L'enfant face à la mort d'un parent : comment l'aider ? (1ère partie)

Aider un enfant confronté à la mort d'un parent est toujours difficile. C'est le thème du dessin animé "Ma maman est en Amérique", au cinéma le 23 octobre 2013. Nous proposons quelques réflexions sur cette question dans deux chroniques qui se suivront.

Face à un enfant confronté à la mort d'un parent, il est important d'avoir quelques repères concernant la représentation de la mort et les particularités du deuil chez l'enfant.


Quelle représentation a l'enfant de la mort ? 

De 4 à 18 mois, l'enfant ne connait que l'alternance présence/absence, de sa mère notamment, dont il doit faire régulièrement l'expérience pour la vivre sans angoisse. Progressivement, entre 18 et 36 mois, l'enfant donne un sens à la mort comme une absence qui dure, avec des interrogations variables en fonction de son expérience et de ce que l'entourage peut lui en dire. De 3 à 6 ans, l'enfant, confronté à la situation œdipienne, va renoncer à son premier objet d'amour, sa mère, grâce au père dont il doit s'écarter ensuite pour investir d'autres relations à l'extérieur de la famille. 

Au cours de ces premières années, il effectue ainsi, plus ou moins facilement, tout un travail psychique de séparation et d'individuation sur lequel il s'appuiera ou qui pourra le gêner ultérieurement lors des séparations et des deuils. Vers 8/9 ans, l'irréversibilité et l'universalité de la mort est reconnue.

Quelles sont les caractéristiques du deuil d'un parent chez l'enfant ? 

Le jeune enfant va être confronté à l'absence prolongée du parent qu'il a perdu. Il va réagir, à la disparition de sa mère surtout, d'abord par la protestation puis le désespoir avant d'exprimer un véritable détachement s'il ne trouve pas de figure d'attachement de substitution comme l'a montré le psychiatre anglais John Bowlby. 

Ensuite, plus l'enfant est grand, plus le déroulement du deuil se rapproche de ce qui est observé chez l'adulte mais avec des particularités. En effet, le deuil survient chez un être en pleine construction dont l'énergie psychique risque d'être absorbée par le deuil et moins disponible pour son développement. Les capacités d'intériorisation des sentiments étant moindres chez l'enfant, des manifestations comportementales sont fréquentes : instabilité, impulsivité, troubles de l'appétit et du sommeil, difficultés de concentration et troubles du comportement à l'école par exemple. Ces manifestations doivent être tolérées mais des limites doivent être exprimées clairement. L'information du milieu scolaire peut être importante afin de lui permettre une réponse adaptée à la situation. 

L'enfant, comme l'adulte, peut vivre une période de grande tristesse avec d'importantes inhibitions mais il va aussi continuer à vivre avec son parent mort en imagination. Il peut alors le voir, l'entendre, lui parler sans que cela soit pathologique s'il n'est pas enfermé dans cette relation particulière. 

Progressivement, sa souffrance s'apaise et il va pouvoir exprimer des désirs et investir de nouveaux projets. Si aucun deuil n'arrive jamais à sa fin, ceux de l'enfance laissent toujours une part de chagrin et un travail psychique à reprendre plus tard, à l'adolescence ou à l'âge adulte, à l'occasion d'un autre deuil ou d'une séparation. 

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Crédit photo  : Gebeka Films