Du bac pro à la fac

Etudier en lycée pro ou en CFA, est souvent perçu comme une voie de garage. Un marquage au fer rouge après lequel, plus rien n'est possible. Pourtant, ces filières pratiques sont ouvertes sur le monde professionnel et, avec du travail et de la persévérance, il est possible de rejoindre une voie générale et des études supérieures.

Diverses études montrent que selon leur catégorie socio-professionnelle, les familles ne font pas les mêmes choix d'orientation pour leurs enfants. Les catégories les moins favorisées s'autocensurent et choisissent des filières courtes. Le dernier rapport PISA avait d'ailleurs encore pointé l'accentuation des inégalités sociales au sein de l'école républicaine.


Du lycée pro à la fac de psycho

Elle a maintenant 24 ans, a plusieurs fois redoublé, dont la classe de terminale. Mais enfin, elle a obtenu ce bac tant convoité, qui lui a permis d'intégrer l'université. Maintenant en 2e année de licence de psychologie, elle savoure son statut d'étudiante. Avec recul néanmoins. "La première année, j'étais à fond dedans. Puis, pendant les vacances, j'ai réalisé que les cours n'étaient pas très réalistes, mais très abstraits."

Encore un an avant de terminer la licence et elle se questionne déjà pour la suite. "J'irai peut-être en AES <Administration Économique et Sociale> c'est ouvert. Si je continue en psycho, je voudrais partir à l'étranger, en Angleterre ou en Égypte, c'est différent, pas comme en France et on y trouve plus facilement du travail."

Globalement, elle apprécie les enseignants, "certains profs sont super bien, d'autres... Mais dans l'ensemble, ils aiment bien aider et suivre les étudiants." Elle remarque avoir gagné en autonomie depuis qu'elle fréquente l'université, ne s'y ait guère fait d'amies, "3 ou 4 copines, c'est tout".

Elle ne vit pas son origine scolaire comme un handicap. "Nous ne sommes pas nombreux à venir de pro, j'en ai rencontré une par hasard. Elle est en L3 <3e année de licence> Apparemment, il y en a d'autres. Ce n'était pas difficile pour elle en 1ère année, mais plus en 2e et 3e. Pour les STG aussi c'est difficile de s'adapter. J'ai beaucoup travaillé en 1ère année. J'ai entendu des profs dirent que même des élèves de général avaient de mauvaises notes."


Du BEP aux Ressources humaines

Pascale a la cinquantaine. A l'issue de la classe de 3e, elle a été orientée en BEP. "J'étais dans la classe de 3e poubelle et formatée pour une filière courte. J'avais vite décroché en maths. Entre le redoublement ou le BEP, je me suis dit qu'autant apprendre de nouvelles choses. Là, ça m'a changé de mon cocon familial, je me suis retrouvée avec des ados à problèmes : grossesses, drogues, fugues. Finalement, j'ai beaucoup appris sur le plan des relations humaines et cela m'a servi professionnellement ensuite."

Elle réussit le BEP, passe en première d'adaptation, obtient son bac et entre à l'université, en AES. "Je ne savais pas quoi faire, mais c'était ouvert vers plein de choses et les profs étaient de qualité et de terrain.» Deug, licence puis maîtrise la mènent à un DESS de Sciences Po. Elle commence sa carrière dans les ressources humaines. Remplaçante, consultante junior, pauses bébés et un poste stable dans ce qui était alors une start-up fonctionnant avec un état d'esprit humaniste. Elle pense n'y rester que 3 ans. Finalement, elle y passe 19 ans à développer le pôle RH. La suite "Je ne voulais pas intégrer une autre entreprise, mais me mettre à mon compte. Au début, c'est mon réseau qui m'a trouvé du travail, puis petit à petit, c'est venu. J'ai repris confiance en moi après m'être trouvée "à la rue psychologiquement".

Mon parcours scolaire ne m'a pas pénalisée, au contraire, et en recrutement, j'ai toujours privilégié les candidats venus de l'alternance, pour leur meilleure connaissance du terrain. Mais j'en ai très peu parlé." Seuls ceux qui sont passés par ce type de détours peuvent comprendre la honte ressentie, les regards lourds et les conversations qui s'arrêtent instantanément.


Aujourd'hui, elle dit avoir "retrouvé l'ambition de quand j'étais petite, que j'avais perdue au collège, à force que l'on me dise que j'étais nulle. Tous les profs m'avaient découragée d'aller en fac."

Pascale, quant à elle, accompagne bénévolement des jeunes suivis en mission locale. "Adolescente, c'est mon frère qui m'a poussée à étudier, m'a redonné confiance en moi. C'est important de trouver un mentor, de trouver quelqu'un qui croit en vous. J'essaie d'être cette personne pour ces jeunes."