Votre enfant adopté a le sommeil difficile...

Les troubles du sommeil ne sont pas spécifiques de l’adoption, et certaines astuces que je vais indiquer ci-dessous peuvent servir à tous les parents.

Les troubles du sommeil sont fréquents et persistants chez un certain nombre d’enfants adoptés surtout dans la période qui suit leur arrivée chez vous. Parce qu’ils ne sentent pas encore en sécurité auprès de vous et ont donc peur de s’endormir et de ne pas vous retrouver au réveil, ils restent éveillés pour contrôler ce qui se passe, luttent contre le sommeil au lieu de s’y abandonner. Pensez aussi qu’ils ont souvent vécu dans des foyers où ils étaient en dortoir et n’ont donc pas l’habitude de dormir seuls dans leur chambre. La solitude leur fait peur, autant que le noir. Enfin il est fréquent que des cauchemars les réveillent la nuit, liés à des peurs héritées d’un passé difficile, instable, parfois violent.

Il n’y a pas de contre-indication, au contraire, à accepter que l’enfant dorme dans votre chambre, au début, s’il a peur tout seul. Non pas dans le lit des parents, mais sur un petit matelas par terre (ils peuvent avoir dormi sur des nattes bien moins confortables encore), à condition que vous sachiez fixer l’échéance au terme de quoi l’enfant acceptera de dormir seul. Laissez lui de trois à six mois pour s’habituer, pour se sentir en sécurité, et profitez d’un anniversaire, d’un changement d’année, pour mettre un terme à la situation. Prévenez-le une semaine ou deux à l’avance «tu vas bientôt avoir trois ans, tu vas être un grand, on va fêter ça, et puis tu auras ta chambre pour toi tout seul comme un grand, tu y dormiras» … Naturellement, en cas de fratrie, c’est encore plus simple … Une chambre pour dormir à deux et une chambre comme salle de jeux !

Bien sûr, vous instaurez des rites du soir. On ne va pas au lit n’importe comment, on respecte des rites, faire pipi, se laver les mains et les dents, se coucher en choisissant le livre dans lequel on va lire une histoire. Si l’enfant a plus de mal à quitter maman que papa, il peut être préférable de faire le gros bisou à maman avant de regagner sa chambre et d’y être accompagné par papa qui lira l’histoire … Il n’est pas rare que ça se passe mieux comme ça.

Autre astuce de maman : donner à son enfant, pour l’aider à dormir, un objet, un vêtement douillet, imprégné de son odeur à elle et de son parfum, un vêtement auquel elle tient, qui est comme un autre doudou pour l’enfant : il peut s’endormir dans l’odeur de sa maman, en compagnie d’un objet qu’elle aime et qui fait lien.

Si cela reste très difficile, si l’enfant se relève plusieurs fois, voici une excellente astuce due à Johanne Lemieux (psychothérapeute québécoise elle-même mère adoptive) : donner à l’enfant deux billets rédigés de la main des parents qui sont des autorisations de venir dans la nuit déranger les parents. Deux, pas trois. Lorsque l’enfant utilise la première autorisation, il doit donner le billet et il ne lui en reste qu’un. Les parents sont tout doux, tout gentils avec leur enfant qui s’est relevé, ils ne grondent pas, l’enfant utilise un droit qu’on lui a reconnu, on le câline, lui redonne une peu de lait chaud sucré (ça aide à dormir) et on le recouche en lui faisant observer qu’il lui reste une autorisation mais pas deux, qu’il ne peut plus se lever qu’une fois. Il est alors très rare que l’enfant l’utilise, car serrer dans sa main l’autorisation est très rassurant, et ne plus en avoir lui serait difficile. Expérience faite, en général, les enfants sont rassurés d’avoir cette autorisation mais ne l’utilisent pas, et perdent assez vite ensuite l’habitude d’utiliser la première : savoir que c’est possible suffit à les mettre en sécurité pour dormir.

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