Livre : L'instruction en famille, Une liberté qui inquiète

Michèle Guigue et Rébecca Sirmons ont rédigé ce livre, publié par l'Harmattan, 2015, très intéressant, sur un sujet peu étudié en France : l'instruction hors école. Des contributions d'Aleksandra Pawlowska et de Laetitia Branciard complètent utilement leur point de vue.


D'enfant à mère non scolarisés
Rébecca Sirmons nous fait partager son expérience d'enfant, ses illusions "A six ans, je rentrais à l'école pleine d'enthousiasme : j'allais y apprendre plein de choses !" et ses désillusions "Mais l'école m'a déçue." A sa demande, elle a suivi des cours par correspondance dès la 6e et a refait une brève tentative de scolarisation en 3e.
Aujourd'hui mère de 5 enfants instruits hors école, elle a, en parallèle soutenu un Master de Recherche en Sciences de l'Education à l'université Lille 3 et rédigé une grande partie de cet ouvrage. Au fil des pages, elle nous fait partager son évolution, d'un enseignement formel : de l'école à la maison, vers une instruction plus ouverte sur des sujets variés, dans un environnement humain riche, "sans cloisonnement entre les différentes activités". Elle remarque que dans sa famille, "on n'apprend pas pour avoir une bonne note, on apprend pour connaître et savoir-faire". Elle a aussi conscience d'avoir appris à connaitre ses propres enfants bien différemment que si ils avaient passé toutes leurs journées en classe. 
Son témoignage est étayé d'exemples pris dans des études universitaires américaines car les enfants instruits hors institution, plusieurs millions outre-Atlantique, y ont été beaucoup étudiés. Si il les lisaient, les pourfendeurs de ce mode d'instruction s'apercevraient, que les craintes qu'ils expriment en public, n'ont d'autres fondements que leurs a priori et ignorance sur ce sujet.    

Une instruction hors institution par obligation
L'expérience vécue par Laetitia Branciard et son fils Benjamin, "aux besoins éducatifs particuliers" suscite l'admiration. La dyslexie, des troubles associés, un décalage du sommeil ont conduit cette famille à une organisation incroyable. Travail scolaire jusque tard le soir, coopération ou non avec les professionnels de l'éducation, besoins en matériel. 
Benjamin a développé toutes sortes de compétences, de la maîtrise de logiciels à l'autonomie dans ses apprentissages et est entré en IUT d'informatique. 

Regard sur les familles
Le regard de l'universitaire Aleksandra Pawlowska sur ces familles montre la diversité des profils. Son questionnaire rejoint les conclusions d'une étude menée par LED'A en 2000-2002. Tous les âges, niveaux d'études, qualifications professionnelles et raisons de ce choix s'y retrouvent. Et une constatation : "Il est impossible, dans une classe de 30 enfants, d'individualiser les apprentissages. Il y a donc forcément des apprentissages qui vont arriver trop tôt pour certains enfants qui n'y sont pas prêts alors que d'autres vont s'ennuyer."

Des questionnements
Michèle Guigue débute et clôt cet ouvrage. Elle rappelle l'évolution de la politique éducative en France et évoque les contrôles pédagogiques auxquels sont soumises ces familles, dans un climat qui n'est pas toujours serein. Elle propose aussi différentes pistes de recherches qui restent à accomplir dans ce domaine. 

Cet ouvrage, malgré qu'il soit clairement perceptible que chacune de ses auteures n'a pas la même fine connaissance de ce sujet, a le mérite d'ouvrir un champ de réflexion. Cette approche pédagogique séduit chaque année davantage de parents, dont un certain nombre sont eux-mêmes enseignants. Depuis près de 20 ans, les mémoires universitaires sur ce thème sont répertoriés. De plus en plus, ils sont rédigés par de futurs enseignants, signe d'une certaine interrogation !