Au pays de Voltaire et d'Hugo

«Nous avions imaginé que cela allait être difficile, nous savions qu'il faudrait arriver à casser beaucoup de préjugés, c'est pourquoi nous avions un peu le trac. Nonobstant, nous avons préparé notre matériel avec enthousiasme, croyant pouvoir le partager avec des personnes qui pourraient s'y intéresser puisque, comme d'habitude, l'espoir était plus grand.»

L'intégration par le moule

AnaGrace et Benoît se sont rencontrés en Équateur. Ils vivent en France, où est née leur fille Manon. Aujourd'hui âgée de 12 ans, Manon est allée à la crèche, à l'école maternelle puis primaire. Mais petit à petit, la déception s'est faite de plus en plus lourde. «Le système d'éducation français nous a malheureusement totalement déçus. Nous étouffions de plus en plus à l'intérieur d'un milieu où tout le monde est en souffrance : maîtres, maîtresses et bien évidement, les élèves». La famille en rencontre d'autres qui ont pris en charge l'instruction de leurs enfants, en respectant leurs rythmes, leurs centres d’intérêt, leur plaisir d'apprendre. En imaginant une autre vie. Les longues journées d'école de Manon ne se terminent plus par des devoirs pourtant interdits par la loi. La vie change. « Je suis tombée un jour par hasard sur l'Instruction en Famille. Pouvoir instruire notre enfant en famille, comme nous l'entendons, est une véritable option de liberté ; c'est dans le réseau de l'instruction en famille qu'on a trouvé des personnes ouvertes et sociables. Ces personnes connaissent bien le fait d'être stigmatisés.»

La stigmatisation par la différence

Au pays des petites cases et des rangs parfaits dont rien ne doit dépasser, la différence n'est pas perçue comme une richesse, loin s'en faut. La famille en fait quotidiennement l'expérience. Sans toujours le réaliser, jusqu'au déclic. « Depuis mon arrivée en France, j'ai dû traverser des moments difficiles car la plupart de gens n'acceptent pas ceux qui vivent et conçoivent le monde différemment.(...) Il y a deux ans, je suis devenue amie d'une jeune femme de mon âge, d'origine algérienne. C'est elle qui pour la première fois, a mis un mot à toute la jalousie et le mépris que j'ai dû endurer depuis mon arrivée. « Ça, c'est de la discrimination ! » mon amie s'est exclamée surprise, comme si elle n'avait jamais pu imaginer que quelqu'un comme moi (qui suis plutôt typée européenne) ait pu être traitée ainsi. En l'écoutant et pour la première fois de ma vie, j'ai compris la gravité des choses. » Origine étrangère, ouverture d'esprit, puis déscolarisation, cela commence à faire beaucoup. La tolérance, c'était à l'époque des Lumières. Dans les discours d'aujourd'hui, pour faire semblant et se donner bonne conscience, mais dans la pratique, il ne faut tout de même pas aller trop loin.

Le coup de bâton

L'école n'est pas obligatoire en France. Les parents ont priorité à choisir le mode d'instruction de leurs enfants. L'instruction en famille est réglementée par une loi liberticide reposant sur un soupçon de dérive sectaire annuellement démenti par les rapports de la MIVILUDES . Selon les textes, le contrôle pédagogique annuel doit se faire « notamment au lieu où est donné l'instruction », ce qui n'est assurément pas les locaux de l'inspection académique. Ce contrôle ne doit pas donner lieu à des tests mais vérifier que l'enfant reçoit une instruction et progresse. La maîtrise du socle commun, comme pour les enfants scolarisés, est attendue à 16 ans. Dans la pratique, a priori et liberté pédagogique s'opposent, comme le montre le compte-rendu du contrôle de Manon, rédigé par AnaGrace dans son blog.

Des défenseurs de la cause animale affirment que si les murs des abattoirs étaient en verre, tout le monde serait végétarien. De même, si les contrôles pédagogiques et sociaux étaient filmés, de nombreuses révocations de fonctionnaires seraient à l'ordre du jour. Comme la Lily de Pierre Perret, AnaGrace a vu un autre visage du pays de Voltaire et d'Hugo.