Portraits de profs 1/3

C'est encore une jeune enseignante, 4 ans de métier, même si elle est elle-même fille d'enseignants et a toujours baigné dans ce milieu. Comme elle n'a pas assez de points pour enseigner dans son académie, elle passe tous les jours de longues heures dans les transports, pour rejoindre les multiples établissements où elle est nommée, parfois prévenue le vendredi pour le lundi.

Sa formation

Elle a d’abord étudié à l'université, puis préparé le CAPES et l'agrégation pendant une même année et réussi ces deux concours. Ensuite, elle a enchaîné par un an à l'IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres)devenus ESPE (Établissements Supérieurs du Professorat et de l’Éducation). Là, avec d'autres futurs professeurs de lettres, elle a suivi une formation théorique, qu'elle juge aujourd'hui «très indigente», notamment un cours de didactique «creux, assez lamentable».

Chaque semaine, outre ses journées de cours à l'UFM, elle s'est trouvée, comme ses condisciples, «jetée dans le bain», dans l'obligation de «nous débrouiller». C'est-à-dire, en classe, seule face aux élèves. «Mais chacun était chapeauté par un tuteur qui nous aidait à préparer nos cours.»

Elle porte un regard détaché sur cette formation, sur ces cours théoriques «qui ne m'ont rien appris. J'ai pris des notes puis j'ai tout jeté.» Ce qui ressort de son témoignage est l'importance du groupe formé par l'ensemble des stagiaires. Elle est d'ailleurs restée en contact avec certaines. «Nous avons appris en échangeant entre nous, en nous disant ce qui marchait.» Elle se rappelle ce retour hebdomadaire à l'IUFM, après les deux jours en classe. «C'était le bureau des pleurs». Les formateurs leur demandant simplement comment cela s'était passé. Elle déplore aussi n'avoir reçu aucune ouverture vers d'autres approches pédagogiques. Elle se souvient néanmoins de l'un des formateurs, l'un des rares à continuer à exercer en classe, et donc à garder une approche concrète du métier. Et d'avoir aussi appris à monter un cours, préparer une séquence.



Son quotidien en classe

Le recul de ses quelques années de pratique affine son regard. «Maintenant, je vois mes erreurs. C'est un métier où on se forme sur le tas, avec l'expérience et avec les enfants. J'ai été aidée par une collègue. C'est par le contact avec les autres que nous apprenons le plus de choses.»

Ses multiples remplacements (elle enseigne dans 3 à 6 établissements différents en une année), confirment sa réactivité et sa capacité à se remettre en question. A sa charge de cours et son long temps de transport, chaque jour, elle a ajouté la préparation d'une thèse. Cinq années environ à mener tout de front, donc à y consacrer ses week-ends et ses congés. Sensible à l'art, dont elle enseigne l'histoire, en plus des Lettres modernes auxquelles s'ajoutent parfois des suppléances en latin, elle constate que «le beau est important pour les enfants, mais cela n'est pas pris en compte par l’Éducation nationale


Elle a choisi ce métier, l'exerce avec passion et enthousiasme, ce qui ne l'empêche pas d'analyser lucidement la vocation et la formation. «Tout le monde ne peut pas s'improviser pédagogue, mais au final, a t-on besoin de passer par l'IUFM pour être un bon prof ? Mais quelqu'un qui cherche à se former lui-même a autant de légitimité car au final, on se retrouve face aux enfants et on cherche à faire évoluer sa pratique d'enseignement. La volonté d'être pédagogue part d'un désir individuel. Ce n'est pas l’Éducation nationale qui la donne.»



Chroniques estivales et portraits, pour évoquer des salariés, qui au mieux et seulement pour certains, sont rémunérés sur dix mois lissés sur douze, après les agios bancaires de la dernière rentrée et avant ceux à venir. Durant «les vacances» certains préparent leurs cours. D'autres, dès septembre, ânonneront leur sempiternel et habituel laïus, dommage pour eux et leurs élèves.