Etre prof : vocation et/ou diplôme ?

Dès qu'il parle du métier de professeur, il s'emballe et s'enflamme. La passion fuse de chacune de ses paroles. Prof est sa vocation. Depuis des années. Et pourtant...

Etre prof dans ses tripes

Pour lui, exercer un métier, c'est être en accord avec son ressenti. Qu'on soit policier, médecin, professeur ou prêtre, on a la vocation et on s'y donne à fond. Sans compter ses heures et son investissement personnel. Alors aujourd'hui, à la quarantaine, il cumule plusieurs vies en une : mari, papa, étudiant : il termine sa licence et salarié, pour faire bouillir la marmite familiale. Et accessoirement, prof. Mais pas en classe. En soutien scolaire, ici et là, pour des jeunes de banlieue en délicatesse avec l'école. Jusqu'à pas d'heure car les gamins en redemandent. Il réconcilie les dégoûtés, les perdus, avec une matière ultra sélective : les maths. «Quand l'examen arrive, le cancre qui avait 3 de moyenne, cartonne avec 18.».

Son secret ? Sa passion d'enseigner. Sa méthode ? Il reprend les bases, les fondamentaux. «Je pars du général, après, je précise les détails. A l'école, ils font le contraire et les gamins sont perdus. Alors les gamins s'étonnent que ce soient si simple. Et ils sont prêts à découvrir les subtilités des problèmes.»


Il se démarque des ingénieurs qui se réorientent dans l'enseignement et goûtent les joies sécurisantes de la fonction publique. «Quelle est l'utilité d'être prof pour celui qui a fait une formation d'ingénieur, donc bac + 5 après une prépa ? L'ingénieur est celui qui cherche. Le prof est celui qui transmet. En plus, en classe prépa, il apprend à être individualiste, alors que le prof doit avoir un état d'esprit collaboratif.»



Etre prof à condition d'avoir un bac + 5...

Le cours de sa vie a fait passer le travail avant les études universitaires. Du coup, il n'est toujours pas bac + 5. «Maintenant, en licence, j'étudie la mécanique des fluides. Depuis 10 ans que je donne des cours jusqu'à la terminale, je n'ai jamais vu ce sujet dans les programmes.» Qu'importe, il s'accroche, étudie et révise. Il pense s'inscrire au CAPES, pour voir de quoi il retourne exactement, puis en Master 1, et ensuite, en Master 2. Mais tout cela lui prend du temps, beaucoup de temps, alors que «j'ai tellement envie d'enseigner.»


Le recrutement, basé sur un tel niveau d'étude, ne lui semble pas pertinent. «L'éducation est devenue un business. C'est le diplôme du prof qui fait que les familles payent, surtout dans le privé. Mais pourquoi on ne fait pas une filière pour les personnes motivées qui ne sont pas bac + 5 ? Il faudrait une grande révolution dans l'Education nationale. C'est l'envie d'enseigner qui fait le bon prof, pas l'agrégation. Un prof qui a réussi toutes ses études, qui n'a jamais redoublé, qu'est-ce qu'il peut comprendre d'un gamin en échec ? Qu'est-ce qu'il connaît de la vraie vie si il n'est jamais sorti de l'école ?»

Il estime que ce recrutement sélectif, à l'image du système scolaire en particulier et de la société française en général, élimine des vocations, élimine d'emblée des personnes qui auraient le feu sacré pour exercer ce métier.

Il existe des enseignants qui cumulent une vocation sincère, la réussite dans leurs études universitaires et une véritable richesse intérieure basée sur un vécu profond. Mais il existe aussi des personnalités remarquables, qui feraient d'excellents enseignants, d'excellents soignants par exemple. Leur seul tort est de vivre dans un pays où, en dehors du piston ou d'être bac + 5, leurs qualités personnelles comptent pour du beurre.


«Si je pouvais rencontrer un proviseur qui me fasse confiance. Une semaine. Pas plus. Je sais qu'il y aurait des résultats. Je me suis renseigné, j'en ai même parlé avec un inspecteur. Mais en France, ce n'est pas possible.»