Les mamans solo en ont plein le dos 2/2

Il y a celles qui, comme dans la chanson, ont fait un bébé toutes seules. D'autres ont cru que les bébés se faisaient puis s'élevaient à deux. Inutile de se lancer dans de stériles surenchères, car dans un cas comme dans l'autre, pour elles, c'est la galère.

Les enfants

Il est des couples qui réussissent mieux leur séparation que leur union. Qui possèdent suffisamment de maturité pour se conduire en parents responsables. Il en est d'autres, qui, consciemment ou non, font de leurs enfants, les réceptacles de leur peine et de leur rancune.

Quels que soient les lieux de résidence, des parents gardent le lien avec leurs enfants et restent présents et impliqués dans leur vie. Pour d'autres, ce lien se distend irrémédiablement. Les rancœurs s'accumulent de part et d'autre. Les visites s'espacent, le contact cesse. L'un n'est plus qu'un étranger pour l'autre. Parfois, le chantage affectif apparaît. «Si tu arrêtes de suivre ta mère, tu ne manqueras de rien.» a osé dire mon ex à notre fille, témoigne l'une. «Il voit rarement son fils, mais il sait mieux que moi ce qui lui convient. Il ne le connaît pas. C'est juste pour me contredire. J'ai été obligée de le mettre à l'école à cause de lui, avant le petit était non sco. Et quand il tombe sur une instit particulièrement incompétente et que ça se passe mal, il ne veut rien savoir. Ni sur la non sco, ni sur les écoles alternatives. Car cela reviendrait à dire qu'il a tort et son ego en prendrait un coup.» La loi en discussion sur la réforme de l'autorité parentale inquiète d'ailleurs beaucoup les mamans solo non sco et les associations, fortement mobilisées, ont lancé une pétition.

Elles ont le triste sentiment d'être totalement incomprises par la justice, les forces de police et même l'ensemble de la société. «Je dois aller porter plainte au commissariat pour attouchements sur ma petite. Mais je sais que je vais être accusée de vouloir lui nuire. Je ne vais pas être prise au sérieux. Les mères sont accusées de tous les maux, c'est affolant.»



L'argent

Selon l'adage, le temps c'est de l'argent. Pour nombre de mamans solo, c'est très simple, elles n'ont ni l'un, ni l’autre. La politique familiale a ceci de curieux que le premier enfant compte pour du beurre. Il vit d'amour et d'eau fraîche, sa mère aussi, car aucune allocation dite familiale n'est prévue pour lui. Avoir des enfants et choisir de prendre le temps de s'en occuper est risqué. «La séparation d'avec mon premier mari, c'était un an avant que je ne reprenne le travail. Il m'a pas mal aidée, notamment financièrement, pendant la première année et aussi au début de ma reprise de travail, en gardant notre enfant en journée (2 semaines environ). En réalité, j'ai compris qu'il espérait pendant tout ce temps qu'on se remette ensemble donc il gardait le rôle du bon père et bon (ex) époux. Quand il a compris que c'était mort, j'ai vite déchanté ! Finalement, me soutenir dans mon rôle de mère, ça lui coûtait trop cher... en temps, en argent, en sacrifices divers. Là, j'ai découvert une autre personne. L'impression d'avoir épousé un étranger…Nous avions de toute façon convenu qu'au bout d'un an, c'est-à-dire quand mon fils aurait deux ans, je reprendrai le travail à temps plein et qu'il diminuerait notablement l'aide financière. Le travail à temps plein n'a pas été possible - parce que je n'ai que deux bras et deux jambes". Elle vivote sur ses économies et trouve un travail à domicile. Nouvelle rencontre, nouveaux espoirs, deuxième bébé et nouvelle rupture. Avec le recul, elle se dit qu'elle a vécu «en plein XIXe siècle. Il proposait de subvenir à nos besoins, mais en échange, j'étais sous sa dépendance. Je renonçais à toute mon activité professionnelle. Je n'avais plus aucun projet. Rien à moi.» Elle est partie. Sans rien. Petit à petit, elle s'est reconstruite.

Une autre s'est fait chasser. A près 25 ans de bons et loyaux services professionnels dans l'entreprise créée en commun. Mais sans statut, donc sans cotisation ni salaire. Nommée gérante au début, monsieur a profité du blues de l'accouchement pour tout reprendre en main. Elle aussi passe trop de son temps à courir du tribunal à une autre administration. A presque la cinquantaine, «je vis de petits boulots.» Elle tient le coup comme elle peut. «Parfois, je sors des petites blagues, pour détendre l'atmosphère, mais moralement et affectivement, ce sont des plaies qui ne cicatriseront jamais pour les enfants

Par chance, lorsqu'ils le peuvent, familles et amis comblent le déficit financier, car inutile de compter sur la compréhension du banquier. Solo = agios. Une seule source de revenus pour manger, s'habiller, se chausser, se chauffer, s'éclairer, payer les factures, les taxes et les impôts, se déplacer et suivre à la lettre les derniers plans gouvernementaux, que ce soit refaire toute son logement ou changer de voiture !  Et pour les plus vulnérables, heureusement que les Restau du Coeur sont là. 


Alors, entre ceux qui se déclarent subitement insolvables, font tout pour limiter le montant de la pension alimentaire, magouillent et pinaillent, les mamans solo, qui ne s'illusionnent pas sur l'hypocrite flon flon annuel du 8 mars, resserrent chaque jour un cran de leur ceinture si il le faut, espérant que leurs fils, et ceux de leurs copines, afficheront plus de dignité si ils deviennent pères. «Il y a vraiment un truc qui ne va pas dans cette société. Il ne pourrait pas mener une telle carrière si je n'assurais pas pour les enfants. J'en ai ras le bol !»