Le premier bébé au monde issu de trois parents est né au Mexique

Le premier bébé "à trois parents" a vu le jour grâce à une nouvelle technique utilisant l'ADN de trois personnes. Bien qu'elle soit controversée, elle permet d'éviter la transmission d'une maladie mortelle de la mère à l'enfant.

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La naissance très attendue d'un bébé ayant "trois parents" est une première mondiale ! Né en avril dernier au Mexique, le petit Abrahim Hassan a pu voir le jour en bonne santé grâce à une nouvelle technique, à la fois révolutionnaire et controversée, appelée aussi "fécondation in vitro à trois parents" ou "remplacement mitochondrial". Elle consiste à utiliser l'ADN de trois personnes différentes : celui des parents biologiques et celui d'une donneuse. Elle permet surtout à des parents souffrant d'une maladie génétique rare d'éviter la transmission de la mère à l'enfant.

Ibtisam Shaban, la maman du petit garçon, était justement atteinte du syndrome de Leigh, une maladie liée à un dysfonctionnement des mitochondries et qui  se caractérise par la dégénérescence du système nerveux, pouvant même provoquer des troubles respiratoires. Ses deux premiers enfants, qui étaient âgés de 6 ans et 8 mois en sont d'ailleurs décédés et la jeune femme a aussi vécu deux fausses couches. Venus spécialement de Jordanie, les parents ont contacté l'équipe du docteur Zhang, président du Centre de fertilité New Hope situé à New York.

Comment fonctionne cette méthode ? Pour réaliser cette "prouesse technique", les médecins américains ont utilisé trois gamètes : un spermatozoïde du père, l'ovule de la mère ainsi que celui d'une donneuse saine. Pour commencer, ils ont extrait le noyau d'un des ovules de la maman du petit garçon, qu'ils ont pu insérer dans celui de la donneuse, après avoir retiré le sien. Les mitochondries étant saines, les scientifiques ont alors procédé à une fécondation in vitro avec un spermatozoïde du père. Selon l'American Society for Reproductive Medicine (ASRM), cinq ovules ont été fécondés avec le sperme du papa et quatre d'entre eux étaient viables. Au final, un seul était "normal" et c'est celui-ci qui a été réimplanté chez la mère biologique. "Si d'autres recherches permettent d'établir la sûreté et l'efficacité de cette technique de transfert des matériaux génétiques, on pourrait l'envisager comme une option pour les femmes risquant de transmettre des maladies mitochondriales à leurs enfants", a déclaré le Dr Owen K. Davis, président de l'ASRM.

Une technique néanmoins controversée. S'il s'agit d'une véritable avancée, certains spécialistes se méfient du peu de recul et d'expériences effectués au préalable, permettant d'évaluer cette méthode. Pour Marcy Darnovsky, directrice du Center for Genetics and Society, une ONG située en Californie, cette technique est "risquée avec des conséquences imprévisibles sur la santé de l'enfant et des futures générations". Elle parle également d'une "action irresponsable et non éthique", estimant que l'équipe médicale s'est volontairement rendue au Mexique pour échapper à toute réglementation américaine.

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