Après le bac : bof puis whaouh ! 3/3

Continuons notre galerie de portraits. Pour cette dernière rencontre post-bac, je vous propose de retraverser l'Atlantique et de partager une nouvelle expérience universitaire, d'abord décevante, puis enthousiasmante.

Pendant la terminale

Durant toute sa scolarité, studieuse et appliquée, elle a obtenu de bons résultats. Il lui en reste d'agréables souvenirs, malgré des phases d'ennui très profond, déjà en primaire et au collège. En classe de première, suite au déménagement familial, de la région parisienne vers le sud-est de la France, l'ennui se fait plus fort. «Le niveau était moins bon et les garçons et les filles ne se parlaient pas. J'ai commencé à vraiment m'ennuyer en classe. A part un ou deux, les profs ne faisaient pas des cours intéressants.» Elle obtient néanmoins son bac S avec mention bien.

En octobre, elle doit comme les autres élèves, présenter un projet professionnel. «Je ne savais pas quoi faire, j'avais de bonnes notes, j'ai dit médecine, sans vraiment réfléchir. En plus, le prof principal m'impressionnait. Et je suis restée sur cette idée, j'ai fini par croire à ce que j'avais écrit sans me rendre vraiment compte du métier.»

Elle reconnaît une réelle volonté d'informer les élèves, de se préoccuper de leur orientation. «Mais c'était mal fait car on nous montrait des infos uniquement sur ce qu'on voulait, mais pas sur tout le reste. On nous laissait devant l'ordinateur en nous disant qu'on avait 2 h pour chercher. Ce n'était pas constructif. On nous mettait beaucoup la pression, mais comment savoir en octobre les études et le métier qu'on fera pour tout le reste de sa vie ?»


Première année de fac

«J'ai donc commencé médecine. J'avais de bonnes notes. J'hésitais entre médecin et sage-femme, mais petit à petit, j'ai réalisé que ce n'était pas ce que j'avais envie de faire. L'ambiance a achevé de m'en persuader. Il y avait beaucoup de compétition, nous étions perçus comme des machines, aussi bien par les anciens étudiants que par les profs.» Après mûres réflexions, elle prend conscience que ce modèle humain ne lui correspond pas et préfère en rester là. Elle passe le deuxième semestre en Allemagne, comme jeune fille au pair, à parfaire sa connaissance de l'allemand. Néanmoins, elle continue à chercher des pistes pour se réorienter. De sage-femme, elle pense à médecin statisticien, s'aperçoit que c'est l'aspect préventif qui l'intéresse, mais plus que tout, le territoire. Elle tient enfin le bon domaine.


Deuxième année de fac

Elle entre en première année de géographie. Elle s'épanouit dans des études qui aborde la dimension humaine et spatiale du territoire comme elle en rêvait. La formation qui allie théorie et pratique, lui semble réellement professionnalisante. Les professeurs sont passionnants. Ils ont exercé, et pour certains continuent, à l'extérieur de l’Éducation nationale, donc «ils sont dans le bain, dans la vraie vie et concrets.»

L'université est bien différente aussi, «beaucoup plus petite et familiale, tout le monde se connaît.» Le seul bémol qu'elle y voit est le peu d'importance accordé aux langues étrangères : 2 heures de temps en temps. Pour y pallier, elle s'est, en parallèle, inscrite en licence d'anglais.

Aujourd'hui, à presque 21 ans, elle est en troisième année universitaire, mais première année d'anglais et deuxième de géographie. Elle vise la licence dans ces deux matières puis le départ vers un pays anglophone ou peut-être en Suède. Le master 1 puis le 2 sont au programme. Les villes du Sud, l'Europe, les métropoles, ses centres d'intérêt sont multiples. Elle garde néanmoins la tête froide : «Le problème en France, c'est que la thèse n'aide pas à avoir un emploi. C'est davantage valorisé en Allemagne ou en Suède. Je verrai après le master. Si je fais un master professionnalisant, j'aurai sans doute envie de travailler et de mettre ce que j'aurai appris en application.»


Ces trois jeunes filles, différentes et complémentaires à la fois, ne sont pas représentatives de leur génération. Elles n'en sont que des exemples, frais et pleins d'interrogations. Elles nous montrent, à travers leurs questionnements, la nécessité d'un accompagnement pertinent, la richesse d'une offre et d'un accès au savoir le plus large possible, l'absurdité de la sélection, du poids de la paperasserie administrative et les dégâts de l'ennui en classe. Elles nous montrent aussi et surtout l'absurdité à s'engager, de façon quasi obligée, sur des rails censés les conduire toute leur vie dans une direction unique. Toutes trois, malgré des périodes de découragement, sont néanmoins des petites lumières qui brillent vers l'avenir. Un écrivain n'a t-il pas écrit que 20 ans était le plus bel âge de la vie ?

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