Votre voisine vient d’adopter …

Vous saviez qu’elle attendait un enfant, puis qu’elle était partie avec son mari le chercher dans un pays lointain, et hier soir ils sont revenus. Vous avez hâte de le voir, hâte de poser vos questions à la maman, de voir comment le petit se comporte, à quoi il ressemble … Mes conseils avant de faire le premier pas !

Vous voulez du bien à cette famille, votre curiosité est bienveillante et sympathique. Permettez-moi cependant quelques suggestions.

Cet enfant qui arrive est encore étranger à son environnement, il est désorienté, il a besoin de sentir autour de lui de la gentillesse, mais se sentira encore plus sûrement étranger s’il fait l’objet d’attention, de curiosité, de questions, que les autres ne suscitent pas. Il n’aurait qu’un désir, celui de se fondre dans la masse des enfants, d’être presque invisible parmi eux. Soyez avec lui la plus naturelle possible, demandez-vous si vous vous conduiriez de la même manière avec un autre enfant du quartier …  

Comme avec tous les enfants, vous êtes chaleureuse et attentive, vous y allez parfois de votre compliment – avec celui-là aussi, bien entendu-, mais ne cherchez pas à trop le cajoler, à l’attirer par des petits cadeaux : il n’a pas encore eu le temps d’adopter ses parents, il aurait pu être confié à d’autres, il est encore en insécurité. Ne l’incitez pas, sans le vouloir, à rêver à d’autres parents possibles ! Laissez-lui d’abord le temps de bien identifier ses nouveaux parents et de s’y attacher solidement. Et cela peut prendre quelques mois. Cela n’empêche pas un sourire, un mot aimable, qu’il se sente accueilli, mais qu’il n’y ait aucune ambigüité : une voisine aimable n’est pas un parent alternatif !

Surtout, je vous en prie, faites attention aux questions que vous posez, surtout en sa présence. Il ne parle pas encore le français ? Sans doute, mais il le comprend bien avant de le parler, très rapidement en fait, et il devine ce qu’il ne comprend pas. Alors ne dites pas : « si c’est pas une honte d’abandonner des enfants comme ça » (car c’est lui qui aurait honte !), ni « vous connaissez ses vrais parents ? (car ses parents adoptifs sont désormais les vrais parents)», ni « vous n’avez pas peur de ses antécédents ? ». Le regard qu’on porte sur des enfants a une influence parfois décisive sur leur évolution, ils se sentent acceptés ou rejetés selon la manière dont on leur parle et dont on parle d’eux (c’est vrai aussi pour les enfants issus de l’immigration).

En résumé : merci de maîtriser curiosité et enthousiasme, et de vous faire discrète : accueillante, souriante, mais discrète !

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