Après le bac : bof ou whaouh ? 2/3

Continuons notre galerie de portraits, mais de l'autre côté de l'Atlantique cette fois. Elle a 18 ans, vit dans l'Etat de New York. Sa scolarité antérieure : 3 années de jardin d'enfant puis l'instruction à la maison. Comme toute aspirante étudiante, elle a préparé un dossier et l'a soumis aux universités de son choix. Huit d'entre elles l'ont acceptée.

Choisir son université

Elle a jeté son dévolu sur celle qui lui plaisait le plus :BardCollege, où elle avait déjà pris deux cours par semestre les deux années précédentes, pendant l'équivalent de la 1ère et de la terminale. C'est aussi l'établissement qui lui offrait la meilleure bourse. Ces bourses, uniquement basées sur les revenus et non sur les notes, sont en partie remboursée en travail sur le campus : gérer la sonorisation des spectacles, service en cafétéria, en bibliothèque, dans les bureaux, les parkings, à l'accueil des visiteurs lors des évènements, en donnant des cours.... Autant d'expériences pratiques qui sont ensuite mentionnées sur le cv.Elle pourra y étudier pendant 4 ans. Durant les deux premières années, le système dit d'arts libéraux évite absolument l'orientation vers une filière précise. Au contraire, en première année, elle a commencé par l'étude de très nombreux textes fondateurs, avec ses professeurs, des intervenants extérieurs et en travaux de groupe, puis elle a enchaîné avec un programme de sciences. Elle peut choisir des cours dans quatre thématiques différentes chaque semestre et bénéficie des très nombreuses activités du campus.

Ce système de cours à la carte permet aux étudiants de tester une matière avant de s'engager dans son étude. A l'issue des quatre années, elle devra avoir suivi au moins un cours dans chacun des neuf domaines d'étude établis par cet établissement. Pour que l'étudiant soit accepté dans la filière de son choix, il doit y avoir validé un minimum d'unités. Cette acceptation se décide lors de l'entretien de 2e année. Seuls ceux qui se destinent à la médecine doivent s'y consacrer dès leur première année.

Les cours et le futur

Elle s'inscrit aux cours qui l'intéressent, les essaie pendant quinze jours. Durant ce laps de temps, soit elle en change, en choisit d'autres ou pas. A l'issue de cette période d'essai, elle a toutes les cartes en main : connaît suffisamment les enseignants et les contenus de cours pour les poursuivre jusqu'à leur terme.

Elle pratique aussi des activités artistiques : théâtre, chant, danse... Elle est d'ailleurs à la tête d'un groupe de chant, et avec ses membres, ils organisent diverses manifestations afin de récolter des fonds. Elle fait aussi partie d'un autre groupe, qui va dans un village palestinien chaque été pour donner des cours aux ados et organiser des activités pour les enfants. Le groupe a construit une aire de jeux, une bibliothèque, etc. Ce groupe organise aussi des manifestations tout au long de l'année afin de récolter des fonds pour payer le voyage suivant et les réalisations sur place.

Elle part chaque matin avec plaisir à ses cours, exprime à ses parents à quel point elle apprécie cette université et est contente d'y avoir été acceptée. Elle remarque que ses profs sont toujours disponibles pour répondre à ses questions, qu'elles concernent leurs cours ou les études en général. Comme tous les élèves, elle est suivie régulièrement par un enseignant au sujet de son orientation. Des journées sont réservées spécialement à cet effet et elle peut accéder à une documentation abondante.

Pour le moment, la variété de ses cours, les conseils de ses profs et les échanges familiaux suffisent à lui faire envisager un avenir professionnel, sinon absolument certain, du moins, aux contours relativement précis. Mais elle sait aussi qu'elle peut encore changer d'idée et découvrir d'autres domaines d'activité.

Tous les établissements d'enseignement supérieur n'offrent pas cet environnement exceptionnel. Les community college, régis par les comtés, disposent de moyens financiers plus restreints, donc d'une moindre variété de cours. Par ailleurs, la vie de campus est idéalisée dans les films et les séries télévisées. Mais dans la réalité, il n'est pas si simple de s'y habituer du jour au lendemain. Enfin, ici comme ailleurs, le taux d'abandon à l'issue de la première année reste important.

Mère et fille échangent sur leur pratique universitaire respective. « La différence fondamentale est que lorsque je suis allée à la fac, l'idée était de réussir et d'avoir le diplôme. Lorsque je lui raconte les échanges avec les fonctionnaires qui travaillaient dans les bureaux par exemple ou bien mes rapports ou non rapports avec mes profs, elle est interloquée. Pourquoi, se demande-t-elle ne pas organiser la fac de manière à optimiser l'expérience pour tous ? Même dans la fac du comté, il y a une volonté de travailler pour maximiser les possibilité. La notion de servir simplement l'administration qui est là pour sanctionner d'un côté et un corps enseignant de l'autre qui est là juste pour donner des cours semble surannée et irréfléchi. Quel dommage ! » C'était il y a 30 ans, à Paris III Censier, la Sorbonne Nouvelle.


Lire aussi :
 - la 1ere chronique : "Après le bac : bof ou whaouh ? 1/3"
- la 3e chronique "Après le bac : bof ou whaouh 3/3"