Le monde jusqu'à hier

Dans ce volumineux ouvrage, plus de 500 pages, l'universitaire Jared Diamond évoque "ce que nous apprennent les sociétés traditionnelles". Cinq parties structurent ce livre passionnant : L'Espace, la Paix et la Guerre, Jeunes et Vieux, Danger et Réponse, Religion Langue et Santé. Dans Jeunes et Vieux, il traite de L'éducation des enfants.


Comparaison entre les formes d'éducation
Lorsque Jared Diamond compare des pratiques d'éducation dans différentes sociétés, il relève la répression de certaines, la permissivité d'autres et le fait que les pratiques plutôt en usage en Occident, sont "très atypiques comparées à la vaste diversité humaine et culturelle", et même "inhabituelles selon les critères historiques." Dans ces pratiques, il inclut les "systèmes d'enseignement scolaire administrés par l'Etat (plutôt qu'un apprentissage intégré à la vie et aux jeux quotidiens), la protection des enfants par la police et pas uniquement par les parents, les groupes de jeu d'enfants du même âge (et non, d'enfants de tous âges s'amusant ensemble de façon habituelle), les enfants et parents dormant dans des chambres séparées (et non ensemble dans le même lit), les mères allaitant les nourrissons (quand ils sont seulement allaités) suivant un horaire souvent établi par la mère plutôt que par l'enfant." Il réfute "les généralisations de Jean Piaget, d'Erik Erikson, de Sigmund Freud"qu'il estime fondées sur des sociétés WEIRD. C'est-à-dire, des sociétés occidentales, éduquées, industrialisées, riches et démocratiques, regrettant qu'elles soient "appliquées de façon inappropriée au reste du monde." Il remarque d'ailleurs que certaines de ces pratiques traditionnelles sont de nouveau en usage chez des familles de sociétés modernes. 

Au fil de la vie
Ses observations sur les pratiques d'éducation englobent l'accouchement, l'infanticide, le sevrage et l'intervalle entre les naissances, l'allaitement à la demande, le contact entre enfants et adultes, les pères et les alloparents, les réactions aux pleurs des jeunes enfants, les châtiments corporels, l'autonomie de l'enfant, les groupes de jeu d'âges divers, le jeu et l'éducation des enfants avant de conclure sur leurs enfants et les nôtres. 
Il insiste sur l'importance du jeu, pour tous les enfants du monde. Car le jeu leur permet d'acquérir les compétences qui leur seront nécessaires dans leur vie d'adulte inséré dans leur communauté. Compétences et non victoire écrasante car le jeu dans ces sociétés "implique le partage (...) et décourage la compétition." Un tout autre paradigme que l'industrie du jouet, qui vise autant les enfants que les parents. 
Au fil de la vie, tout naturellement, les enfants apprennent car "la connaissance est inséparable de la vie sociale." Alors que Jared Diamond remarque que "dans certaines sociétés modernes les rudiments mêmes de la vie sociale exigent un enseignement explicite."
Comme le rappelle ce chercheur, dans le domaine éducatif, les idéaux et les pratiques diffèrent de par le monde. De même que les intérêts des Etats. 
Lorsqu'il regarde en arrière, sur les 49 années passées à étudier les Néo-Guinéens, sur les commentaires d'autres Occidentaux ayant vécu parmi ces sociétés, Jared Diamond souligne "l'assurance affective, la confiance en soi, la curiosité et l'autonomie des membres des petites sociétés, non seulement en tant qu'adultes, mais aussi déjà en tant qu'enfants."

Le maternage dont ils ont bénéficié semblerait à l'origine de ce "développement précoce de compétences sociales chez leurs enfants", l'absence de crise d'adolescence et la formation d'individus forts. En fait, empruntant une autre démarche, la réflexion de Jared Diamond rejoint celle du Docteur Catherine Guégen, décrite dans son livre Pour une enfance heureuse, Repenser l'éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau. Et Jared Diamond de conclure sur la durée de vie des sociétés humaines : "Les leçons de ces expériences d'éducation des enfants qui ont duré aussi longtemps méritent d'être prises sérieusement en compte."