PISA et non scolarisation

Le rapport PISA vient de tomber et la France continue de glisser. Compétences en mathématiques, sciences, compréhension de l'écrit, égalité des chances dans l'apprentissage, environnement pédagogique, engagement et motivation des élèves sont passés au crible.

Egalité des chances dans l'apprentissage

Selon le rapport de l'OCDE, «En France, la corrélation entre le milieu socio-économique et la performance est bien plus forte que dans la plupart des autres pays de l'OCDE». Une telle affirmation contredit fortement les principes républicains, si souvent claironnés de part et d'autres. Claironnés, mais appliqués ?

A contrario, l'étude menée par le Fraser Institute Canada montre un tout autre parcours. Après avoir finement analysé et présenté les résultats obtenus aux tests nationaux par des enfants non scolarisés, les chercheurs concluent : «La preuve empirique de tout cela démontre clairement que la non sco peut conduire à éliminer des effets potentiellement négatifs de certains facteurs liés à l'environnement social (voir aussi Mc Dowell et Ray, 2000). De bas revenus dans la famille, de faibles connaissances éducatives des parents, des parents sans formation patentée d'enseignant, la race ou l'origine ethnique des enfants, le sexe des enfants, ne pas avoir d'ordinateur à la maison, ne pas utiliser fréquemment des services publics (comme les bibliothèques publiques), le fait pour un enfant de commencer son instruction formelle relativement tard, le temps relativement faible consacré à des activités éducatives formelles et le fait qu'un enfant ait une importante (ou faible) fratrie, tout cela semble avoir moins d'influence sur la réussite académique des non sco que sur celle des enfants scolarisés dans l'enseignement public. Plus spécifiquement, dans la non sco, les connaissances éducatives des parents, le genre des enfants et les revenus de la famille peuvent avoir de plus faibles relations avec la réussite scolaire que dans les écoles publiques. (Ray, 1997a, chapitre 4)».

Le rapport PISA va plus loin encore, relevant que la proportion d’élèves «résilients» en France est également inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Ainsi, en moyenne, dans les pays de l’OCDE, 26 % des élèves les plus défavorisés obtiennent de très bonnes performances aux évaluations PISA, contre 22% en France. (…) Le manque d’équité du système français se traduit, en termes de classement dans l’enquête PISA, par un écart de 20 places si l’on compare les performances des élèves issus des milieux les plus favorisés à celles des élèves issus des milieux les plus défavorisés.»

Cette enquête internationale pointe aussi l'augmentation de l'inégalité du système scolaire français depuis 9 ans et les chances de réussite, toujours en diminution depuis 2003, des enfants issus d'un milieu défavorisé.


Adéquation École et Société ?

Toujours selon ce rapport, cette année, 11 % des élèves scolarisés en France estiment que l'école est une perte de temps. Ils étaient 7 % à éprouver ce sentiment en 2003. De moins en moins d'élèves perçoivent un lien entre l'école et le monde du travail. Les élèves de France restent parmi les plus anxieux du monde.

A contrario encore, tant cette étude déjà mentionnée du Fraser Institute qu'une autre, également réalisée au Canada, en 2009, sur d'anciens non sco devenus adultes – Fifteen Years later : Home-Educated Canadian Adults- montrent que ces jeunes adultes, davantage impliqués socialement que la moyenne de la population, ont atteint un niveau académique également plus haut et qu'ils éprouvent un sentiment de satisfaction de leur vie plus élevé que celui éprouvé par leurs pairs.

2014 sera peut-être, en France, l'année de l'Education numérique. Ceci, tant en rapport avec l'évolution du monde que les recommandations européennes. Pourtant, selon un récent rapport conjoint IGEN/IGAENR, du 24 septembre dernier - La structuration de la filière du numérique éducatif : un enjeu pédagogique et industriel - «Il n'existe pas aujourd'hui en France de véritable filière industrielle du numérique éducatif clairement identifié et économiquement puissante.»


La non sco n'est pas un mode d'enseignement qui convient à tous et à imposer. Mais il n'en demeure pas moins que la pratique pédagogique des familles de millions d'enfants, dont certains sont aujourd'hui de jeunes parents, constitue un formidable réservoir d'innovation pédagogique en prise réelle avec le monde. Et que cette pratique pourrait, sur certains points, judicieusement inspirer un système malade. Jusqu'à présent, les pouvoirs publics se contentent de l'ostraciser. Dommage.

En savoir plus : Éducation : la France, mauvaise élève ?