Comprendre et soigner la dépression post-natale Laure : "Je n'ai rien ressenti à sa naissance"

Je suis mère depuis quelques mois. Mon fils a été désiré. Du plus profond de mon être, je me suis projetée avec cet enfant, je l'ai rêvé.

Le jour de mon accouchement fut terrible. Dans la salle d'accouchement, avec mon mari, tout se passait bien. Le moment tant attendu est arrivé, mais rien. Aucune émotion n'est apparue. Je cherchais, regardais ce petit être qui avait à peine pleuré et que la sage-femme venait de déposer à côté de moi. Je l'ai refusé catégoriquement, je n'en voulais pas. Mon mari était surpris, il ne comprenait pas... Moi non plus et j'étais incapable de l'expliquer.

"Le moment tant attendu est arrivé, mais rien"

On nous l'a nettoyé, mon mari lui a donné son premier biberon, puis ce fut mon tour. J'aurais voulu crier que je n'en voulais pas, mais je ne pouvais pas. Que faire avec lui ? Je venais de faire une anémie et j'étais juste épuisée.

Comment expliquer que je n'étais pas prête, comment le dire ouvertement sans passer pour une femme indigne ? Je n'avais même pas de honte mais un profond désarmement : que faire ?

J'ai passé les deux premiers mois à pleurer seule face au bébé qui criait, que je n'arrivais pas à calmer, à cet étranger qui était rentré dans ma vie. Je voulais tout foutre en l'air, partir loin, très loin. Quelque chose m'a empêchée de le faire, un déchirement face au bébé qui n'avait rien demandé.

Ma mère m'a aidée en me le prenant de temps en temps, en me soulageant mais je suis restée avec lui tout de même avec ma foutue tristesse !

J'ai accouché seule

Mon médecin m'a prescrit un mois de repos après mon congé maternité qui m'a été bénéfique. Je vais un peu mieux, mon bébé a dû le ressentir. L'assistante maternelle à qui je devais remettre mon enfant pour continuer à travailler a remarqué que je n'allais pas aussi bien que j'essayais de le faire croire. Avec le recul c'est une des seules (avec mon médecin traitant) qui est arrivée à me soulager. Elle n'a eu qu'un but, rassurer l'enfant et me permettre de moins culpabiliser tout en me reposant enfin.

"L'assistante maternelle est une des rares personnes qui a essayé de m'aider"

Mon bébé a aujourd'hui 11 mois, je l'aime, tout se passe merveilleusement bien.
Je suis sortie de cet enfer difficilement. J'ai vu une psy en février, je n'étais pas prête avant. Elle m'a tout simplement expliqué cette déprime post-natale : "Vous avez accouché seule et vous vous en êtes bien sortie quand même." Accoucher seule dans un hôpital peut paraître incroyable, et pourtant. L'équipe médicale ne s'est jamais occupée de moi, n'a jamais vu mon blocage. La psychologue m'a proposé de faire un courrier à l'hôpital et de faire une réclamation pour préjudice moral. Je ne veux plus avoir affaire à cet hôpital.

Je me sens mieux aujourd'hui, plus forte de cette expérience malheureuse. Mon mari a compris que je ne pourrais pas avoir un deuxième enfant tant qu'en moi ce blocage persistera.

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