Collaborer pour apprendre

«Le mode d'enseignement vertical dominant, qui vise à créer un acteur autonome rivalisant avec les autres, commence à céder la place à une pédagogie distribuée et coopérative, qui a le souci de donner aux élèves le sens de la nature sociale du savoir.», dixit Jérémy Rifkin. Démonstration.

Individualisation mode d'emploi

Les enfants d'aujourd'hui sont nés dans l'ère du numérique. Taper sur un clavier, entrer en contact avec des inconnus du monde entier, chercher de l'information sur Wikipedia ou ailleurs et la partager, via les réseaux sociaux et les mails, leur est totalement normal et usuel. Cela, pour eux, c'est la vraie vie. Et puis il y a une autre vie, pour certains, un moment qui se renouvelle, dès la rentrée, un espace entre parenthèses et normé, dans lequel les contacts se font avec des congénères de même niveau socio-culturel, habitant le même quartier, ayant sensiblement le même âge et dans lequel des adultes détiennent le savoir et le distribuent, via un manuel, cet espace s'appelle l'école. Il faut y travailler seul, cacher son exercice pour que son voisin ne copie pas.

Collaboration mode d'emploi

Ce modèle, socialement obsolète, est pourtant encore largement répandu. Des expériences concluantes d'écoles mutuelles, au XIXe siècle, avaient contribué à l'instruction d'enfants pauvres. Trop efficaces, elles ont été abandonnées. Peut-être fallait-il laisser cette couche de population dans son ignorance ? Aujourd'hui encore, des politiques et des personnels de l'éducation nationale s'acharnent sur les enfants instruits en famille alors que des études universitaires montrent que ce type d'enseignement permet à des enfants issus de milieux socialement défavorisés, d'atteindre des résultats académiques plus performants que ceux d'enfants de même milieu mais scolarisés. Les expériences de Sugata Mitra, avec des ordinateurs et des enfants dans les rues, en Inde, ont également démontré la pertinence de l'apprentissage collaboratif et non dirigé.

Futur mode d'emploi

La compétition et la rivalité ne sont pas des valeurs porteuses de sens. En France, en dehors de quelques expérimentations locales, le réseau électrique intelligent, cher à Jérémy Rifkin, n'est pas encore d'actualité. Quelque soit l'évolution technologique, il n'en demeure pas moins que le changement pédagogique s'impose. Le e-learning et les MOOC – Massive Online Open Course – abolissent les distances, comme le faisaient déjà les cours dispensés par la radio dans les années 60. L'intelligence collective, l'apprentissage de pair à pair, l'acquisition de connaissances tout au long de la vie, à distance, les apprentissages informels, les associations entre établissements scolaires et musées ou organisations de protection de la nature pour un apprentissage direct et latéral, toutes ces pratiques s'imposent petit à petit. Au final d'ailleurs, elles ne sont qu'un retour aux sources, vers une acquisition de la connaissance, simple et directe, et non encadrée et institutionnalisée.

Leur généralisation nécessite une profonde remise en question. Les mammouths ont disparu depuis longtemps, il n'en reste plus qu'un aujourd'hui en France, national et pas en très grande forme. Jusqu'à quand ?

«La nouvelle façon d'apprendre reflète la manière dont la jeunesse acquiert et partage des informations, des idées et des expériences sur Internet, dans les espaces d'acquisition de connaissances en source ouverte et les sites des réseaux sociaux. L'apprentissage distribué et coopératif prépare aussi la main-d’œuvre du XXIe siècle à une économie de troisième révolution industrielle, qui repose sur le même ensemble de principes.»

Citations extraites du livre de Jérémy Rifkin : La troisième révolution industrielle, Comment le pouvoir latéral va transformer l'énergie, l'économie et le monde


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