Grossesse et alcool : encore trop d'idées reçues

Comment les messages de prévention contre l'alcool pendant la grossesse sont-ils perçus par les femmes enceinte ? Eléments de réponses avec une enquête inédite menée auprès de 40 futures mamans ayant échangé sur six forums de discussion, dont celui du Journal des Femmes.

Grossesse et alcool : encore trop d'idées reçues
©  Ian Allenden - 123rf

Neuf ans après l'apposition d'un pictogramme sur les bouteilles de boissons alcoolisées et huit ans après la dernière campagne nationale de communication "Zéro Alcool pendant la grossesse", les futures mamans semblent encore minimiser les risques liés à l'alcoolisation ponctuelle importante (API). Si la plupart arrêtent de boire lorsqu'elles se savent enceintes, elles seraient entre 0,4 % et 7 % selon les sources, à consommer entre cinq verres ou plus en une seule occasion. Une enquête publiée publiée mardi 16 mai dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) permet d'analyser les discussions de 40 futures mamans ayant échangé sur des forums de discussion, entre février 2014 et juillet 2015. Sept forums de discussions ont été consultés pour réaliser cette enquête : deux forums d'échanges généralistes (journaldesfemmes.com et aufeminin.com) ; deux forums d'échanges médicaux (Atoute.org et doctissimo.fr) ; deux forums concernant les enfants et la famille (mamanpourlavie.com et infobebe.com) ; et un forum de prévention (alcool-info-service.fr).

Une cuite avant la grossesse. Près de 40 % du contenu des discussions porte sur la consommation d'alcool en début de grossesse"J'ai pris une cuite sans savoir que j'étais enceinte", précise par exemple Caro. Si certaines se justifient par le fait qu'elles n'étaient pas encore consciente de leur grossesse, et "qu'il faut continuer à vivre", "qu'il n'y a aucune raison de flipper", d'autres culpabilisent tout de même en s'inquiétant des conséquences pour la santé de bébé. Et puis, il y a celles qui s'appuient sur l'expérience familiale pour justifier leur consommation d'alcool pendant la grossesse. "La sœur de ma belle sœur a consommé de l'alcool les 4 premiers mois de sa grossesse (dont plusieurs grosses cuites) et elle a accouché d'une petite fille en parfaite santé", précise Maelle.

De nombreuses idées reçues. En outre, cette méconnaissance des risques semble récurrente et les idées fausses nombreuses. Pour Lola, le "0 alcool est théorique" et selon Océane, "c'est juste au quatrième mois qu'il faut vraiment limiter l'alcool car les échanges se font plus intensément avec le placenta". D'autres internautes, au contraire, semblent bien connaître les risques, et notamment le syndrome d'alcoolisation fœtale, ou encore les risques de dépendance pour l'enfant, à l'âge adulte. "Les femmes négocient le risque à partir de leurs savoirs et croyances et des normes perçues", commente ainsi l'étude. 

Le rôle des gynécologues. Selon l'enquête, les futures mamans qui échangent entre elles pour trouver des réponses à leurs questions, s'en remettent principalement à leur gynécologue pour apaiser leurs inquiétudes ou leurs angoisses à la suite d'une alcoolisation ponctuelle importante durant leur grossesse. Le spécialiste, qui est ainsi souvent cité au cours des discussions, aurait dans l'ensemble un discours plutôt rassurant. "La majorité des gynécologues évitent le discours alarmiste et semblent tolérer des écarts à la norme "Zéro alcool pendant la grossesse", ce qui rassure les femmes enceintes et les amène à se confier davantage", précise l'étude.

Enfin, près d'un tiers des futures mamans s'accordent tout de même quelques écarts à la recommandation Zéro alcool", pour "se faire plaisir" et "éviter les frustrations". 

L'étude recommande des campagnes de prévention portant sur les risques d'API chez les femmes ayant un projet de grossesse, avec une formation des professionnels de santé en contact avec les femmes en âge de procréer. Des campagnes ciblant les femmes âgées de 50 ans et plus, "mériteraient aussi d'être mises en œuvre au regard du rôle crucial joué par les mères", précise le rapport. Enfin, "les dangers de l'alcool au cours de la grossesse devraient figurer dans les programmes scolaires, évitant ainsi la transmission de connaissances erronées de génération en génération".

Lire aussi