Déjà 11 ans...l'entrée au collège d'un enfant adopté

Jusque-là votre enfant se sentait bien à l'école primaire... mais le collège pourrait faire renaître ses peurs d'enfant adopté. Des conseils pour le comprendre et le rassurer.

Tout s’est bien passé au primaire, il est sociable et a de bons copains, elle se plaît à l’école et se réjouit de grandir, vous êtes vous-même un peu émue de le voir déjà entrer au collège… Mais c’est une étape importante et vous vous sentez fière de l’y accompagner.

C’est cependant souvent un moment très difficile à vivre pour votre enfant, et beaucoup de problèmes surgissent à ce moment-là. D’abord parce qu’il/elle devient un préadolescent et qu’il/elle a les mêmes problèmes à cet égard que tous ses copains : il revendique d’être grand mais ça lui fait peur également. Mais aussi pour des raisons liées à l’adoption.

D’une part l’école primaire avec les mêmes instit, les mêmes copains, la même salle toute l’année, a fini par être un lieu familier, protecteur, une sorte de prolongation de la famille. Vous avez un contact facile avec le maître d’école, vous connaissez plusieurs de ses camarades de classe. Tout à coup, avec le collège, ce monde rassurant disparaît et cela risque de réveiller les angoisses de votre enfant, angoisse d’abandon, angoisse de séparation, peur de se perdre, de se retrouver tout seul … Son sentiment de sécurité est menacé.

Ensuite parce que les enfants entre eux ne sont pas tendres, que la différence leur fait peur et que le racisme ambiant contamine aussi les enfants. C’était déjà vrai à l’école primaire, même si les enseignants ne s’en apercevaient pas (cela se déchaîne dans le dos du maître, les enfants ont bien compris que certaines choses ne peuvent se dire en sa présence, comme « ce n’est pas ta vraie mère » etc.). Mais cela n’a pas empêché une bonne intégration, parce que cela va et vient selon les aléas de la vie en groupe, aujourd’hui je t’insulte parce que tu m’as sali mon pull, demain tu es mon copain et on rigole ensemble ; ensuite parce que l’habitude finit parfois par faire oublier les différences ; enfin parce que à cet âge-là le bouc émissaire est une fonction qui tourne : aujourd’hui tout le monde se ligue contre l'un, demain ce sera un autre et après-demain, encore un autre...Ce n’est pas plus sympathique, mais votre enfant est parfois dans le groupe des attaquants qui font bloc, ce qui est rassurant pour lui, il n’est pas toujours la victime isolée.

Au collège, les choses sont un peu différentes : les positions des enfants se figent, suivant en cela les convictions familiales. Il / elle aura des camarades fidèles prêts à prendre sa défense, mais aussi des « ennemis » systématiquement dénigreurs, qui lui diront qu’il n’est pas chez lui, qu’il doit retourner dans son pays etc. Et cela l’atteindra dans un collège où précisément, au début, il ne se sentira pas encore chez lui. Cela renforcera donc son sentiment d’insécurité. En sorte que peut-être vous l’entendrez dire qu’il/elle veut retourner dans son pays, vous serez surpris qu’il pose des questions sur son origine, elle/lui qui semblait n’y penser jamais etc.

Pensez donc à en parler à votre enfant avant la rentrée, expliquez-lui ce qu’est un préjugé, que la différence fait peur (lui peut avoir peur de parler avec un enfant handicapé, par exemple, et être maladroit avec lui) de manière à éviter deux écueils : qu’il encaisse les coups dans une solitude douloureuse, ou qu’il se braque, se bagarre et se mette ainsi les copains à dos. Apprenez-lui la répartie, l’humour, mais aussi la compréhension de l’autre qui a peur de la différence. Soyez à l’écoute et dans le dialogue, plus que jamais, à ce stade de vie de votre enfant.

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