Des parents en grève pour faire respecter la loi

En Languedoc-Roussillon, des familles non sco se sont mobilisées et font la grève des contrôles pédagogiques tant que les représentants de l'Etat ne respecteront pas la loi.

Les propositions des familles

En décembre 2012, un premier groupe de familles a adressé un courrier au recteur de l'académie de Montpellier au sujet du contrôle pédagogique auquel elles sont soumises d'après l'article L131-10 du code de l'éducation. L'objet de ce courrier n'était pas la remise en cause de ce contrôle, mais le fait que les fonctionnaires de l'Education nationale qui l'effectuent outrepassent systématiquement leurs droits. «En effet, l'article L131-10 stipule que c'est l'enseignement dispensé qui doit faire l'objet du contrôle, et dans les faits, ce sont les acquis des enfants qui font l'objet de tests». Par ailleurs, ce personnel n'est pas formé aux démarches pédagogiques choisies par les parents : apprentissages informels, pourtant dûment recommandés par l'Union européenne, pédagogie Montessori ou Steiner-Waldorf. Les enfants n'y sont pas respectés, la réalité de l'instruction dispensée n'est pas reflétée et seule la suspicion demeure.

Les familles ont donc fait un geste d'ouverture en proposant un rendez-vous et une discussion en demandant «que l'article L 131-10 nous soit appliqué de façon respectueuse, comme tout citoyen attaché à ses libertés constitutionnelles, politiques et philosophiques.»

Le statut quo de l'administration

En février 2013, un rendez-vous a eu lieu. Au préalable, les familles avaient adressé au rectorat, pour information, le livre Les apprentissages informels expliqués à mon inspecteur, rédigé par Claudia Renau,ex-formatrice en IUFM.

De ce rendez-vous n'est ressorti que l'idée de former des enseignants et formuler la lettre de convocation de façon moins menaçante. Dans ce système si bloqué, même si les interlocuteurs ont montré de la bonne volonté et une apparente écoute, au final, aucune discussion sur le fond : le strict respect de la loi n'a été possible. Quelle est donc la marge de manœuvre des familles entre faire confiance à l'institution ou se faire manipuler ?

Ces familles ont donc adressé un nouveau courrier affermissant leur position: «Nous ajournons les contrôles tant qu'une solution satisfaisante pour chacun n'a pas été trouvée.» et envoyé une demande d'audience au Président de la République et au Ministre de l'Education nationale.

Les incohérences du système

Elles soulignent certaines incohérences :«Nous savons et expérimentons quotidiennement que le droit des enfants à l'instruction, tel qu'il est proclamé dans la Convention internationale des droits de l'enfant et tel qu'il est recommandé par l'Union Européenne et dont nous sommes convaincus et partie prenante pour nos enfants, peut être mis en œuvre avec succès de bien d'autres manières que les méthodes de l'éducation nationale, et que dès lors, sa vérification doit elle aussi s'affranchir des méthodes et critères habituels (...) nous sommes contrôlés, et éventuellement soumis à des injonctions de scolariser, par une institution qui, par ailleurs, peine à atteindre les objectifs qu'elle se fixe, mais qu'elle nous impose pourtant»

La liberté pédagogique est néanmoins une réalité, du moins sur le papier. Dans sa classe, le professeur peut enseigner selon la méthode qu'il choisit. Les enfants non sco reçoivent une instruction, ne sont pas embrigadés, comme le rappelle chaque année le rapport de la MIVILUDES, mais cependant, l'acharnement politique ne faiblit pas. La liberté ferait-elle peur ?

Depuis, lorsqu'une famille reçoit une convocation pour un contrôle pédagogique, elle l'ajourne, en soulignant qu'elle est prête «à respecter l'obligation de contrôle dès lors que nous aurons les garanties que celui-ci sera respectueux de nos choix et de la loi.»

Petit à petit, le groupe du Languedoc-Roussillon s'agrandit et pourrait bien faire des émules dans d'autres régions de France. Il a déjà le soutien de la communauté non sco dans l'ensemble du pays et à l'étranger.

C'est ici pour signer la pétition de soutien et voir la vidéo de sortie du rendez-vous.