L'haptonomie favorise la sécurité affective du futur bébé

Favoriser les échanges entre les parents et l’enfant in utero aide à tisser des liens affectifs. Le Docteur Catherine Dolto nous parle de cette approche qui n’est pas qu’une préparation à l’accouchement.

© Evgeniia Kuzmich - 123 RF

On a tous en tête l'image des mains posées sur le ventre de la femme enceinte, et sous la peau duquel viendrait se lover le bébé. Utilisée le plus souvent pendant la grossesse, l'haptonomie a pour objectif de "mettre en relation les parents et leur enfant, avant la naissance, par le toucher", décrit Catherine Dolto*, médecin et haptothérapeute. Elle procure aux parents un bien-être et une sécurité affective qui leur permet à leur tour de sécuriser leur enfant. Bien loin de la perception occidentale de la médecine qui consiste à séparer le corps et l'esprit, "l'haptonomie aborde l'humain comme un tout affectif et psychique", résume-telle. Mais cette "science de l'affectivité" ne se limite pas au champ de la grossesse. Elle peut être utilisée dans toutes les pratiques de soin ou de pédagogie, y compris psychothérapie, à toutes les périodes de la vie.

L'image des mains posées sur le ventre, revenons-y. Finalement, est-ce que ce n'est pas un geste que font toutes les futures mamans, de manière instinctive ? Qu'est-ce que peut apporter de plus l'haptonomie ? "Dans cet accompagnement la mère n'a pas besoin de mettre ses mains, nous lui faisons découvrir que tout change dès qu'elle est de l'intérieur affectivement autour de son enfant, qui réagit à son tour et immédiatement à ce changement, explique Catherine Dolto. Cela apporte à l'enfant bien sûr, mais aussi au couple et en particulier au père, qui peut alors se faire une place dans ce dialogue à troisCette triade est très importante", insiste-t-elle. L'enfant est d'ailleurs très attentif à la voix de son père. En outre, "faire participer le père permet de l'impliquer pendant et même après l'accouchement, lorsque sa compagne a besoin d'être entourée et soutenue." Quand le père ne peut pas être présent pour une raison x ou y, la mère peut se faire accompagner d'une tierce personne, plutôt une autre femme, précise Catherine Dolto.

Confort et réconfort. En pratique, même si "aucune séance ne se ressemble", l'haptothérapeute apprend aux parents pléthores de gestes qui leur permettent de communiquer avec leur enfant : ils peuvent bercer l'enfant (la mère de l'intérieur, le père de l'extérieur), l'inviter à se déplacer pour rechercher le contact, découvrir que l'enfant aime jouer et qu'il peut même prendre l'initiative de proposer des temps de jeux à ses parents. Des gestes qui seront bien sûr d'une grande utilité au moment de l'accouchement pour que la future maman accepte d'ouvrir le chemin à son enfant, décrit l'haptothérapeute. "Le père pourra quant à lui bercer l'enfant ou tout simplement apporter du confort à la mère et à l'enfant, ce qui les aidera à rester ensemble, même dans les moments difficiles".

Quand commencer ? Pour quelles femmes ? Le plus tôt sera le mieux, donc idéalement en tout début de grossesse. Et d'autant plus, lorsqu'il existe des inquiétudes et angoisses autour de l'accouchement. D'ailleurs, les femmes peuvent même commencer avec le début de la grossesse, en particulier lorsqu'elles sont en démarche de procréation médicalement assistée"Les femmes qui ont du mal à concevoir, peuvent y trouver un intérêt pour réduire leurs angoisses, explique Catherine Dolto. L'haptonomie joue sur toutes les fibres musculaires, y compris sur les trompes qui peuvent alors devenir plus souples. Cela peut débloquer des situations."

Par ailleurs, en cas de grossesse difficile ou pathologique, après plusieurs fausses couches, ou lorsqu'on annonce un handicap pendant la grossesse... Bref quand il y a un contexte douloureux, l'haptonomie peut être d'une grande aide pour limiter les angoisses et maintenir un lien avec l'enfant. "On sait que le stress maternel est délétère pour l'enfant. A l'inverse, quand une  femme accepte d'aller à la rencontre de son enfant, même quand la situation est inquiétante, il le sens et cela le protège. Il guette ses réactions et  en jouant et en répondant à sa mère, il l'aide à son tour à traverser cette épreuve. Ensemble on est plus fort. Cela a une influence sur son développement psycho affectif via l'épigénétique et la plasticité neuronal, donc déjà sur son caractère."

Après l'accouchement, l'enfant a besoin d'être contenu. Au-delà de l'accompagnement prénatal, il est indispensable de continuer par 4 séances post-natales entre la naissance et la marche acquise, en particulier à des périodes clés car les bébés bien accompagnés ont un développement particulier, explique Catherine Dolto. La première séance concerne la mère et l'enfant et a lieu dans les 15 jours qui suivent l'accouchement. Ensuite, entre 3 mois et demi et 4 mois, les mamans ont besoin d'organiser la sevrage ou la reprise du travail. De plus, le développement de l'enfant à cet âge impose des modifications dans la manière de le porter. À 9 mois, période de "l'anniversaire" les parents ont souvent besoin de reparler de l'accouchement et l'enfant de sa naissance. Puis, l'enfant atteint le stade de la "révolution bipédique". "Les bébés sont généralement souriants, paisibles et faciles à vivre. Mais lorsqu'arrive l'étape de la marche, ces enfants qui ont une grande confiance en eux ont besoin d'être contenus." Aussi est-il nécessaire de prévoir une consultation afin que celui-ci ne prenne pas trop de place au sein de sa famille.

A qui s'adresser ? Prudence si vous souhaitez contacter un haptothérapeute, il faut vous assurer que le praticien exerce un métier de soin, par exemple celui de psychologue clinicien, de médecin ou encore de sage-femme. Pour éviter les charlatans, le mieux est encore de consulter la liste des professionnels formés par département (CIRDH).

Plus d'infos : www.haptonomie.org

* Catherine Dolto était l'invitée d'un atelier autour de la préparation à la grossesse, à l'occasion de la conférence "Parole de Mamans academy", le 12 mai 2016.

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