La colère des enfants adoptés

Mauvaise humeur, colère, refus d'obéir... de votre enfant récemment adopté ? Quelques conseils pour bien réagir.

Lorsqu’on accueille en adoption un enfant de 3 à 5 ans, il peut arriver que tout se passe bien, dans la douceur des câlins. Mais, après une possible lune de miel, il arrive souvent que l’enfant désorienté, ne comprenant pas grand chose à ce qui lui arrive, n’ayant pas anticipé que le séjour allait durer longtemps (il était prêt à accepter des vacances dorées en France, pas à y rester…) et n’ayant pas de mots encore pour exprimer son désarroi, manifeste sa souffrance par des colères énormes, effrayantes pour les parents. Des colères qui peuvent survenir sans que le parent en identifie la cause : ils ont demandé à l’enfant de faire quelque chose et celui-ci se rebelle dans une explosion de rage, l’enfant a vu senti ou entendu quelque chose qui a réveillé sa nostalgie et il hurle sa douleur, pendant parfois des heures …

Que faire ? D’une certaine manière, rien !  Attendre avec confiance.

Tenir bon, sans se décourager, sans douter de la qualité de l’adoption, sans s’imaginer que tout est fichu, sans surtout se mettre soi-même en colère. Comprendre que c’est normal. A la rigueur essayer deux ou trois choses connues pour calmer l’enfant (le tenir dans ses bras tendrement, lui parler doucement en exprimant compréhension et compassion, lui préparer une boisson sucrée qu’il aime, mettre une musique apaisante qu’il apprécie). Sans insister, car il est probable que cela ne changera rien. Accepter que l’enfant ait le droit de se sentir malheureux et de l’exprimer de cette manière, accepter que toute consolation qui ne résout pas son problème l’exaspère davantage, le mette en rage contre vous, accepter qu’il éprouve à ce moment-là de la haine à votre égard parce qu’il vous rend responsable de son malheur … et vous préparer à l’accueillir sereinement et gentiment lorsqu’il se sera enfin calmé (se sera endormi d’épuisement et réveillé dans son état normal, par exemple).

Ne rien faire, mais ne pas déserter le bateau ! Éviter si possible d’isoler l’enfant, de le laisser seul, de renforcer le sentiment d’abandon qui est déjà le sien. Rester avec lui sans colère et dans l’impuissance, c’est déjà beaucoup. Et c’est difficile !

Certains psychologues conseillent de pratiquer ce qu’on appelle le holding. Envelopper l’enfant  dans un duvet ou une grande étoffe très douce et assez épaisse de manière à pouvoir le tenir et le bercer sans jamais risquer de lui faire du mal ni céder à l’énervement… et attendre, bien qu’il se débatte avec rage, que la colère cède enfin la place aux larmes, à la tristesse. C’est tellement éprouvant et cela risque de durer si longtemps qu’il est bon d’être deux adultes à ce moment-là (père et mère de préférence) et de pouvoir se relayer si on craque. Si vous craignez de ne pas tenir le coup, de ne pas maîtriser la colère qui vous gagne parce que la colère c’est contagieux, mieux vaut ne pas le faire. Mais si vous y parvenez, vous pleurerez ensemble lorsque l’enfant passera de la colère aux larmes, presque inévitablement, et vous vivrez alors un moment intense d’émotion partagée. A défaut, essayez d’en reparler avec lui plus tard, lorsqu’il sera calmé. De lui exprimer ce que vous comprenez de son chagrin, pour qu’il ne se sente pas seul là-dedans.

Le temps va passer par là et un jour ce ne sera plus qu’un souvenir.

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