Portrait d'une prof différente, une "Native Volunteer"

Elle sait ce que l'apprentissage et la maitrise d'une langue étrangère demande de travail acharné. Grâce à sa ténacité, subjonctif, genre, prépositions... ne la font plus bégayer et aujourd'hui, seul son léger accent trahit son origine outre-Atlantique.

Aide et générosité.
Infatigable et généreuse, Smithie donne son temps et son aide sans compter. Et depuis plus d'un an, elle assure des cours de soutien en anglais auprès de collégiens en difficulté. Elle intervient, dans un cadre associatif, en dehors des heures de cours, 90 minutes par semaine par élève, dans un collège parisien. Ses élèves, inscrits en 3e, sont Chinois, Ghanéens, Maghrébins, nés ici ou là-bas, primo-arrivants ou installés depuis quelques années déjà. 
Ils ont en commun d'avoir des difficultés en anglais, pourtant "ils sont très branchés en informatique, ils ont tout appris seuls et du coup, ils connaissent beaucoup de mots en anglais grâce à cela."

Des cours sur mesure.
"Je commence toujours avec l'alphabet, cela me permet de voir où ils en sont. Me donne une idée de leur vocabulaire, lorsque je leur demande de me donner un mot qui commence par telle ou telle lettre". Smithie s'étonne de leur manque de confiance et d'estime d'eux-mêmes. Elle fait donc tout pour dépasser cet état et les rendre plus actifs et sûrs d'eux. "J'essaie de les faire écrire au tableau, comme si c'était eux le prof. Je leur demande : montre-moi ceci, montre-moi cela. Je pense que c'est plus actif que de rester assis et que si c'était moi qui développais tout. Dans l'enseignement classique, c'est toujours l'adulte qui donne à l'enfant, comme si l'enfant ne savait rien. Et au final, l'apprentissage ne fonctionne pas. C'est mieux si c'est actif. Ils maîtrisent et montrent leurs connaissances."

Un autre regard.
Rétrospectivement, ce sont les carences initiales de ses élèves qui l'étonnent. "Je vois qu'ils ne maîtrisent pas les bases. Pendant les cours avec leurs profs, ils ont juste le temps de copier ce qui est au tableau, sans avoir rien compris, ça va trop vite pour eux. Les consignes sont données en anglais, ils ne les comprennent pas, ni les devoirs."
Leur manque d'imagination et de projection dans d'autres situations l'interpelle aussi. "Ils sont incapables d'inventer une phrase pour utiliser un mot, par manque d'imagination, même en français". Elle remarque l'orientation très british des manuels et le vocabulaire de civilisation qui renvoie à des situations qu'ils n'appréhendent pas. "Si ils ont comme exercice de faire une lettre de motivation pour un job, ils ne savent pas en français, alors en anglais !"

Noyade et sauvetage.
Smithie a parfois l'impression d'être impuissante, de tenter de sauver un nageur pris dans un courant en lui lançant une bouée de la berge. Mais au final, la bouée est bien attrapée et la noyade évitée. "Au bout de quelques séances, ils vont facilement au tableau et ont beaucoup plus confiance en eux-mêmes. Je vois que le collège fait de gros efforts, que beaucoup d'adultes travaillent dans l'établissement après les cours, en soutien."

"Je paye mon adhésion à l'association pour contribuer à des projets partout dans le monde. C'est un grand privilège pour moi d'aider ces enfants ainsi. Mon plus beau remerciement, c'était le SMS de l'un d'entre eux pour Nouvel An."