Ado doué : le choix de son orientation

A l'heure des voeux des terminales, Arielle Adda évoque la question de l'orientation des adolescents doués.

Pour tout adolescent et par la même occasion pour ses parents, opérer un choix impliquant l’orientation professionnelle est difficile et inquiétant.

Malgré les aides, les explications, ils ont l’impression que tout reste encore théorique, que la pratique leur manque et qu’ils n’ont des métiers qu’une vague idée et ce n’est pas après les trois jours passés généralement dans l’entreprise où travaille un parent, ou des amis de ceux-ci, qu’il sait  exactement ce qu’il veut faire.

Heureux ceux qui ont, depuis toujours, une véritable vocation. Si elle n’est pas utopique c’est le moment de s’engager dans cette voie avec le bonheur de se diriger concrètement sur le chemin de la réalisation de soi.

Les adolescents doués connaissent deux situations diamétralement opposées. Ceux qui ont toujours été de bons élèves, qui ont utilisé leurs dons avec plaisir sont souvent tiraillés entre la passion et la raison. Ils aimeraient entreprendre une carrière rarement  rentable, peu sûre, être comédien, peintre, musicien, pouvoir se livrer à des recherches extrêmement spécialisées dans des domaines spécifiques qui les ont toujours attirés. Paléontologue ? Géologue ? Archéologue ? Ou tout domaine scientifique bien délimité. Il est d’ailleurs regrettable que ces jeunes gens passionnés, capables de procéder à des découvertes intéressant la société toute entière, finissent par se résoudre à choisir la voie de la raison et envisager prépas et concours : leur avenir sera assuré et tant pis pour l’exaltation particulière qui entraîne le chercheur et le contraint à la patience et à la minutie, à la persévérance et au courage quand il se rend compte que la voie qu’il a empruntée plein d’espoir se révèle une impasse.

Nombre d’adultes doués gardent en secret le regret de n’avoir pas suivi la voie de leur choix : ils se sentaient attirés par une route plus audacieuse et aussi plus incertaine et tout le monde les en a dissuadés ; leur raison elle-même leur soufflait que ce n’était pas la voie idéale si on veut mener une vie un peu confortable.

Il y a pourtant des chercheurs : ils ont parfois profité d’opportunités favorables se présentant au bon moment, ils sont passionnés, ils  ont eu de la chance, ils enseignent aussi généralement et apprécient pleinement leur métier s’ils ont plaisir à transmettre leur savoir et à guider les autres.

Certains, à la grande surprise de leur entourage, après un début prometteur de carrière, dans un domaine austère et bien cadré, ne peuvent plus résister à l’appel de leurs dons propres : ils arrêtent cette carrière qui s’annonçait brillante et deviennent ce que dans le temps on appelait des "saltimbanques". On a des exemples de comiques en particulier, qui se destinaient raisonnablement, et en accord avec les valeurs de mise dans leur famille, à une toute autre existence.

Pour être capable de  cette audace, il faut posséder quelque don intellectuel.

Le plus souvent, le choix raisonnable se fait "par défaut" comme le reconnaissent nombre d’adultes doués, mais ils sont conscients que le confort matériel et l’assurance d’un travail sûr valent bien le petit pincement de cœur chaque fois qu’ils évoquent leurs rêves de jeunesse.

On peut les rasséréner en leur rappelant qu’une fois bien installés dans la vie, ils sauront trouver  du temps  pour se consacrer à leur passion.

Il arrive qu’ils n’aient pas la patience d’attendre jusque là : ils n’ont vraiment pas envie de s’engager dans un univers marchand, de rechercher le profit et de se battre encore et toujours pour conserver leur poste. Ils ne sont pas sûrs que les relations difficiles qu’ils ont eues avec leurs camarades de classe ne se poursuivent pas avec leurs collègues. Chercher des semblables  au sein d’une entreprise est parfois bien ardu…

Ceux qui n’ont pas su compenser les manques provoqués par leur trop grande facilité, qui ne savent toujours pas comment on apprend une leçon et comment on retient d’austères formules semblant sans intérêt, sont bien obligés de renoncer aux études supérieures qui leur auraient permis  d’avoir un plus grand choix de professions.

Pour ceux-là l’avenir semble gris : il n’est plus aussi lumineux que lorsqu’ils rêvaient enfants d’un accomplissement glorieux, éclatant, comblant toutes leurs aspirations, mais ils savent trouver de l’intérêt dans les métiers qu’ils devront choisir et on leur explique bien qu’il est toujours possible d’évoluer à partir d’une expérience pratique.

Si leur passion n’est pas complètement éteinte, enfouie sous l’ennui écrasant qui les a détournés de la scolarité, ou bien dispersée à cause du manque de méthode dans la façon de travailler, ils trouveront le moyen de la satisfaire.

Les premières alertes apparaissent déjà dans l’enfance, quand un enfant dit qu’il ne sait pas ce qu’il veut faire plus tard : plus jeune, très jeune donc parfois, il nourrissait des rêves plus ou moins réalistes, mais le désir d’accomplissement était bien présent. C’est lorsque les résultats scolaires ont commencé à baisser qu’ils craignent de se montrer présomptueux, utopistes ou, ce qui serait pire, de déclencher des rires cruels s’ils se permettaient d’évoquer leur avenir. Quand un enfant dit tout à coup qu’il n’a aucune idée d’un métier futur, c’est une alerte qui se met en place : on l’aide impérativement à découvrir des méthodes de travail.

Bien des autodidactes connaissent mieux, de façon plus approfondie et avec une approche plus originale, un domaine qui les a attirés  alors que les spécialistes n’en ont qu’une connaissance livresque, vaste parce qu’universitaire,   mais dépourvue de véritable réflexion originale. Malgré ce savoir phénoménal, ils gardent une trace encore sensible, parfois infime,  de leurs études trop courtes et ont du mal à se sentir légitimes.

Les personnes douées sont généreuses, les adolescents doués plus que tout autre : ils veulent aider les autres, rendre service à la société, au sens le plus large, c'est-à-dire partir dans ces pays où le malheur s’abat sur des habitants trop démunis pour retrouver une existence moins pénible.

On pense alors trouver un compromis en envisageant des études leur permettant de répondre à leur générosité de cœur puis, après quelques années enrichissantes et épuisantes, de revenir à plus de raison, leur expérience leur ayant conféré des qualités appréciables : autonomie, esprit de décision, sang froid, capacités d’organisation   rigoureuse.  Ils savent qu’une erreur peut entraîner des conséquences dramatiques.

Le risque  est grand de se sentir encore plus décalé par rapport aux autres, l’atterrissage doit être préparé bien à l’avance  afin qu’ils puissent se réadapter sans douleur et sans que leur entourage s’inquiète : ils font alors des carrières dans l’international.

La passion ne doit jamais être oubliée, même si elle ne constitue pas le moteur principal, elle ne peut être complètement effacée ou reléguée très loin, comme si elle était superflue, voire stupide et infantile. C’est elle qui permet de parvenir à un accomplissement de soi sans trahir les rêves de l’enfant doué. S’il peut donner toute sa mesure, il contribuera au bonheur de la société toute entière.