 2e langue, commencera un an plus tôt, mais son enseignement passera de 3 heures à 2 heures par semaine. Au final, l'enseignement sera donc lissé sur trois ans, mais le nombre d'heures restera identique. 

Par cette réforme, Najat Vallaud-Belkacem souhaite donc introduire une égalité des chances et mettre fin à l'élitisme à la française. Ainsi, si l'on supprime les classes bilangues, c'est bien pour permettre au plus grand nombre d'apprendre une deuxième langue dès la 5e, et de limiter par ailleurs les classes "d'élites". Pour les pro-réforme, les élèves choisissent en effet ces classes (et le latin ou le grec) pour être dans des "bonnes classes". Sauf que, comme le soulignent certains professeurs, ces classes permettaient justement à des enfants moins favorisés d'accéder à ces classes. Et donc de les tirer vers le haut.

  • La réforme du collège portée par la Ministre de l'Éducation Najat Vallaud-Belkacem s'appliquera à la rentrée scolaire 2016. En attendant, il n'en finit pas de faire polémique. Donnez votre avis !

Lire aussi