Grossesse après 40 ans : quel suivi médical ?

Les grossesses tardives sont aujourd'hui en hausse. Les risques augmentent pourtant avec l'âge. Interview du Docteur Joëlle Belaïsch-Allart, gynécologue.

Grossesse après 40 ans : quels sont les risques ?
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Etudes plus longues, carrière privilégiée, contraception maîtrisée, seconde union... Les grossesses tardives sont de plus en plus fréquentes. Il n'est ainsi pas rare d'entendre dans les médias des histoires de quinquagénaires qui attendent un enfant. Il y a aussi de plus en plus de stars qui tombent enceintes après 40 ans. De plus, selon les derniers chiffres de l'Insee, un bébé sur vingt a une mère de plus de 40 ans en 2015. Pourtant, les grossesses tardives sont rarement des grossesses faciles.

Qu'appelle-t-on grossesse tardive ?

Joëlle Belaïsch-Allart : Avant, on parlait de grossesse tardive à 35 ans, mais maintenant, c'est plutôt après 40 ans. Ces grossesses sont considérées comme ultra-tardives après 45 ans.

Pensez-vous qu'il y ait un manque d'informations sur les risques des grossesses tardives ?

Il y a surtout un déni de savoir et de reconnaître qu'après 35 ans, il est plus difficile d'être enceinte. Et puis, même s'il peut y en avoir, les grossesses sont rarement spontanées après 45 ans. Ces femmes ont souvent recours à une procréation médicalement assistée, notamment au don d'ovocytes. On voit toujours dans les magazines des femmes resplendissantes après 40 ans, mais la réalité est bien différente : à cet âge, il est très difficile d'avoir un bébé. Et cela s'amplifie et prend plus de temps avec les années. Il est important de préciser qu'on ne tombe pas enceinte, on le devient !

Quels sont les risques d'une grossesse à cet âge ?

Les risques pour la mère sont différents si elle fait appel à un don d'ovocytes ou si c'est une grossesse spontanée.

  • Dans le cas où ce sont ses propres ovocytes, donc des ovocytes âgés, les risques de fausse couche, de diabète et de mortalité maternelle sont augmentés.
  • Pour les femmes qui ont recours à un don d'ovocytes, donc des ovocytes d'une femme plus jeune, les risques restent tout de même présents. Il faut toujours surveiller le diabète et la pré-éclampsie.
  • Il faut également préciser qu'au moment de l'accouchement, le nombre de césariennes augmente avec l'âge de la maman.
  • Le tabac a également des conséquences sur les grossesses, mais cela à n'importe quel âge. En plus d'accélérer la ménopause de deux ans, le tabagisme peut engendrer de l'hypertrophie chez les bébés.
Les grossesses tardives augmentent aussi les risques pour le bébé (mortalité in utero et périnatale (30 pour mille), prématurité (8,2%)...)

Une grossesse après 40 ans demande donc un suivi médical particulier ?

Une grossesse tardive demande en effet beaucoup plus d'assistance. Le suivi médicalisé est différent que pour une grossesse à 20 ou 30 ans. Comme on l'a vu précédemment, les risques augmentent avec l'âge. Malgré les apparences, les femmes de plus de 40 ans sont plus fatiguées et doivent être plus vigilantes aux petits signes comme les contractions par exemple. Pendant la grossesse, elles doivent faire, comme toutes les femmes enceintes, un dépistage du diabète afin de vérifier qu'elles ne souffrent pas de diabète gestationnel, et un dépistage de la trisomie 21. [Celui-ci se fait au premier trimestre de grossesse par le biais d'une prise de sang pour doser des marqueurs sériques, et d'une échographie pour mesurer la clarté nucale. Si le résultat est supérieur au seuil fixé, une amniocentèse est aussi proposée à la future maman. Depuis 2013, elle a également la possibilité de recourir aux tests ADN, plus fiables et moins invasifs que l'amniocentèse puisqu'il s'agit d'une simple prise de sang, ndlr.]

Merci au Docteur Joëlle Belaïsch-Allart, chef du service gynécologique du Centre hospitalier des quatre villes site de Sèvres (92) et vice-présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français.

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