Peut-on prendre des antidépresseurs enceinte ?

Des chercheurs britanniques alertent les futures mamans sur la prise de certains antidépresseurs trois mois avant la grossesse et durant le premier trimestre, en raison des risques pour la santé du bébé. On fait le point sur les recommandations.

© dolgachov

De manière générale, la prise de médicaments durant la grossesse doit être limitée, la plupart étant même contre-indiqués aux femmes enceintes. Les antidépresseurs en font partie, puisque selon certaines études, ils seraient susceptibles d'augmenter le risque de naissance prématurée. Des chercheurs de l'université de Swanséa au Royaume-Uni, dont les résultats ont été publiés dans le journal Plos One, mettent en garde les futures mères sur la prise de certains antidépresseurs, les ISRS (Inhibiteurs Spécifiques de la Recapture de la Sérotonine), particulièrement durant le premier trimestre de la grossesse, ou trois mois avant d'être enceinte. Selon eux, les femmes qui avaient pris ces médicaments durant ces périodes, avaient un risque légèrement plus élevé de donner naissance à des enfants présentant des anomalies congénitales. Néanmoins, les risques restent très faibles :  6 grossesses sur 200 donnaient lieu à des mortinaissances ou des cardiopathies lorsque les ISRS n'étaient pas prescrits (contre 7 sur 200 lorsqu'ils étaient prescrits). Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont étudié les données de 50 000 bébés nés dans les Pays de Galles, en Norvège et au Danemark. 

Faut-il alors arrêter ou continuer son traitement ? "Les femmes ne doivent pas arrêter ce traitement sans consulter leur médecin, et nous ne disons pas qu'il faut interrompre tous les traitements, mais notre message est que les professionnels de santé soient très conscients de ce lien et prennent les mesures appropriées pour s'assurer que les femmes reçoivent des soins appropriés avant, pendant et après leur grossesse", commente le Pr Sue Jordan, auteur de l'étude. Les chercheurs britanniques recommandent aux professionnels de santé de suivre davantage les femmes prenant un traitement ISRS en leur prescrivant des examens supplémentaires permettant de mieux évaluer les risques cardiaques chez le nouveau-né.

Par ailleurs, les conséquences de la dépression de la femme enceinte doivent être prises en compte, notamment en cas de risques de rechutes graves pouvant impacter la santé de la mère et de l'enfant à naître. Enfin, chaque cas étant différent, les femmes enceintes doivent impérativement consulter leur médecin qui jugera de la meilleure conduite à tenir, rappelle l'Ansm sur son site.

Et après l'accouchement ? C'est justement après la naissance de l'enfant que les femmes ayant des antécédents dépressifs sont les plus sensibles, notamment durant les premiers jours qui suivent l'accouchement. Afin d'éviter les risques de dépression post-partum, il est conseillé de poursuivre le traitement durant cette période. Celles qui l'ont continué en fin de grossesse ne doivent pas oublier d'en avertir leur anesthésiste et leur obstétricien pour les informer de ce traitement. Enfin, l'Ansm rappelle que "les antidépresseurs passent pour la plupart dans le lait maternel. Ainsi, l'indication d'allaitement pour une femme traitée par antidépresseurs doit être discutée en fonction du rapport bénéfices/risques pour la mère et pour l'enfant". 

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