Enfant adopté : est-il vraiment hyperactif ?

Votre enfant récemment adopté s'agite sur les bancs de l'école ? On vous a répondu qu'il était hyperactif... une remarque à prendre avec des pincettes.

Nombreux sont les enfants adoptés, surtout ceux qui sont arrivés déjà grands (à plus de trois ans), qui s’agitent trop sur les bancs de l’école et pour qui quelqu’un prononce un «diagnostic» de TDA/H (trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité). Parfois le diagnostic est porté par un médecin généraliste, ou un pédopsychiatre, et ils sont seuls habilités à porter ce diagnostic. Mais parfois il s’agit de M. Toutlemonde ! Dans tous les cas, ce diagnostic s’est tellement banalisé qu’on gagnera à s’en méfier.

    Un enfant adopté, jamais scolarisé dans son pays d’origine, qui arrive en France à 5 ans, voire à 7 ans ou plus, et qui se retrouve rapidement sur les bancs d’une école, a en effet de bonnes raisons d’avoir du mal à se concentrer, sans évoquer déjà un TDA/H.

    A-t-il été scolarisé trop vite, avant même la fin du congé parental ? Est-il suffisamment sécurisé par sa nouvelle famille pour supporter d’être déjà «réabandonné» dans une collectivité d’enfants qui peut lui évoquer son orphelinat ? Ne risque-t-il pas de s’agiter par inquiétude que ses parents oublient de venir le chercher ? Pas forcément une crainte consciente, juste une angoisse sourde …

    Est-il disponible pour des apprentissages scolaires, lui qui doit déjà tout réapprendre du quotidien : comment on parle ici, ce qu’on mange ici, les règles de savoir-vivre et d’hygiène d’ici… Se tenir calme et à sa place sur un banc d’école le prive des expériences d’exploration du milieu que les autres enfants ont pu faire plus petits. Il n’est pas assez à l’aise et en sécurité dans son environnement pour s’y montrer calme et en respecter les règles.

    Une autre source d’instabilité en classe (que souligne un article récent du SSI, le service international spécialisé adoption) est le fait que l’enfant a du mal à comprendre les consignes de travail scolaire. Il apprend le français en 3 mois de manière suffisante pour communiquer, mais il lui faut environ 18 mois pour maîtriser la langue dans toutes les autres situations, à l’égal de ses camarades. Son agitation, voire son agressivité, peut traduire son incompréhension de ce qu’on attend de lui.

    Mais au fait, quel inconvénient y a-t-il à appeler cela un TDA/H ? L’enfant a un comportement perturbé, pourquoi éviter le mot TDA/H ? On pourra solliciter l’indulgence du prof d’école en plaidant un léger handicap !

    Un diagnostic de TDA/H est généralement suivi de l’administration de médicaments destinés à calmer l’enfant. Et dans les cas réels de TDA/H, cela peut s’avérer indispensable. Mais dans la mesure où le médicament fait disparaître le symptôme, on peut passer longtemps à côté des véritables souffrances de l’enfant, sans les soulager. Le problème n’est pas tant de demander l’indulgence du système scolaire, que de mettre en place les conditions pour rassurer l’enfant, quitte à ne le scolariser qu’à mi-temps par exemple, pendant plusieurs mois. D’où l’intérêt d’un long congé parental…

         Laissons le soin du diagnostic à de vrais spécialistes, qui de préférence connaissent bien l’adoption, et ne passons pas à côté des (inévitables ?) souffrances d’adaptation de notre enfant.

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