Carte scolaire à l'envers

Et si les enfants choisissaient l'établissement scolaire qu'ils voudraient fréquenter ? Et si, au lieu d'une carte scolaire arbitraire et subie, les premiers concernés avaient enfin leur mot à dire ?

Origine et fonctionnement


En France, ce système a été institué par le Ministre de l'Education Christian Fouchet en 1963. L'idée était alors de mieux répartir les élèves et les professeurs dans les nombreux établissements en construction. Actuellement, les municipalités gèrent la carte scolaire des écoles maternelles, les Conseils généraux, celle des collèges et l'Etat, celle des lycées.

Ses adeptes soutiennent qu'elle limite les inégalités scolaires, ses détracteurs considèrent, qu'au contraire, elle reproduit exactement les inégalités socio-éducatives des quartiers, voire les accroît. Quoiqu'il en soit, cette carte scolaire, obligatoire ou assouplie, n'a jamais empêché les familles ayant les relations adéquates, de la contourner et d'inscrire leurs enfants dans de «bons établissements». Au pire, il est toujours possible de trouver l'adresse opportune d'une tante oubliée ou de commencer l'apprentissage d'une langue rare !

Et la liberté personnelle ?

Roderick Raynon Paige, fut Secrétaire d'Etat à l'Education sous le gouvernement Bush, de 2001 à 2005. Afro-Américain, il vécut lui-même la ségrégation raciale, à cause de laquelle il ne put accomplir ses études supérieures dans le Mississippi, son Etat d'origine. Décidé à ce que l'éducation devienne un vecteur d'émancipation, il mit en application plusieurs réformes au sein du Houston Independent School District (HISD) où il officia. La liberté de choix des établissements lui semble primordiale et incite les écoles à réellement s'adapter aux besoins des élèves. L'impact de ses réformes se traduisit dans les chiffres. Selon des statistiques établies en 2000, et publiées par Education Week, le nombre d'étudiants obtenant l'examen propre à l'Etat du Texas (Texas Assessment of Academic Skills) passa de 49 à 74 %, ce qui lui valut son poste de Secrétaire d'Etat à l'Education.

John Holt, enseignant puis chercheur en sciences de l'éducation à Harvard et Berkeley, préconisait aussi cette liberté de choix, qui selon lui, amènera une positive remise en cause des établissements. «D'ailleurs, ce n'est que par facilité administrative que les élèves font tout leur travail scolaire dans une seule école. Pourquoi ne pourrait-on pas leur permettre de faire une partie de leur travail dans une école et l'autre dans une autre ? Un élève devrait pouvoir aller dans n'importe quelle école de son Etat de résidence, les écoles récoltant leurs fonds en fonction du nombre d'élèves qui s'y inscriraient. Ce serait un bon moyen pour faire en sorte que les écoles se rendent attractives pour les élèves.» *

L'école de mes rêves

Pour Anton, 15 ans, ce serait une école avec 10 à 15 élèves par classe, de 8h30 à 15h, avec uniquement des cours de français, d'histoire-géographie et d'anglais, sans redoublement, mais avec des murs pour faire des graffitis, une aire de skate, des casiers dans le couloir pour mettre ses affaires. Une école qu'il pourrait choisir, avec des profs jeunes et cools, donc qui ne hurlent pas au moindre bavardage, dans laquelle il pourrait étudier la filière qui lui plaît, faire des stages même de nuit et où les notes refléteraient les efforts que font les enfants qui ont des difficultés.

Catherine, sa maman, forte de son expérience de mère de famille nombreuse et recomposée va plus loin. Elle imagine des recherches et un apprentissage autogérés, sur Internet, complétés par des débats avec des adultes, présents 12 h / 24 h dans les locaux scolaires. Un bilan de connaissances régulier permettrait de déceler les points à approfondir, chacun pourrait apprendre à son rythme. Elle crie stop aux profs qui estiment avoir la science infuse, se prennent pour les maîtres du monde en pensent que les enfants ne valent rien. Elle remarque avec justesse que les enfants que l'on oblige à aller en cours, sèchent, alors que selon elle, si ils étaient libres de fréquenter des structures ouvertes, ils s'y rendraient avec plaisir.


Encore plus d'un mois avant la rentrée. Souhaitons, que pour ceux qui sont instruits en établissements scolaires, chaque jour d'école soit une journée de plaisir et de découvertes.


* Apprendre sans école, des ressources pour agir et s'instruire. John Holt,

ed. l'Instant Présent, 2012