Comprendre et soigner la dépression post-natale Elise : "L'hyperactive que je suis s'était transformée en légumineuse"

Début mars 2009 : après deux ans d'attente, la bonne surprise. Enceinte de quelques semaines... Un mois plus tard, première hospitalisation de 3 jours. Du sang... Premières peurs... Pendant des mois, je vis ma grossesse avec angoisse, d'autant que je suis à nouveau hospitalisée en septembre, pendant 5 semaines.
4 novembre, 13h10 : Ombeline pointe le bout de son nez. Elle est magnifique mais je sens que quelque chose cloche. Pendant nos cinq jours d'hospitalisation, les auxiliaires puéricultrices me la gardent la nuit. Je dors enfin après deux mois d'insomnie. La dernière nuit, je décide de la garder auprès de moi, un vrai désastre. Je l'allaite mais j'ai la sensation que cela ne fonctionne pas. Je souffre... J'appelle mon mari cinq fois dans la nuit.

Je vais sombrer dans la folie

10 novembre : nous rentrons et je deviens complètement incontrôlable... Direction les urgences. Dans la voiture, je ne sais plus où j'en suis. J'appelle ma maman...
Nous attendons longtemps avant que je sois reçue. Je suis perdue. Les autres malades m'effraient. Je suis assisse par terre. Je me balance d'avant en arrière pensant que je vais sombrer dans la folie. Je suis inquiète pour ma fille. J'ai peur qu'elle ait froid/chaud.

"A la maternité, j'appelle mon mari 5 fois dans la nuit"

Je passe un premier entretien 4 à 5 heures plus tard. Le diagnostic tombe : dépression post-partum. Je ne dormirai pas chez moi ce soir. Mes parents m'accueillent, cachant difficilement leur douleur, leur peur. Je resterai deux jours chez eux.

12 novembre : hospitalisation en clinique psychiatrique. J'y resterai presque deux mois, loin des miens, loin de ma fille. C'est en ce lieu de repos que j'ai enfin repris ma vie en main. Au départ, j'ai lutté parce que je voulais m'en sortir. Mais rien ne bougeait. J'étais mal, essayant de me dépatouiller avec mes montées de lait et mes angoisses toujours présentes. Mais mes parents m'ont soutenue, mon mari, ma sœur, ma belle-mère, mes amies, le reste de ma famille. Etre entourée, une chose essentielle dans cette période sombre d'une vie de mère. J'ai réussi peu à peu à lâcher prise...

Je pleure toujours autant

Fin décembre : retour à la maison. Durant mon hospitalisation, nous avons été admises ma fille et moi à l'unité de psychopathologie périnatale de la clinique Natécia, trois jours par semaine. Lorsque je sors, le soin continue.
Je suis loin d'être guérie. Je pleure toujours autant. Je m'occupe d'Ombeline du mieux que je peux. Mais tout est difficile. Je n'arrive pas à conjuguer mon rôle de maman avec la vie quotidienne. Les tâches ménagères sont une vraie corrida. Je commence des milliers de choses en même temps et n'arrive pas à les terminer. L'hyperactive que j'étais s'est transformée en légumineuse. L'image que je me renvoie me rend complètement dingue. J'essaie tant bien que mal de me faire suivre. J'obtiens enfin un rendez-vous un mois après ma sortie de la clinique.

"Un jour ou l'autre, on reprend ses esprits et on devient maman"

Février 2010 : reprise du boulot à 100 %. Je pose des jours pour aller à l'UPPP de Natecia. C'est très dur. Mais je trouve enfin un bon thérapeute et je passe à 80 % pour pouvoir souffler un peu.

Avril 2010 : fin du soin pour ma fille. Et début d'une vraie relation entre nous deux. Elle prend de l'autonomie, me sourit. C'est extraordinaire.

Aujourd'hui, nous sommes sorties d'affaire mais cette expérience m'a permis de travailler sur moi-même et aussi de venir en aide à mes proches quand ils en ont eu besoin. Je veux montrer aux mamans en difficulté maternelle que cette période peut être plus ou moins longue mais qu'elle n'est pas éternelle. Un jour ou l'autre, on reprend ses esprits et on devient une maman à son tour.

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